Les tambours du dieu noir, Promesses du passé

Voilà, L’Atalante s’emballe pour un auteur et donc nous propose les écrits de P. Djèlí Clark en rafale. Bim bam boum, en Mai nous avons eu Les tambours du dieu noir (suivi de l’étrange affaire du djinn du Caire), et en Juin a suivi Le mystère du tramway hanté. J’essaye de suivre, promis, mais on va commencer par le premier des deux bouquins qui contient lui-même deux histoires.

Dans la première, Les tambours du dieu noir, Jacqueline « LaVrille » est une voleuse qui squatte les remparts qui entourent la ville indépendante de Nouvelle-Orléans. Elle pense y être tranquille dans son coin quand elle entend des confédérés négocier la livraison d’une arme terrifiante qui pourrait renverser l’équilibre des forces de cette guerre de sécession qui traine encore la patte. Pour empêcher les tambours du dieu noir de tomber entre de mauvaises mains, il va falloir agir. C’est le moment de tenter sa chance auprès de la capitaine du Détrousseur de minuit, et échanger cette information.

P. Djèlí Clark fait un travail remarquable de construction d’univers dans cette Nouvelle-Orléans uchronique libre au milieu d’une guerre de sécession qui a légèrement dévié. L’atmosphère « Treme Steampunk » est très réussie avec sa touche fantastique dans l’influence de divinités. Cet univers et ses personnages sont fascinant et vivant, avec toute la culture et le bagage historique de ces communautés noires qui ont arraché leur liberté aux esclavagistes, avec leurs langages et leur vocabulaire (La capitaine parle créole, faut s’y faire mais ça ajoute énormément de saveur aux dialogues). Pourtant les 80 pages du récit ne permettent pas vraiment à l’intrigue de faire honneur à cette richesse, je suis resté un peu sur ma faim avec cette histoire un peu trop simple, on veut le roman planqué derrière. Il est où ?

Ah non, derrière il y a une autre histoire, plus courte encore, L’étrange affaire du djinn du Caire se déroule dans un contexte différent mais se reposant sur la même base thématique globale : Le Caire, 1912, Fatma El-Sha’arawi est agente spéciale attachée au ministère de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles (déjà, rien que cette phrase te pose un peu le machin). Dans cette nouvelle elle va se pencher sur l’assassinat d’un djinn aux côtés de son équipier Aasim, le crime va évidemment cacher quelques surprises à nos inspecteurs du surnaturel !

Encore une fois, on a là un world-building de première classe et, encore une fois, une protagoniste écrite avec du caractère et beaucoup de finesse. Vous l’aurez remarqué sur ce blog, je ne chronique pas énormément de textes courts parce qu’à l’image de la première novella de ce recueil, ils me frustrent. Je mets du temps à rentrer dans un récit, et en-dessous de 200 pages celui-ci se termine souvent avant que j’ai pu vraiment m’immerger dedans. Mais il y a un type de récit où ça n’arrive pas (s’ils sont bien fait) : Les histoires policières. Je l’ai déjà expérimenté avec les recueils de Michael Connelly, une enquête policière est tellement connue, codifiée et directe qu’on n’a pas besoin de beaucoup de pages pour saisir le truc. Et là, pour moi, ça fonctionne. Même en 40 pages dans un contexte uchronique exotique comme celui de Phenderson Djèlí Clark qui doit nous livrer son univers, ça fonctionne.

Sur les deux textes présents dans ce recueil, même si j’ai finalement apprécié les deux, cette seconde histoire d’une quarantaine de pages a ainsi ma préférence malgré ma position sur les textes courts. Le déroulement naturel de l’enquête permet à la fois de dévoiler plein de choses sur cette Égypte fascinante, devenue plus puissante grâce à l’émergence de la magie, mais aussi de s’attacher à cette enquêtrice forte et extrêmement bien écrite. On découvre cet univers passionnant par le biais d’une enquête sur un meurtre, on découvre cette mythologie faite d’anges et de prophéties, qui est encore une fois dressée avec tellement de talent qu’on est happés dans cette atmosphère extrêmement originale (vu par un lecteur français, du moins).

C’est une chance d’ailleurs, et peut-être pas tant une surprise, que le prochain texte de l’auteur soit dans l’univers de L’étrange affaire du djinn du Caire. Le mystère du tramway hanté est aussi l’enquête d’un agent du ministère de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles (mais pas Fatma) et j’ai hâte d’explorer encore cet univers, d’autant plus que l’auteur ne s’est pas arrêté là : il vient de sortir en VO A master of djinn, un roman complet (yeah !) encore une fois avec Fatma El-Sha’arawi dans cet univers. On espère le voir arriver chez L’atalante, ils ont l’air bien partis. Par contre je me demande toujours pourquoi ils ont regroupé Les tambours du dieu noir avec L’étrange affaire du djinn du Caire au lieu de caler plutôt les deux textes du même univers ensemble… Ils jouent avec nous en fait, les petits sacripants.

Lire aussi l’avis de : Sabine (Fourbis et têtologie), Apophis (Le culte d’Apophis), Les chroniques du chroniqueur, Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Lutin82 (albédo) : A dead djinn in cairo et The black god’s drum, Laird Fumble (Syndrome Quickson),

6 réponses

  1. Aaaaah ça me fait plaisir de lire ça ! 😀 On est d’accord sur le petit goût de « pas assez » XD. Et comme toi, j’ai préféré sa nouvelle du Caire à celle de la Nouvelle Orléans.
    Par contre, dans « Le mystère du tramway hanté », ce n’est pas Fatma qui enquête mais un collègue à elle (que j’ai beaucoup aimé).

  2. J’ai eu le même ressenti que toi, j’ai préféré la 2ème nouvelle que ça soit niveau histoire et univers alors que j’ai eu plus de mal avec la 1ère même si l’univers donne envie. Bonne nouvelle que la prochaine sortie soit dans l’univers du Caire !

  3. Mais ça donne trop envie!!!! « Encore une fois, on a là un world-building de première classe et, encore une fois, une protagoniste écrite avec du caractère et beaucoup de finesse. » Je l’ai déjà dans ma liste d’envies depuis son annonce de sortie, j’essaye de me restreindre mais je ne vais plus tenir longtemps ^^

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