Eos, surcharge poétique

De la fantasy sombre et poétique, une histoire violente et sensuelle, ce sont les promesses qui nous sont faites par Eos, la prochaine sortie fantasy de chez Mnémos. Après des publications telles que Les nefs de Pangée ou le Bâtard de Kosigan, y’a de quoi être confiant !

Au début du roman, nous suivons un groupe de 32 utopistes qui ont tout quitté pour fonder une communauté loin de leur société corrompue. Ils ont trouvé une terre disponible et s’y installent tranquillement, construisant leurs habitations et cultivant leurs champs. Tout se déroule bien jusqu’à une tragique nuit où la colonie est attaquée par des créatures terrifiantes. C’est Eos, jeune fermier de 19 ans, qui va sauver ses camarades en se révélant implacable et sanguinaire.

La sauvagerie de l’attaque et le plaisir manifeste que le jeune homme y a pris scindent la communauté, entre ceux qui lui sont reconnaissants et ceux qui se méfient du visage inédit de notre héros, sans parler de ses mœurs plus que douteuses. Le combat contre les orcs (enfin, ce sont des ouraorcs mais on va dire que ce sont des orcs, des trucs verts qui puent quoi…) est le point de départ d’une nouvelle quête qui va plonger le groupe dans une intrigue entre corruption politique et artefacts sacrés.

Le premier point à souligner dans ce roman, c’est l’écriture de l’auteur. Monsieur Arthur allie un vocabulaire souvent désuet et ampoulé avec une construction poétique pleine de figures de styles, de rimes, de répétitions, de phrases de quelques mots, sans verbe, etc… Le lecteur aura parfois l’impression de lire un enchainement de 15 Haikus dans certains paragraphe. Les amateurs de poésie apprécieront sûrement, mais c’est un des points qui m’ont empêché de m’immerger dans le roman, je n’ai pas d’affinité particulière avec la chose et trouve qu’ici ça fait pompeux. Pourtant, s’il n’y avait eu que ça, j’aurais peut-être pu m’y accommoder, mais Eos me réserve quelques autres surprises.

EosLe livre n’a jamais réussi à créer une empathie entre moi et son héros, ce jeune homme qui se découvre un talent particulier (venu de nulle part) pour l’arc et qui trouve que tuer c’est vachement rigolo. A partir de ce moment, Eos prend la grosse tête et devient un p’tit con avec à peu près tout le monde, il traite ses camarades avec mépris, attise les tensions existantes et ne cherche jamais à être un minimum diplomate. Il met régulièrement la communauté en péril sans raison particulière, impose ses décisions parce que « c’est moi votre sauveur, merde », se comporte de manière illogique jusqu’à la fin du roman, une vraie tête-à-claques insupportable. On peut ajouter à ça une intrigue romantique peu convaincante, triangle amoureux libertin bizarroïde, parce que quand on est courtisée par deux mecs on va pas s’faire chier à choisir, autant se taper les deux sans se cacher et tout le monde est content…

C’est en partie à cause de ça que les tensions vont naitre dans le groupe, Eos est considéré comme un paria par une bonne moitié des colons et j’ai pas vraiment envie de le plaindre, ils restent même très sympas avec lui vu les circonstances. Le même détachement est de rigueur avec les membres de la société du Val-de-la-lune, le livre ne prend pas le temps de présenter les personnages, on balance des noms au visage du lecteur qui mettra un moment à trier tout ça, s’il y arrive jamais. Du coup les personnages secondaires apparaissent souvent comme des leviers dramatiques et pas de vrais personnages qui prennent vie devant nous.

L’histoire globale, quant à elle, est plus que décevante. La première moitié du livre raconte l’installation et le conflit avec les orcs, classique « as fuck », j’avais l’impression de lire mes premiers niveaux de Warcraft romancés. La seconde moitié est une fuite effrénée où tout le monde court après un artefact magique, McGuffin qui sort de nulle part et va attirer toutes les convoitises. Les cent dernières pages catapultent au milieu de tout ça une intrigue politique et religieuse, présentant à peine les partis en présence, un imbroglio dont les enjeux restent flous jusqu’à la fin. Tout le long des 300 pages qui composent ce roman, ma réaction récurrente était « Mais pourquoi tu fais ça ? D’où ça sort ? ». Le livre survole à peu près tout, ne prends son temps que pour faire des jolies phrases qui riment mais jamais pour assoir son intrigue solidement.

