Magebane, Des mages et des dieux

Ça fait toujours plaisir de terminer une série rondement menée. Après sa première trilogie L’âge des ténèbres, Stephen Aryan en termine une seconde avec ce Magebane et on peut dire que le monsieur a bien affiné son art.

Après la grosse dérouillée qu’elle s’est prise, Akosh se planque et tente de rassembler ses forces, mais celui qui a manigancé les évènements des tomes précédents dans l’ombre commence à la trouver bien encombrante. C’est un monstre encore plus puissant qui pourrait sortir de l’ombre. Mais pendant ce temps, Perizzi est touchée par une épidémie foudroyante, Tammy assume son rôle de Khevassar et va devoir faire des choix drastiques pour empêcher l’infection de se propager. Tandis que Tianne rentre retrouver Wren et ses compagnons, le régent Choilan essaye de renforcer son cadre de mages personnel en engageant un professeur un peu particulier.

Contrairement à la première trilogie de l’auteur, les trois tomes de Age of dread ne sont pas indépendants et font même des ponts avec la série précédente. On y trouve toujours de nombreux points de vue, ce qui peut sembler casse-gueule mais est très bien géré par l’auteur. Que ce soit du côté de Munroe et sa vengeance contrariée, Tianne et Wren qui construisent leur communauté, Tammy qui a beaucoup de responsabilités à Perizzi, Balfruss qui mène une nouvelle mission à bien ou encore Vargus qui accompagne son nouveau protégé, ici toutes les trames finissent par converger vers une menace qui se promène entre les lignes depuis plusieurs bouquins. Même si la fin fait un peu « combat de boss », elle est quand même très satisfaisante pour les arcs de chacun, et l’auteur se permet de laisser un ou deux trucs en suspend.

Lire en 2020 un roman avec une pandémie pourra ne pas convenir à tous les lecteurs, parce que niveau évasion et « se changer les idées », on peut mieux faire. Mais j’ai trouvé plusieurs parallèles rigolos avec notre situation réelle de la vraie vie, même si le roman est sorti y’a plus d’un an. J’avoue que les riches qui veulent quitter une ville en quarantaine pour aller tranquillement dans leur maison de campagne au risque de propager la maladie, se retrouvant humiliés dans une prison dégueulasse, ça fait bien sourire aujourd’hui.

Au-delà de ça, Stephen Aryan pousse une mythologie faite de dieux anciens qui marchent parmi les humains et puisent leur puissance dans le nombre de fidèles qui les vénèrent. Pourtant l’auteur s’amuse à garder encore beaucoup de choses dans l’ombre, avec des mystères non élucidés et des forces qui sont à peine esquissées dans les coins. Ça donne un côté indicible pas désagréable, lorgnant du côté d’Erikson mais en plus digeste. On a quand même assez de miettes pour apprendre du neuf, notamment grâce à Vargus et Danoph, mais il serait dommage de trop en dévoiler ici.

La force de cette nouvelle trilogie reste cette galerie de personnages très solide, chaque protagoniste est intéressant, chaque trajectoire se justifie, chaque caractère est fouillé. On a un rythme relativement lent au fil des pages, l’auteur prend son temps, fouille les psychologies et fait assez de rappels pour qu’on ne se perde pas dans tous ces points de vue. On est loin de la fantasy badaboum d’action non-stop que pouvait être Mage de guerre, ça peut parfois trainer un peu mais c’est jamais désagréable, on savoure plus lentement et on s’imprègne de l’univers.

Les thématiques liées à la magie qui fait peur aux « moldus » (qui finissent par persécuter et bannir les mages), la peur de l’inconnu qui dérape en violence incontrôlable, continuent d’être au cœur de l’histoire. La trilogie a exploré plusieurs voies dans cette problématique, touchant au terrorisme, aux phénomènes de foule décérébrée qui se referme et utilise sa haine de l’étranger comme bouclier en cas de crise majeure. Finalement, Age of dread parle souvent de notre monde réel de manière très directe, très sombre mais avec suffisamment de petits sursauts de bienveillance pour ne pas tomber dans « on n’a qu’à tous crever, monde de merde ». Car si certains mages prennent la voie de la violence, d’autres choisissent une voie d’échange et de pédagogie qui ne sera pas simple mais apporte de l’espoir.

Stephen Aryan signe donc une seconde trilogie satisfaisante, plus entière que la précédente mais qui arrive à en utiliser certaines pièces pour construire un édifice cohérent sur l’ensemble de ses six bouquins. Thématiquement fort, avec des personnages solides et convaincants, dommage que Bragelonne n’ait pas encore prévu de traduire cette seconde série chez nous. Le manque de suivi des auteurs sur le long terme reste un vrai souci chez l’éditeur.

2 réponses

  1. Cette nouvelle trilogie a l’air davantage faite pour moi : je n’avais que moyennement apprécié le côté « fantasy badaboum » de Mage de guerre 😉

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