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L’empire du silence, Salade de l’espace

L’empire du silence est le premier tome de la saga Le dévoreur de soleil, par Christopher Ruocchio

Ouf, depuis le temps que je voulais commencer Le dévoreur de soleil, je trouvais toujours une excuse pour pas le faire, mais la raison principale c’était quand même un truc comme « Hein ? 800 pages ? pffffff ». Mais pendant mes vacances, j’ai pris mon courage à deux pattes et je me suis lancé. Et finalement j’ai mis qu’une semaine à le lire. C’est que ça doit être pas mal, alors, non ?

Hadrian Marlowe a vécu plus d’un millénaire et a fait plein de trucs dans sa vie, dont faire péter un soleil et tuer des millions de gens. Mais de sa cellule de prison, il va nous raconter comment il en est arrivé là, en commençant par son enfance de noble héritier potentiel d’Alistair Marlowe, archonte de la préfecture de Meidua. Sauf que le papa n’a pas encore décidé lequel de ses deux fils sera son héritier, donc entre Hadrien qui aspire à l’érudition et le gros bourrin sans cervelle Crispin, la balance penche plutôt pour ce dernier. Paye ta famille. L’avenir choisi pour lui par son père lui plaît pas trop alors il va s’enfuir mais ça tourne au vinaigre et il atterrit sans ressource sur une planète un peu pourrie.

L’empire du silence va nous raconter le début de la vie de Hadrian de son point de vue unique, et ça nous change des sagas à 15 points de vue, merci bien. Comme le protagoniste passe par beaucoup de phases différentes dans son parcours et que toutes les détailler pourrait être un peu spoilant, ma petite présentation se contente de mettre en place l’amorce de l’aventure, mais dites-vous que notre héros passera par plusieurs « phases » dans sa vie. On va avoir des passages à l’ambiance très différentes, des rues crades où on doit survivre aux arènes où on doit se battre, on va changer de décor et d’ambiance comme on le fait dans une vie quoi. Mais en bouquin ça fait un peu une grosse salade avec plein d’ingrédients. Mais bizarrement, c’est super. L’important est que le tout reste très cohérent avec comme fil conducteur ce héros extrêmement bien construit et agréable à suivre, je n’ai jamais eu de mal à le comprendre, il est attachant malgré ses défauts, il est cohérent dans ses choix et c’est un réel plaisir de le voir évoluer.

Christopher Ruocchio a mis en place un univers époustouflant à une échelle impressionnante, les humains ont conquis un bon paquet de planètes, dont une grosse partie sont dirigées par un empereur, dont le pouvoir est délégué aux nobles dans chaque province, dont les Marlowe, oui. Une autre entité possède énormément de pouvoir politique, c’est le clergé de cet univers, la Fondation, qui vénère la Terre disparue et s’incruste un peu partout pour imposer ses dogmes, et torturer un petit peu en passant parce que l’inquisition c’est marrant. Tout cet empire emprunte beaucoup à l’antiquité gréco-romaine dans ses structures sociales et militaires, des hoplites, des gladiateurs, tout ça tout ça. On a une grosse vibe de péplum spatial très agréable qui donne son identité à ce premier tome. Et de l’autre côté, cet empire est en guerre depuis 300 ans contre les cielcins, une espèce de pillards extra-terrestres qui pose quelques soucis, et Hadrian va se retrouver mêlé indirectement à ce conflit parce qu’il a pris cielcin LV2 au lycée.

Hadrian va croiser pas mal de personnages secondaires plus ou moins proches, plus ou moins sympas, beaucoup qui ne seront qu’un épisode dans sa vie et s’éloigneront ensuite. Mais tout ça constitue un ensemble qui donne une impression de vie bien remplie, avec des amitiés marquantes et des ennemis mortels,et tout ça est très bien équilibrés. J’étais déçu quand Hadrian avance dans sa vie et se voit arraché à certains de ses amis, mais j’ai eu droit à une petite surprise rassurante à la fin qui me donne très très très envie de sauter sur le tome 2. L’auteur arrive à imposer des personnages secondaires en quelques phrases marquantes, en quelques détails caractéristiques, paf ils restent en mémoire comme cet Olorin qu’on voit pourtant très peu.