Entre son histoire décousue, ses personnages creux et leurs réactions illogiques, Eos est un roman bancal qui privilégie la forme au fond. Si on n’accroche pas au style poétique, il ne reste pas grand chose de solide à se mettre sous la dent, une déception énorme, je n’avais pas pris si peu de plaisir à lire depuis bien longtemps.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog-o-livre), Joyeux Drille (Appuyez sur la touche lecture), Salveena (Le comptoir de l’écureuil), Xapur, Bruno Para (Bifrost),

12 réponses

  1. Hello l’Ours, super chronique comme d’habitude ! C’est vraiment agréable de te lire.

    Même si, une fois n’est pas coutume je ne suis pas vraiment d’accord avec ce que tu nous contes.

    J’ai plutôt apprécié ce bouquin. Carrément même, ça change et ça fait du bien. Pourquoi ?

    Parce que marre des clichés en fantasy contemporaine. Oui, ce n’est pas un page turner sans style (et encore… quand on aime les sonorités qui chantent ça va très vite), oui ce n’est pas facile à lire mais ce n’est pas parce que c’est mauvais : bien au contraire. Je pense que l’auteur aborde très justement beaucoup de choses et que c’est un peu dérangeant pour certains.

    C’est sensible, assez féminin dans l’écriture, beaucoup de pages sont très belles. Quant à l’intrigue du livre, elle me semble plutôt saine et cohérente, et n’a pas besoin d’être plus forte ou plus présente ou plus développée : le roman n’est pas à propos de ça. Il y a autre chose à voir. Et puis il faut arrêter d’avoir peur de tout ce qui ne ressemble pas à Gemmell (avec toute l’affection que j’ai pour Druss) ou à la grosse fantasy qui tâche soutenue par certains éditeur.

    Je comprends la plupart des critiques sur ce bouquin qui ne sont pas si injustes (au sens de non justesse) que ça mais pour moi terriblement limitées et empruntes de gravité et d’importance. C’est de la littérature, un peu de légèreté dans tout cela fera du bien à tout le monde. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à se lancer dans la lecture de ce roman qui est plus épais que ne le laisse présager le nombre de pages. Et continuer à rechercher des choses différentes, accepter qu’une lecture ne soit pas facile, qu’un texte sollicite de l’attention de la part du lecteur et que la fantasy ait d’autres choses à nous offrir que ce qu’on connaît déjà.

    La bise.

    • Salut et merci !

      Alors je comprends tout à fait qu’on apprécie le style, mon avis n’est pas universel. Mais même si je suis amateur de fiction épique et divertissante façon Gemmell (j’assume complètement), tu trouveras ici beaucoup d’articles enthousiastes sur d’autres types de romans, notamment aux styles et à la poésie très marquées (Jaworski, Chavassieux, Niogret…), je m’éloigne quand même régulièrement de cette « fantasy qui tâche » même si je l’aime toujours beaucoup.

      Ce n’est pas parce qu’Eos s’éloigne de ma « zone de confort » qu’il ne m’a pas plu, je peux apprécier quelques prises de risques mais faut arrêter de partir n’importe comment quand même, le fond manque vraiment de cohérence, de construction et de maitrise. Je suis en pleine lecture de Manesh qui peut se rapprocher d’Eos dans sa démarche stylistique mais il le fait avec 100 fois plus de finesse et de justesse, et en plus le fond est bien là aussi.

      Un commentaire sur « il faut sortir des sentiers battus » est bien noble, mais il faut aussi accepter que parfois, un livre différent peu aussi être un livre naze pour un autre lecteur, sans pour autant que ce soit de la fermeture d’esprit 🙂

      • Hello !

        C’est marrant que tu parles de Chavassieux, Niogret et Jaworski et encore plus que tu ranges leur écriture et leur style dans la même catégorie. Trois auteurs au style complètement différents. Jaworski, une écriture travaillée, précise et juste, un peu trop efficace pour moi mais un sens de la narration très poussé ; Chavassieux, une écriture plus atmosphérique que poétique si je puis dire (Mausolées est impressionnant pour ça) ; quant à Niogret on parle de puissance brute (au sens de naturelle/Mordred, Mordred, Mordred), et d’intensité.

