Je suis ta nuit, C’est presque Ça

Cette année j’ai déjà eu une belle surprise en thriller fantastique campagnard avec La princesse au visage de nuit. Mais quand on m’a proposé Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne, j’étais partant pour un autre tour de manège, et comme j’avais beaucoup apprécié Hystérésis du même auteur, j’ai tenté le coup.

Pierre est veuf, et devant le chagrin de son fils adolescent après une autre tragédie, il a décidé de lui raconter par écrit un évènement qui a traumatisé son enfance. Paye ton réconfort, mais ça fait une excuse pour partir dans ce gros flashback dans les années 80, l’été où Pierre, enfant accompagné de sa bande de potes, a affronté le Bonhomme Nuit. Tout a commencé classiquement par la découverte d’un corps par la joyeuse bande, et puis certains événements étranges se sont succédés dans la petite campagne où ils grandissent. Des adultes qui partent en vrille, des animaux qui pètent un plomb, et ça a l’air de tourner autour de notre club des ratés franchouillard.

Alors oui, là comme ça, le bouquin fait penser à un Ça téléporté chez nous. On retrouve tous les éléments, le groupe de gosses, la menace surnaturelle qu’ils sont presque seuls à percevoir, le petit feeling nostalgique en se projetant 40 ans dans le passé. L’auteur arrive bien à mettre en place la cohésion du groupe, à les poser face à un croque-mitaine bien glauque à travers quelques épisodes de flippette qui s’enchaînent. Seulement on n’arrive jamais vraiment à aller au-delà, je me suis un peu ennuyé parce qu’on reste ancré à ce concept de base sans lui apporter autre chose que « y’a un monstre qui fait peur aux nenfants et ils vont vouloir se défendre ».

Pourtant ça se lit bien, certains passages « choc » fonctionnent, et les pages défilent. C’est une aventure qui se lit (presque, on y reviendra) sans déplaisir mais on l’oublie vite parce qu’on reste très en surface. L’auteur utilise les schémas connus sans y apporter vraiment d’élément nouveau ou de personnalité propre, on garde quelques gros clichés comme les petits cons qui martyrisent les héros, la seule fille du groupe dont ils sont tous amoureux, l’autre fille moche. C’est que des schémas et des clichés qu’on connaît et qui se voient beaucoup. On va donc jamais au delà du Ça franchouillard un peu léger, même si il arrive quand même à donner un petit twist dans les dernières pages avec l’origine du monstre, mais ça reste trop peu, trop tard.

Si y’a un détail qui m’a bien sorti du roman, c’est la multiplication des références à la culture « années 80 ». Le narrateur passe son temps à faire des références ou des comparaisons avec des films où des dessins animés de l’époque. À priori, dans le principe c’est logique, les gosses sont obsédés par les jedis et Goldorak, soit, c’est naturel et on s’attend à retrouver ces références dans le décor et les dialogues. Mais quand c’est le narrateur, adulte et parent, qui passe son temps à faire des comparaisons à base de Schtroumpfs, d’Actarus et de Z6-PO dans son histoire, ça n’a pas vraiment de sens et ça devient vite lourd. Un peu plus de subtilité aurait aidé, à mon humble avis.

Loïc Le Borgne tente ici un roman d’horreur nostalgique qui évoquera évidemment Ça de Stephen King, mais il souffre de la comparaison avec son modèle parce qu’il n’arrive jamais à apporter quelque-chose en plus que cet affrontement d’enfants contre un boogeyman, c’est dommage. Peut-être que j’en attendais trop ? Peut-être qu’un lecteur qui cherche juste un petit roman de flippette s’en contentera ? En tous cas les avis des camarades sont plus enthousiastes

Roman reçu en Service Presse de la part de l’éditeur ActuSF, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Célindanaé (Au pays des cave trolls), FungiLumini (Livraisons littéraires), Sometimes a book,

13 réponses

  1. Ah mince ! J’ai bien vu aussi les points négatifs que tu soulignes mais ça ne m’a pas dérangée, j’étais vraiment prise par l’histoire et les personnages m’ont beaucoup émue (je suis facilement impressionnables en matière de récits d’horreur, je n’en ai pas lu des masses…^^)

  2. Merci pour le lien ! Je suis assez d’accord avec les points négatifs que tu relèves même si j’ai trouvé que les thématiques qui arrivent à la fin apportent un peu de profondeur qu’il manquait au récit. Mais oui on est très loin de King !

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