Les mondes-miroirs, Mirinar remastered

Il y a fort longtemps, des années, des siècles, des millénaires (ou pas, je m’emporte), trois zigotos se sont amusés à créer un univers de toutes pièces et à le partager sur un site internet sous forme d’écrits, de dessins et toutes sortes de détails bien rangés. Vincent Mondiot, Raphaël Lafarge et Matthieu Leveder avaient mis sur pied le monde des Chimères de Mirinar, les deux premiers à l’écriture et le troisième à l’illustration. En 2011, Pygmalion mettait la main sur le bousin pour commander un roman intitulé Teliam Vore, avec une couverture « mouais » et un succès mitigé, qu’on a glissé sous le tapis pour ne plus jamais en reparler sous peine d’éviscération instantanée. En 2018, c’est Mnémos qui reprend le flambeau avec Les mondes-miroirs, qui sera une sorte de reboot/remaster de Teliam Vore.

Disclaimer : Je connais personnellement Matthieu, illustrateur et tiers de cerveau de cet univers, depuis nos folles années estudiantines communes, donc je ne serai peut-être pas le plus objectif sur le sujet. L’objectivité étant le mal suprême qui détruira notre monde, c’est pas trop grave. Vous ferez un peu ce que vous voulez de cette information.

2011 vs 2018

Les mondes-miroirs nous présente Elsy Valnitier, patronne d’une agence de mercenaires pas vraiment prestigieuse mais qui a quand même ses petits rêves de grandeur. Épaulée par Basilien et Ohya, elle arpente les bas-fonds de Mirinèce à la recherche d’un gros coup, mais pour le moment c’est pas trop ça.  Ce n’est que lorsque la ville est frappée par des apparitions monstrueuses et destructrices que la jeune femme sent le vent tourner, elle va foncer dans le tas pour tirer son épingle du jeu. Son amie d’enfance Élodianne est de l’autre côté du spectre social, puisqu’elle est mage miroitiste et va vivre cette affaire du côté « officiel » (et riche) des autorités. Entre ambitions et vieilles amitiés, c’est pourtant un danger bien réel qui plane sur la cité et menace la population.

Le monde de Mirinar a une ambiance un peu particulière, on est dans un univers très urbain, crapule-fantasy agrémentée de glauqueries diverses et variées, avec un background qui se déploie progressivement sous les yeux du lecteur. Les auteurs arrivent à distiller pas mal d’informations de manière digeste au fil des pages, tout ça donne corps à ce monde dense qui a sa propre histoire, ses héros et ses secrets, extrêmement plaisant à découvrir. On ressent bien le côté crapule des bas-fonds avec ces héros bruts quasi-analphabètes qui se vannent en permanence, cette pauvreté qui gangrène les quartiers ouest. Et nous avons aussi une ambiance vraiment glauque, suintant et dégoulinant à travers ces créatures boueuses, cette atmosphère poisseuse qui pue le malsain, ces corps cabossés et transformés.

Le groupe de protagonistes a un côté caricatural qui pourra en refroidir certains mais qui m’amuse beaucoup. Elsy est un prototype de femme forte à base de mèche dans les yeux, de clopes, de tatouages et d’impulsivité mal maitrisée. Vu comme ça on pourrait avoir un peu peur du ridicule mais ça colle à l’ensemble puisqu’à peu près tout le monde a droit à ce traitement « rentre-dedans ». Ça donne un ton particulier au texte, un peu comme quand tu remates Predator ou Aliens pour la 150e fois : oui ça déborde de bad-asserie testostéronée, mais qu’est-ce que c’est rigolo. Les dialogues vont évidemment dans ce sens, c’est du langage familier très moderne, ça s’insulte gaiement, ça pique des colères et ça se vanne. Mon seul problème est quand ça partait parfois un peu trop loin, en de rares cas on pouvait avoir l’impression de tomber au milieu d’une bande de collégiens qui se chamaillent, qui boudent et piquent des crises. L’esquisse de romance qu’on voit se pointer de temps en temps fait vraiment « amourette adolescente », pour enfoncer un peu le clou.

Les fans de world-building encyclopédique sortiront peut-être un peu frustrés parce que malgré sa richesse, beaucoup d’éléments de l’univers restent inexpliqués mais participent à cette impression de grandeur, de « t’as encore rien vu ». C’est certainement un choix conscient pour privilégier le rythme et l’action sans trop alourdir la lecture, et ça fonctionne. Y’a de la baston, on avance… Toute la dernière partie est une gigantesque scène de bourre-pifs et de magie explosive qui part un peu dans tous les sens. On regrettera simplement des motivations un peu « simple » des « méchants », on s’attend à dérouler un complot millénaire machiavélique et on se retrouve avec un « pas-content » assez basique et pas forcément super malin. Il faut souligner que ce roman est une aventure complète, y’a beaucoup de potentiel pour en faire une série, mais en l’état c’est un one-shot tout à fait satisfaisant.

Voici finalement ce que je retiendrai de ce roman : Une lecture entrainante qui mêle action, personnages frappadingues et univers très original, c’est pas sans défaut mais c’est carrément rafraichissant dans le paysage littéraire fantasy. Pour ne rien gâcher on a une couverture splendide de Qistina Khalidah et six belles illustrations intérieures de Matthieu qui posent une idée de certains personnages et surtout des créatures et ambiances.

Livre reçu en service presse de la part de l’éditeur Mnémos

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Xapur (Les lectures de Xapur), Dup (Book en stock), Fantasy à la carte,

12 réponses

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi : c’est rafraichissant. Et je retrouverais bien Elsy dans une autre aventure ! Merci pour le lien 🙂

  2. Ça sent la lecture d’autant plus bonne quand on sait où l’on met les pieds et ce qu’on peut en attendre. J’essayerai de ne pas oublier ça si je le lis un jour. ^^

  3. J’aurai peut-être dû me laisser tenter par celui-là pour cette rentrée des indés, même si, au vu de ton retour, je ne suis pas sûr qu’il pourrait complètement m’accrocher. Je vais encore réfléchir avant de me laisser tenter ou non.

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