        Non, pas très poétique tout ça.
        Enfin peut-être.
        Tout ça relève d’une tendance très amusante qu’on a à peu près tous adoptée malgré les différences de ton. À savoir l’irrépressible envie de tout ranger dans des cases afin de pouvoir affirmer qu’on a un avis.

        Pour revenir à ces trois auteurs leur écriture est incomparable et a fortiori avec celle d’Arthur. Arthur manque peut-être de maîtrise, ce qui est compréhensible mais pas rédhibitoire. Du moins quand on accepte d’être chahuté un peu par sa lecture ; oui encore. Dans tout ce qui lui est reproché je vois des qualités. Une histoire plus prenante, plus forte aurait rendu ce roman insupportable avec cette écriture. Overdose assurée. C’est donc plutôt équilibré, et c’est d’autant plus intéressant que c’est fait instinctivement. Ce n’est pas forcément toi que je vise quand je dis :

        « C’est de la littérature, un peu de légèreté dans tout cela fera du bien à tout le monde. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à se lancer dans la lecture de ce roman qui est plus épais que ne le laisse présager le nombre de pages. Et continuer à rechercher des choses différentes, accepter qu’une lecture ne soit pas facile, qu’un texte sollicite de l’attention de la part du lecteur et que la fantasy ait d’autres choses à nous offrir que ce qu’on connaît déjà. »

        Mais le lectorat d’imaginaire en général. On voit un peu partout dans les blogs ou les chroniques qui traitent de littérature des choses comme « je suis déçu » ; « décevant ». Déçu de quoi ? Par rapport à quelles attentes ? Et de quel droit ?

        Quant au commentaire « bien noble », ça l’est. Et si c’est ridicule ou un peu démago’ de tenir ce genre de discours alors je suis ridicule et un peu démago’, parce que c’est important. Et encore plus en littérature de genre. Important de ne pas réduire ce genre de littérature à ce qu’elle ne veut pas être.

        Plateau c’est très bien, tout comme Jaworski, Niogret et Chavassieux. Tout comme Arthur. L’intention des quatre n’est juste pas la même, ils n’écrivent pas la même chose. La comparaison est caduque.

        Voilà pour la partie critique. En ce qui concerne le senti et l’expérience de lecture, comme un livre est différent d’un autre, chaque expérience l’est d’une autre. Libre, donc, à toi et aux quelques autres, de ne pas être sensibles à ce bouquin. Un peu moins de – un peu gratuitement il faut le dire mais là n’est pas la question -, à coût d’arguments spécieux, démolir ce roman. Après je suppose que tu ne t’es jamais prétendu critique littéraire ou référence absolu et que ce n’est que ton avis personnel et subjectif. Pour le coup ça l’est.

        Voilà le mien.
        La bise, de l’amour et d’autres gourmandises.

        • Je n’ai pas comparé Jaworski, Niogret, chavassieux et Arthur.

          Relis mon commentaire, j’ai juste pris ces exemples de fantasy « différentes » que j’ai apprécié, et qui ont chacun un style et une poésie particulière (mais différentes entre elles, on est d’accord). Je ne range rien dans des cases, j’argumentais simplement sur le fait qu’on peut aimer la « fantasy qui tâche » ET aimer découvrir un peu plus de subtilité et de style par ailleurs. Ce qui n’empêche pas de, parfois, ne pas en aimer un.

          Maintenant si ton commentaire ne me visait pas, je comprends pas bien ce qu’il fait là (alors que visiblement tu vises les gens qui n’ont pas apprécié ce livre, donc moi… je suis confus, de qui parles-tu donc alors ?). Sur cette critique, j’ai essayé d’être descriptif tout en donnant mon avis, pour que le lecteur sache ce que je n’ai pas aimé dedans et pourquoi. Mais si ton seul reproche c’est que je n’ai pas apprécié alors que toi oui, je n’y peux franchement pas grand chose.

