La princesse au visage de nuit, Traumatisme d’enfance

David Bry avait créé une petite surprise avec son envoutant Que passe l’hiver, donc quand L’homme sans nom (l’éditeur, pas le type bizarre) m’a proposé son dernier roman j’ai accepté sans savoir de quoi ça parlait. Et donc, ça parle de quoi, La princesse au visage de nuit ?

Hugo retourne dans son village natal de Saint-Cyr pour enterrer ses parents, mais on remarque vite qu’il n’est pas si attristé que ça. Enfant, Hugo avait été maltraité, les multiples brûlures de cigarettes dont il porte les cicatrices en attestent. Revenir au village fait resurgir son passé, en particulier cette nuit où il a été retrouvé inconscient dans la forêt, cette nuit où ses amis Pierre et Sophie ont disparu, cette nuit dont il ne garde aucun souvenir. Mais la mort de ses parents va vite prendre une tournure étrange, certains indices rappellent la légende de la princesse au visage de nuit qui se murmurait dans la cour de l’école autrefois. Entre ses vieilles connaissances de Saint-Cyr et les potes d’aujourd’hui restés à Paris, les deux vies d’Hugo vont converger vers cette quête du passé, et de la vérité.

Nous sommes donc face à un roman qui fait revenir son protagoniste vers le village où un traumatisme inconnu a changé sa vie. Enfant, il a vécu tout ça sans comprendre, et son regard d’adulte va lui permettre de décrypter ses souvenirs et les petites légendes locales avec l’aide d’Anne, une gendarme et la sœur de la petite fille disparue. Une quête entre deux époques, des enfants rassemblés par le traumatisme causé par des adultes cruels, une bourgade qui abrite une menace qui plane depuis des siècles… La princesse au visage de nuit m’a souvent fait penser à un Ça à la sauce « campagne française », mais sans l’aspect vraiment horrifique.

Ici on est plus dans l’atmosphère, le mystère, avec la vieille folle du cimetière qui dit n’importe quoi, l’aristo qui vit dans son château et d’où on entend des cris la nuit, et bien sûr la princesse au visage de nuit qui se cache dans les bois. Et c’est cette atmosphère qui est un gros point fort du récit (comme dans Que passe l’hiver), cette ambiance de vieux village français avec ses petites légendes locales, ses personnalités bizarres, ses enfants qui vivent dans leur monde, ses ragots et ses vieux secrets. On a aussi la forêt mystérieuse et envoutante, belle et menaçante à la fois. Si vous avez déjà passé un bout d’enfance dans un petit village, ce bouquin provoquera peut-être des élans de nostalgie comme il l’a fait pour moi, de manière bien plus proche et intime que les bourgades américaines du King.

Mais la princesse au visage de nuit a aussi un aspect enquête très bien goupillé, Hugo et Anne vont creuser des indices, des souvenirs, pour mettre à jour certains secrets que cachent le village et ses habitants. Ça se ressent dans le rythme qui est très rapide, comme un thriller. Les chapitres courts, les révélations et coups de théâtre qui s’enchainent, j’ai lu ses 300 pages en moins de deux jours, porté par le rythme, plongé dans l’ambiance de cet excellent roman. Le surnaturel est fugace, on se demande sans cesse si il existe ou si c’est juste un mystère bien réel mais déguisé en histoire fantastique. Bon, vous le saurez en lisant le bouquin.

David Bry nous attache à ses personnages fouillés, Hugo s’est remis de son enfance traumatique en s’éloignant de tout ça et a trouvé à Paris une bande de potes fêtards qui vont le soutenir, mais ont aussi leurs vies et leurs soucis. J’ai peut-être trouvé les interactions de cette bande un peu forcées niveau vanne et picole, mais c’est peut-être parce que je suis un papa presque-quarantenaire qui va plus vraiment dans les bars parisiens jusqu’à l’aube. Anne, quant à elle, est restée à Saint-Cyr, et est devenue gendarme. La disparition de sa sœur lui a laissé des marques aussi. Entre les nouvelles têtes et les anciennes qui surgissent du passé, on a une galerie convaincante dont les fils narratifs se mêlent dans une trame complexe et resserrée, qu’on détricote avec plaisir. Avec tous ces personnages et ces arcs narratifs, on ne peut qu’admirer le talent de l’auteur pour la mise en place et le déroulé de l’intrigue qui se fait très naturellement.

Dans l’ensemble, le roman fait très « familier », il reprend des codes connus, des poncifs du genre (le retour au pays, les vieux villageois zarbis, les secrets d’enfants, etc…), et on a l’impression d’avoir déjà croisé cette histoire parce qu’elle a des échos dans notre culture, notre inconscient collectif. David Bry ne révolutionne pas le genre, mais est-ce qu’on doit forcément le faire ? Là, l’auteur utilise des vieux pots pour faire une excellente soupe, avec sa propre touche, et j’ai très bien mangé. Merci.

Roman reçu en Service Presse de l’éditeur L’homme sans nom, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Dup (Book en stock), Yuyine, Célindanaé (Au pays des cave trolls),

17 réponses

  1. Je n’en avais pas entendu parler mais je vais me le procurer du coup 🙂 Merci ! (PS : j’achève enfin le tome 2 du livre des matyrs : je suis psychologiquement au bout de ma vie ^^)

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