Clémente nous soit la pluie, Tragique à mort

La voilà ! La fin tant attendue des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier est enfin disponible même après un petit contre-temps covidien. Clémente nous soit la pluie arrive pour conclure cette saga avec une couverture ou Melchior Ascaride joue à Fruit Ninja avec un château. Alors, cette pluie, clémente ou pas ?

On retrouve le royaume du Demi-loup en piteux état, la preste-mort continue de tuer, Malvane et Calvina gèrent leurs bouts de royaumes respectifs avec un sens de la diplomatie très contestable. Les deux suivantes Nersès et Lufthilde essayent de colmater les brèches un peu comme elles peuvent mais le drame frappe encore et encore. Elles essayent de calmer le jeu malgré les caractères des princesses, Aldemor qui déplace ses pions dans l’ombre et l’empire qui vient toquer à la porte du royaume avec sa grosse armée. C’est pas gagné, quoi. Peut-être qu’une solution plus expéditive remettra de l’ordre dans le royaume, ou alors tout partira complètement en vrille.

Encore une fois, j’ai attaqué un tome du Demi-Loup avec seulement quelques petits souvenirs flous du tome précédent, mais Chloé Chevalier arrive à nous remettre dans le bain et nous rappeler les quelques points importants en quelques chapitres. Et très vite on se replonge dans cette fresque qui parcourt tout un royaume mais arrive à rester très intime, à mettre dans la balance la vie de milliers de gens sur la base de quelques rancœurs et incompréhensions entre une poignée de personnages importants. Le lecteur a vu grandir Cathelle, Lufthilde, Calvina, Nersès, Aldemor, Malvane et ensuite Crassu pour comprendre toute la tragédie dans laquelle le royaume va sombrer petit à petit. Et la clé de tout ça reste la solidité de ces protagonistes, leurs personnalités extrêmement bien définies et nuancées.

Le lecteur comprend les motivations de chacun et au fond il n’y a pas vraiment de méchant, il n’y a que le passé, le ressentiment, les circonstances qui opposent, les différents points de vues, et les traits de caractères qui vont tout précipiter. Le côté bourrin caractériel de Malvane va faire des dégâts, la superficialité naïve de Calvina aura aussi des conséquences, mais on comprend ces héroïnes et on s’y attache malgré tout. Du coup tous les évènements dramatiques apparaissent vraiment comme une énorme tragédie inéluctable, dont la faute revient à la fois à tout le monde, et à personne en particulier. C’est cet équilibre et cette subtilité dans la progression de l’histoire qui rend l’ensemble absolument brillant.

Cet aspect tragique va garder le lecteur accroché au roman jusqu’à la fin, on voit les évènements se dérouler, on voit ce qui se passe de chaque côté et on reste horrifié parce qu’on sait bien que ça va dans le mur. Mais on s’enfonce dans le drame, catastrophe après catastrophe, en se demandant jusqu’où ça va aller, d’où viendra le salut. On voit aussi que chacun veut faire au mieux dans les limites de ses compétences, de son caractère, et de son point de vue sur la situation. Même la vision d’Aldemor et Cathelle est tout à fait défendable. Ce jeu de perspective est aussi mis en évidence par la narration qui évolue mais reste sur le modèle de journaux qui ont été rassemblés à postériori, et on a même des passages qui concernent justement l’écriture de ces mémoires croisées qui amène une couche de mélancolie sur les drames passés.

Il y a quelques petits défauts, je pense à une scène de bataille finale un poil confuse (mais c’est censé être confus pour les personnages aussi), mais rien d’assez important pour éclipser l’excellence de cette série, et de cette conclusion brillante et déchirante. Mais je vois que ce roman, plusieurs mois après sa sortie numérique et un mois après sa sortie physique, n’a toujours que très peu d’avis sur les internets. C’est une honte, c’est une injustice, c’est un drame national. Tu attends quoi pour lire les récits du Demi-loup, lecteur ? T’as rien de mieux à lire cet été, non, rien, chut, tais-toi, achète et lis. Tout de suite.

Lire aussi l’avis de : Célindanaé (Au pays des cave trolls), Dup (book en stock), Les mots de Mahault, Sia (Encres et calames),

 

14 réponses

  1. Il y a si peu d’avis en effet Cette tétralogie est pourtant une des plus belles réussites à mon sens des littératures de l’imaginaire françaises.
    Sinon je ne peux qu’être d’accord avec ce que tu écris au sujet des personnages, bien que je sois plus nuancée au sujet de Nersès qui dans ce tome n’a pas forcément le beau rôle.

    • Oui j’ai apprécié les 4 tomes et le recueil aussi. J’ai eu peur en attaquant le tome 4 sans faire de relecture des précédents mais ça passe bien, l’essentiel revient en mémoire

  2. J’avais gardé ton avis en stock parce que je pensais le lire rapidement et puis voilà… bref je suis contente de savoir que c’est toujours aussi bon, et je ne tarderais pas moi aussi à donner mon avis à son sujet ^^

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