          Donc pour revenir au sujet, le livre en lui-même : Je suis d’accord avec toi, si le style n’est pas parfait on peut accepter d’être chahuté par l’auteur, c’est exactement ce que je dis : « Pourtant, s’il n’y avait eu que ça, j’aurais peut-être pu m’y accommoder, mais Eos me réserve quelques autres surprises. ». J’ai développé ensuite d’autres points qui selon moi sont peu convaincants et d’après mes camarades je ne suis pas le seul à avoir ressenti ça. Si tu juges certains arguments « spécieux » et trouves que je « démolis » le roman sans raison, je t’invite à revenir sur ces arguments et à en discuter. Maintenant, si c’est pour tourner en rond en mode « moi j’ai aimé, toi non », on peux simplement « agree to disagree », comme le disent si bien nos amis les anglophones.

          • J’aime la fantasy classique et bien faite – puisque le terme de fantasy qui tâche a l’air de te déranger – et j’aime me laisser séduire comme toi. Non, non tu ne comprends pas. Pas d’attaque perso’ ou d’attaque ciblée sur les lecteurs qui n’auraient pas aimé Eos. Mes commentaires visent plus large que ta chronique ou toi ; ce n’est peut-être pas le lieu pour en discuter. Ne voit aucune animosité dans ce que je dis, ça a tendance à rendre les choses inintéressantes. Zou !

            Cela étant fait : le livre. Discutons !

            « Le livre n’a jamais réussi à créer une empathie entre moi et son héros, ce jeune homme qui se découvre un talent particulier (venu de nulle part) pour l’arc et qui trouve que tuer c’est vachement rigolo. […]. »

            Tu n’aimes pas le personnage, soit. Ça ne t’a pas t’empêché de voir le reste, je me trompe ? Quant au talent d’Eos à l’arc qui te semble invraisemblable… attends, est-ce que tu reproches à un roman de ne pas être cohérent avec la réalité ? Ah. C’est embêtant. C’est très embêtant pour de la fantasy. Si il avait été question de magie et de pouvoirs, nous aurions compris une soudaine habileté sûrement ? Je n’ai pas l’impression qu’il trouve ça si rigolo, tu oublies le retour et tout ce par quoi il passe.
            Soit, soit, je concède. Le personnage est un petit con, tu ne l’aimes pas, et il sait tirer à l’arc un peu vite.
            Bim, dans ta gueule le roman, t’avais qu’a être cohérent. Ok.

            « A partir de ce moment Eos prend la grosse tête et devient un p’tit con avec à peu près tout le monde, il traite ses camarades avec mépris, attise les tensions existantes et ne cherche jamais à être un minimum diplomate. Il met régulièrement la communauté en péril sans raison particulière, impose ses décisions parce que « c’est moi votre sauveur, merde », se comporte de manière illogique jusqu’à la fin du roman, une vraie tête-à-claques insupportable. »

            Tu n’aimes toujours pas Eos, parce qu’il n’est pas sympa avec les autres, qu’il n’a pas de joyeuse team avec lui et qu’en plus il est maladroit et manque de diplomatie. Autant pour lui, il n’avait qu’à être plus mature. À presque 17 ans quand même. Trêve de plaisanterie, c’est un ado. Un ado amoureux. Pleins de failles. Orphelin. Allez un petit effort, même pas un peu de compréhension et de compassion pour ce sacré garnement ? Tu es trop dur. Next.

            « On peut ajouter à ça une intrigue romantique peu convaincante, triangle amoureux libertin bizarroïde, parce que quand on est courtisée par deux mecs on va pas s’faire chier à choisir, autant se taper les deux sans se cacher et tout le monde est content… »

            Mon commentaire préféré et so plein de jugement, n’est-il pas ? Pour le coup je n’ai pas compris où était le problème… sincèrement. « Trio amoureux libertin bizarroïde », c’est le fait que ce soit un trio, qu’ils soient amoureux qui te dérange ? Pour le coup si j’admets volontiers, après coup, que ton avis sur le roman n’est pas forcément dû à un problème d’ouverture d’esprit, là j’ai du mal à penser autrement. Ça c’est dérangeant. C’est inconfortable un trio amoureux ? Inconcevable ? C’est en effet un trio libertin dans le sens où par son existence il conteste la conception judéo-chrétienne quasi dogmatique du couple et de l’amour qui prévôt en occident. Or ils ne sont pas vraiment occidentaux, on se rend compte assez vite que s’il fallait établir un parallèle avec notre monde les 32 loulous et tous les autres sont plus arabes qu’autre chose. Si, si. Je peux expliquer au besoin mais il me semble que c’est clair. Breffons.

