La marche du levant, Chaud aux fesses

La rentrée d’Albin Michel Imaginaire consistera en un double shot de SFFF avec, à ma droite La marche du levant de Léafar Izen, et à ma gauche Quitter les monts d’automne d’Émilie Querbalec. On s’intéressera aujourd’hui au premier, qui est arrivé avec un pitch fort accrocheur.

Nous découvrons une Terre qui met 300 ans à faire une rotation autour de son axe, et donc une journée dure 150 ans et une nuit aussi (enfin, en gros quoi). Mais du coup, le plein jour est un peu trop bouillant pour y vivre, et la nuit ça caille sévère. Pour survivre, les humains se déplacent constamment pour suivre le levant et vivre à une température supportable. La marche du levant est une des communautés qui suivent ce parcours, et ils trimballent avec eux toute une ville et l’organisation très particulière qui leur permet de vivre. Cette ville est dirigée par un archiprêtre qui guide son peuple en étudiant Les versets, des textes annonçant une prophétie qui guidera la marche vers l’Arche et libérera les hommes de cette maudite vie de nomade.

La marche du levant est un beau pavé de 650 pages qui va couvrir plusieurs dizaines d’années et nous montrer comment cette « prophétie » va se concrétiser ou pas, à travers une enfant qui doit rassembler la marche et la conduire vers la délivrance. Plusieurs personnages vont orbiter autour de cette « élue » : En premier lieu l’archiprêtre dont je parlais plus haut, qui est un bel enfoiré et va faire pas mal de saloperies. Puis nous suivrons également Célérya, assassine qui assassine très peu et va être envoyée pour une mission bien sale avec le guerrier nordique Oroverne.

Le roman est divisé en 3 parties qui vont raconter chacune une étape de la vie d’Akeyra et de tous les évènements qui vont la concerner de près ou de loin. Et là je suis un peu emmerdé parce que c’est assez compliqué de donner une idée du ressenti de ce livre parce que sa première caractéristique pour moi est qu’il est absolument bordélique. Le premier tiers met beaucoup de temps à installer son univers et nous expliquer son principe de manière assez confuse jusqu’à terminer sur un épisode épique et dramatique qui lance vraiment l’histoire seulement après 150 ou 200 pages. On va aussi faire beaucoup politique et le point de vue de l’archiprêtre est très important. Le souci, c’est que l’archiprêtre fait un « méchant » très caricatural qui fait de la politique débile comme un Donald Trump croisé avec Jafar. J’ai trouvé toute la partie sur ses manœuvres et ses motivations très pénible à lire, et ça prend pas mal de place

Et là je vous ai pas du tout donné envie de lire le roman, n’est-ce pas ? Il y a pourtant plein de bonnes choses dedans à se mettre sous la dent, mais comme je disais c’est un peu confus, on a l’impression d’avoir plusieurs romans condensés et mélangés, dans des sous-genres différents empilés comme des Lego. Y’a une fantasy extrêmement classique (mais c’est pour mieux la détourner) mélangée avec une fantasy politique (pas très convaincante), avec quelques moments épiques perdus au milieu (le « duel » d’Oroverne est magnifique) et tout ça décrit une fresque à grande échelle qui rappellera Les nefs de Pangée pour finir sur un twist qui te renverse de ta chaise. Mais on a quand même cet univers fascinant qu’on aime découvrir, toute l’organisation de cette société mobile qui doit avancer et reculer pour d’un côté planter des arbres et de l’autre récolter du charbon avant que le soleil ne crame tout. On apprend l’existence d’autres marches sur le levant, de hordes du couchant aussi. On nous décrit ce mur de glace qui fait constamment face à la marche et s’effrite dès que le soleil le touche.

On a aussi un dernier tiers qui arrive à se reconcentrer, qui tend vers cette prophétie et ce but ultime dont personne ne connait la vraie finalité. Même si ça va encore un peu vite à mon goût, cette dernière partie redonne de l’élan et remet en perspective tout ce qu’on a vécu pour finir sur un beau twist qui va faire débattre les colleurs d’étiquettes. C’est une fois franchi ce cap qu’on peut regarder en arrière, se souvenir de l’épopée vécue par nos protagonistes et en ressortir satisfait. Malgré les défauts du romans, ses longueurs, sa précipitation, parfois sa confusion (une carte aurait bien aidé), ses personnages survolés, il y a un propos, une identité et surtout un univers que j’ai fini par apprécier, qui laisse une marque sur le lecteur.

Loin d’être parfait, La marche du levant surmonte ses défauts sur le dernier sprint. Porté par son monde fascinant et sa plume agréable, Léafar Izen arrive à nous plonger dans son univers implacable et poétique, plein d’images saisissantes.

Roman reçu en Service presse de la part de l’éditeur Albin Michel Imaginaire, merci à eux.

Lire les avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Le chroniqueur (Les chroniques du chroniqueur), Célindanaé (Au pays des cave trolls), Anouchka (Les notes d’Anouchka), FeydRautha (L’épaule d’orion),

14 réponses

    • Je pensais plus a une carte qui situe la progression de la marche et leur itinéraire. Les indications sont souvent vagues et quelqu’un de pas très porté sur la géographie a un peu de mal a se repérer avec les quelques noms éparpillés.

      Puis je bouquine pas avec un globe terrestre a côté de moi.

  1. Je l’ai bien aimé, moi, l’Archiprêtre. Il est ultra-caricatural, c’est tout à fait vrai, mais j’ai bien aimé les dialogues l’impliquant, ses intrigues florentines, sa diplomatie du couteau.

  2. Ce qui est bien avec ta chronique, c’est que je ne vais pas mettre mes attentes super haut et ça devrait passer crème :D. Et tu me fais penser, au passage, que je dois absolument lire Les Nefs de Pangée !

  3. Ok je vais tenter d’atteindre les 200 pages avant de choisir si je l’abandonne ou pas. Je peine vraiment sur le début qui est lent et très confus dans l’installation de l’univers. Je ne sais pas encore si j’arriverai au bout. La partie épique me fera choisir.

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