Ring shout, Punch a racist demon

Et ça continue ! L’atalante déroule la bibliographie de P. Djèlí Clark et nous régale depuis quelques mois déjà. Après Les tambours du dieu noir et Le mystère du tramway hanté, c’est un quatrième texte qui nous arrive avec Ring Shout, uchronie fantastique avec des dames qui défoncent des démons racistes. Tout un programme.

En 1915, la diffusion du film La naissance d’une nation canalise les haines des blancs contre les anciens esclaves noirs et réveille en eux des vieux démons. Littéralement. Mais sur leur chemin se dressent une résistance sous les traits de Maryse Boudreaux et ses amies, Sadie la tireuse d’élite et Chef, Vétérane de guerre des Harlem Hellfighters. Armées d’un fusil, de bombes ou d’une épée magique (?!), épaulées par toute une communauté, elles vont mener la vie dure aux Ku Kluxes, les membres du Klu Klux Klan qui ont viré démoniaques. Mais il se trame quelque chose de pas net à Macon (celle de Géorgie, pas de Bourgogne), des forces surnaturelles se préparent une grande fête à laquelle nos combattantes vont devoir s’inviter.

P. Djèlí Clark, auteur mais aussi historien étudiant l’histoire de l’esclavage, nous propose encore une fois une vision uchronique et fantastique de l’histoire. Ici l’auteur part des exactions du Ku Klux Klan au début du XXe siècle pour y mélanger une grosse couche de fantastique sous la forme de démons qui possèdent les trous-du-cul à cagoules et exacerbent leurs haines. Ici pas de débat ni de demi-mesure, les démons ont débarqués et il faut trancher dans le tas.

Il y a tout une atmosphère mystique et une ambiance parfaitement mise en place dans cette Géorgie de 1925, on retrouve cette communauté de combattants noirs qui usent de dialectes et d’expressions divers selon leurs origines. Le texte est d’ailleurs raconté à la première personne du point de vue de Maryse, et sa manière de parler participe à nous plonger dans cette ambiance, que la traduction de Mathilde Montier retranscrit parfaitement (de mon humble point de vue pas du tout érudit de lecteur blanc qui ne connait pas ces cultures et cet univers, bien sûr).

La trame du bouquin est assez directe et classique dans son déroulement, y’a de la baston et de la magie, on fait tout converger vers un climax bien badaboum aux enjeux apocalyptiques, et voilà. Mais c’est l’univers, l’enrobage, les personnages et le sous-texte qui vont donner de l’ampleur à cette histoire. Le cadre est déjà assez exceptionnel en SFFF, ramener du fantastique dans les combats raciaux des USA de 1925 est original et fait avec soin. Mais l’auteur y amène aussi une cargaison de clichés fantasy qui font sourire, avec cette épée magique qui pourfend les démons, une élue, des mentores mystiques, etc… Mais dans ce mélange détonnant ça fonctionne carrément.

Les personnages sont également très réussis, le trio formé par Maryse, Sadie et Chef a une dynamique très agréable. Les dialogues percutent entre la protagoniste, la tireuse d’élite à la langue bien pendue et la guerrière bourrine, y’a une vraie alchimie qu’on prend beaucoup de plaisir à suivre. On découvre avec elles tout cet univers, la communauté qui est en soutien du combat avec Nana Jean et les chanteurs de Shout, ces cantiques rituels qui s’adressent aux esprits, mais aussi le cabaret que tient Michael George. Il y a vraiment un univers très original dans lequel on nous immerge avec beaucoup d’efficacité, peuplé de toute une galerie de personnages qui forme un groupe cohérent et solide.

Derrière cette histoire directe et immersive, ce côté jouissif et décomplexé de dégommer du démon raciste à la douzaine, on a un fond qui explore le thème de la haine. Ces démons venus d’une autre dimension se nourrissent de la haine et l’exacerbent, instrumentalisent les peurs primaires des dominants qui voient leur petit monde changer. On les combat avec des armes magiques, quelques bastos dans la tronche, mais aussi avec des puissances supérieures, un retournement d’équilibre, et la force de la communauté. On peut en tirer une morale qui nous servira peut-être prochainement en France, notez bien ça, on ne débat pas avec les démons racistes venus d’une autre dimension qui veulent manipuler les gens perdus par le changement social, on leur défonce la gueule avec une épée magique.

Ring shout est une vraie réussite pour moi, une novella directe et simple dans sa structure, mais qui amène avec elle tout un univers original, un fond actuel qui porte, des personnages forts et un enrobage efficace. P. Djèlí Clark nous a montré tout son talent dans ce format à travers les 4 premiers textes proposés par L’Atalante jusqu’ici, et nous pourrons enfin découvrir son premier roman très prochainement avec Maître des djinns. Joie !!!

Lire aussi l’avis de : Lutin82 (Albédo), FeydRautha (L’épaule d’Orion), Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel), Boudicca (Le bibliocosme), Yuyine, Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Marc (Les chroniques du chroniqueur),

14 réponses

  1. J’ai tout autant aimé que toi. C’est vraiment un texte très réussi et je trépigne d’impatience à l’idée de découvrir le roman dans son joli format.

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