            « C’est en partie à cause de ça que les tensions vont naitre dans le groupe, Eos est considéré comme un paria par une bonne moitié des colons et j’ai pas vraiment envie de le plaindre, ils restent même très sympas avec lui vu les circonstances. »

            Quelles circonstances ? La volonté de l’auteur de montrer le poids du regard de tous sur les trois amoureux et de manière plus abstraite sur chaque élément qui peut sortir de la « normalité » telle qu’acceptée est assez claire, non ? Il montre bien la diversité des opinions et l’effet que ça peut avoir sur les intéressés.

            « Le même détachement est de rigueur avec les membres de la société du Val-de-la-lune, le livre ne prend pas le temps de présenter les personnages, on balance des noms au visage du lecteur qui mettra un moment à trier tout ça, s’il y arrive jamais. »

            Le livre ne prend pas le temps de les présenter et c’est un choix, je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une maladresse. Eos est le cœur du récit. L’auteur a voulu qu’il le reste. Tu n’as donc pas réussi à englober tous les personnages qui sont finalement aussi nécessaires qu’Eos puisqu’ils font partie du tableau dressé. Chacun est important.

            « Du coup les personnages secondaires apparaissent souvent comme des leviers dramatiques et pas de vrais personnages qui prennent vie devant nous. »

            Voilà. On est d’accord.

            « L’histoire globale, quant à elle, est plus que décevante. La première moitié du livre raconte l’installation et le conflit avec les orcs, classique « as fuck », j’avais l’impression de lire mes premiers niveaux de Warcraft romancés. »

            À ce moment je me dis qu’en fait il s’agit d’un problème soit de compréhension, soit de goût. Les deux n’étant pas dramatiques. Toute l’installation n’est pas que la salle d’attente de l’intrigue, C’EST le roman. Ces pages sont très intéressantes, le temps se dilate, des choses se passent. Comme la narration, découpée en deux partie, deux tons qui correspondent à deux temps. Je pense que ce qui t’as dérangé c’est que ce ne soit pas linéaire et graduel ? Qu’il n’y ait pas vraiment de montée en puissance jusqu’au climax et au cap de fin. Quid ? C’est intéressant je trouve, de savoir si tu t’es ennuyé pendant ces pages qui sont pour moi la meilleure partie du roman, sans déprécier l’autre car elle est vraiment différente. Deux vitesses, deux temps. À quoi tu t’attendais avant d’ouvrir le bouquin ? À de la fantasy classique ou à autre chose ? Est-ce que pendant ta lecture tu avais des attentes en permanence ?

            « La seconde moitié est une fuite effrénée où tout le monde court après un artefact magique, McGuffin qui sort de nulle part et va attirer toutes les convoitises. Les cent dernières pages catapultent au milieu de tout ça une intrigue politique et religieuse, présentant à peine les partis en présence, un imbroglio dont les enjeux restent flous jusqu’à la fin. Tout le long des 300 pages qui composent ce roman, ma réaction récurrente était « Mais pourquoi tu fais ça ? D’où ça sort ? ». »

            Je rappelle qu’on attends un deuxième et dernier volume, ce n’est pas un one shot. (info prise en salon auprès de l’éditeur). Je pense qu’il faut attendre un peu avant de sortir le McGuffin, qui reste un très bon trick à mon sens, mais qui ne me donne pas l’impression d’être utilisé dans ce livre. C’est un peu irritant de ne pas tout savoir d’un coup.

            « Le livre survole à peu près tout, ne prends son temps que pour faire des jolies phrases qui riment mais jamais pour assoir son intrigue solidement. »

            C’est pour moi ta remarque la plus intéressante. Malgré le désaccord. Mais pas sur tout, il y a vraiment de jolies phrases.