On reproche beaucoup à l’auteur ses inspirations un poil trop visibles, avec en tête de liste Le nom du vent et Dune, et… C’est pas faux. Dans sa structure le bouquin rappelle énormément l’œuvre de Patrick Rothfuss, déjà dans le fait qu’on a un protagoniste en fin de vie qui nous raconte son histoire, avec option « j’ai fait des trucs de ouf mais attends, je te raconte ça dans 4000 pages » (sauf que Christopher Ruocchio les sort, ses suites, lui), mais aussi la grosse période SDF des deux héros qui se ressemblent. On peut se dire que Ruocchio a démarré son projet en se disant « Hé, Le nom du vent, mais dans l’espace, OK ? ». Heureusement, la ressemblance reste assez haut niveau mais on est pas dans la copie franche, l’histoire de Hadrian reste unique et part ensuite dans une toute autre direction. C’est pas The first binding, quoi (*tousse, tousse*). Le côté Dune se ressent bien plus dans l’univers, l’empire, la noblesse, l’héritier, le maître d’arme, mais comme j’ai lu Dune y’a 20 ans et j’ai pas vu le film, ça m’a pas perturbé plus que ça. Dans l’ensemble j’ai vu certaines grosses inspirations, j’en ai sûrement loupé encore plus, mais comme elles m’apparaissent bien digérées, mûries, et que le bouquin se lit avec grand plaisir, ça m’a jamais dérangé.

J’ai dévoré ce bouquin pour son univers vaste et plein de promesses, pour son héros qui s’en prend plein la poire mais lutte avec ses armes à lui, pour ce sens de la tragédie qui porte les lectrices et lecteurs d’un bout à l’autre du pavé. Le Hadrian narrateur ponctue son récit de commentaires et indices qui préfigurent des évènements, ou te signalent certains personnages secondaires qui joueront un rôle important par la suite. C’est ni trop ni pas assez, ça intrigue sans rien dévoiler, et on sent qu’il en garde pas mal sous la pédale, le petit coquin. On reste dans de la SF « légère », dans le sens où on te fait pas des pavés d’explication sur la technologie, la société, et moi je me rends compte que c’est ça la SF que j’aime, celle qui ramène pas sa science pour montrer son gros cerveau toutes les 2 pages. Les gros lecteurs de SF bien velue seront peut-être déçus mais oui, Le dévoreur de soleil c’est de la SF pour ours, de l’aventure, des personnages, un univers vaste et cohérent. Après Les oubliés de l’amas et Bluebird cet été, on va commencer par croire que j’aime le space-opéra, faudra que je fasse attention sinon je vais tomber dans The expanse.

Bragelonne a sorti il y a quelques mois le tome 4 de la saga en grand format tandis que les 3 premiers sont désormais disponibles en poche. On espère que l’éditeur va continuer sur sa lancée malgré le changement d’éditeur VO après le tome 5, croisons les doigts pour que ça ne change rien pour nous. Moi j’enchaînerai avec le second tome, Les ténèbres hurlantes, très bientôt. Parce que c’était beaucoup trop cool.

Lire aussi l’avis de : Herbefol (L’affaire Herbefol), Apophis (Le culte d’Apophis), Lianne (De livres en livres),

Couverture : Sam Weber
Traduction : Nenad Savic
Éditeur : Bragelonne
Nombre de pages : 792
Date de sortie : 11 Mars 2020
Prix : 25 (broché) / 8,90€ (poche) / 5,99€ (numérique)

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Cet article a 11 commentaires

  1. Leto

    @JP Le pire ? Tu aimerais The Expanse (mais en VO)

  2. gordien

    Le tome 1 n’est qu’une légère introduction. Les tomes 2 et 3 (ceux que j’ai lus) sont juste…pfiou…j’ai pas les mots. La fin du 3 est carrément dantesque.
    C’est ma première intervention sur ton blog que je lis depuis quelque temps, donc j’en profite pour te remercier des idées de lecture que je t’ai prises, notamment The Shadow of the gods de Gwynne qui m’a scotché.

    1. Baroona

      Je suis faible, j’ai vu la référence au « Nom du vent » et je suis fortement tenté. Mais j’essaye déjà de lire les Guy Gavriel Kay, je n’ai vraiment pas besoin de 5+ briques en plus.

    2. L'ours inculte

      Ah ca me rassure pour la suite, me voilà hypé

      Et de rien ! Bienvenue dans la confrérie des adeptes du grand John 🙂

  3. belette2911

    Une salade quand il fait chaud, c’est bon aussi 🙂 Non, je ne me lancerai pas dans celui-là, je vais déjà lire tous les SFFF que je possède dans ma biblio 🙂

    1. L'ours inculte

      J’te crois pas, tu achèteras des livres avant d’avoir fini ta pal

      1. belette2911

        Oui, je vois que tu me connais bien et que tu souffres de la même maladie que moi 😆 Mais je ne craquerai pas sur l’empire du silence, ça, c’est sûr :p

  4. melimelo

    J’avais lu le 1er tome il y a un an, ta chronique me rappelle qu’il faut que je continue car j’avais bien aimé (les 800 pages me faisaient peur aussi mais ça se lit tout seul). J’ai lu la novella The lesser Devil qui se passe entre le tome 1 et 2, j’avais bien aimé suivre le personnage du frère d’Hadrien qu’on voit assez peu au final dans ce 1er tome.

    1. L'ours inculte

      Ah oui tiens, faut que je regarde pour les novellas, Bragelonne les publie jamais