            « Entre son histoire décousue, ses personnages creux et leurs réactions illogiques, Eos est un roman bancal qui privilégie la forme au fond. Si on n’accroche pas au style poétique, il ne reste pas grand chose de solide à se mettre sous la dent, une déception énorme, je n’avais pas pris si peu de plaisir à lire depuis bien longtemps. »

            Ce que je tire de ton avis sur le roman c’est que vous ne vous êtes pas trouvés parce que tu n’as pas vu de fonds. Je suspecte également que tu avais de grosses attentes avant de commencer ta lecture et que tu as lu le livre au travers du prisme de tes attentes déçues. D’où le manque de plaisir à la lecture. Je crois aussi que le soucis vient du fait que ce roman n’est presque pas de la fantasy. D’où les réactions épidermiques qu’on voit partout.

            Il fallait peut-être commencer par ça en fait. Et encore une fois, ça me fait plaisir de discuter du bouquin et on ne joue pas nos vies. Et je trouve ça, comme toujours très intéressant de savoir pourquoi tu n’as pas aimé tel ou tel bouquin. C’est-à-dire que je suis rarement en désaccord avec tes avis, d’où ma curiosité.

            La bise.

          • J’arrive pas à te faire comprendre que j’ai trouvé ce livre mauvais mais que ça n’a rien à voir avec de la fermeture d’esprit, de l’incompréhension ou mes attentes. Tu reprends tout ce que j’écris en y collant des jugements à l’emporte-pièce sur le lecteur (je suspecte que tu…) depuis le premier commentaire, tu ne discutes pas des arguments mais de ce que tu crois deviner derrière, à tort, et pas de la manière la plus polie qui soit.

            Je n’aime pas le personnage mais c’est pas ça le problème, y’a de très bons romans avec des personnages détestables. Je ne parle pas d’affection mais d’empathie (c’est le mot que j’emploie), le fait de « comprendre » les sentiments du personnage, de s’y identifier. Je n’ai pas à l’aimer, mais je ne peux pas suivre un personnage dont on ne me donne pas les clés de lecture, qui me semble incohérent, que je ne comprends pas (sans parler d’aimer ou pas).

            Je ne vais pas tout reprendre point par point, comme j’ai dit, ça ne sert à rien, on n’est pas d’accord et cette conversation ne va nulle part (en plus d’être relativement désagréable).

  2. Bonjour!
    Je viens juste de finir Eos et je découvre votre/ton blog pour l’occasion. Des articles très bien fichus, une mine de renseignements, des pistes de lecture alléchantes, je sens que je vais revenir régulièrement – même si je suis plus réservé sur Gemmell 🙂 (et la fantasy anglo-saxonne en général)
    Concernant Eos, donc, perso j’étais très partant sur les 100 premières pages: poésie un poil trop apparente côté sonorités, c’est vrai, mais un ton plaisant, des belles trouvailles stylistiques, une sourde menace bien amenée, et j’avoue que j’aime bien le trio d’ amours érotico-sympathico-juvéniles (pour le coup, on est loin des clichés habituels). Pour le reste, je suis d’accord: des orcs tout droits sortis de Warcraft (je me demandais s’ils allaient oser dire « zag zag »), avec en bonus la tarte à la crème de la réversibilité de la barbarie, et surtout une deuxième moitié où les intrigues m’ont laissé sur le bord (et pourtant, les luttes d’influence tordues façon « Gagner la guerre » de Jaworski, j’accroche bien), sans parler des multiples dialogues que je trouvais assez frais au début et carrément lourdingues répétitifs sur la longueur (le chasseur borné, l’ado qui fait toujours la gueule, l’amoureuse bonne perdante etc. n’en finissent plus de se caricaturer). Les paysages m’ont semblé assez abstraits – des villes, des temples, des prairies, des campements, sans véritable atmosphère, sans épaisseur sensorielle, j’avais l’impression de décors vite dressés pour y faire courir des apprentis aventuriers.
    En revanche, j’étais assez en empathie avec Eos quand il massacre les gens avec ses flèches de couleur, non pas que je sois amateur de tueries (quoique), mais j’ai trouvé que dans ces moments la narration était plus serrée, plus âpre, plus « vraie ».

    • Merci pour ton retour (et tes compliments 😉 )

      C’est marrant comme ce bouquin a des critiques vraiment variables, y’en a qui ont détesté clairement (comme moi) et d’autres qui ont adoré, et plein de gens entre les deux.

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