Waldo, New Age Old SF

J’avance petit à petit dans ma découverte de la collection Une Heure Lumière, toujours dans l’ordre de parution. Prochain sur la liste, Waldo de Robert A. Heinlein… J’y suis allé un peu à reculons parce que moi, la Hard-SF des années 40, moui, bon, voilà quoi… Et en fait le bouquin m’a feinté. Alors attention parce que comme mon avis repose beaucoup sur un certain twist, cette chronique peut être considérée comme spoilante.

Waldo est un scientifique brillant atteint d’une maladie qui rend ses muscles incapables d’accomplir les moindres actions normales d’un humain. Mais comme il est pas pauvre il s’est fait une petite maison tranquille en orbite, il échappe ainsi aux soucis que lui pose la pesanteur, et il interagit avec le monde grâce à des bras mécaniques de son invention, humblement baptisés les waldos. Sur Terre, quand les récepteurs d’énergie de la North-American Power Air commencent à déconner sans raison apparente, les ingénieurs sont tout paniqués, ils arrivent pas à les réparer et se roulent en boule en pleurant devant leur calculette… Alors il ne reste qu’un seul espoir, James Stevens doit aller demander à ce génie de Waldo.

Dans ce livre écrit il y a presque 80 ans, Robert A. Heinlein imaginait un avenir où l’énergie se transmet sans fil, une prouesse qui en est toujours à ses balbutiements aujourd’hui. Il projette même des inquiétudes sur les conséquences sanitaires d’une telle technologie, il avait du flair le bonhomme quand même. Évidemment, comme c’est un auteur de SF, il se sent obligé de décrire certains procédés avec des mots compliqués qui font « scientifique », tout en esquivant les explications qui pourraient être scientifiquement intéressantes (sur le fonctionnement de la transmission d’énergie sans fil, par exemple ?). Au final, en lisant ce sous-genre j’ai toujours des passages d’explications dont je me fous, je m’en cogne un peu que le cuivre se décompose en Phosphore, en Silicium 29 et en Hélium 3. Ça se sent que j’aime pas la Hard-SF, ou pas ? Donc bon, ce côté là est absolument subjectif, évidemment. Et pourtant, pourtant, ce n’est pas son côté scientifico-chiant et ses personnages froids qui m’ont complètement sorti du bouquin.

Je pourrais commencer par vous parler de l’archétype du scientifique de génie/connard misanthrope qui est éculé et m’énerve un peu, mais en 1942 c’était peut-être encore novateur, je sais pas. La manière dont Stevens va pleurer auprès du grand génie parce qu’ils arrivent pas à réparer une panne est un peu pathétique, et il a l’air de vraiment rien comprendre à son propre domaine d’expertise. Mais non, ce qui m’a le plus surpris, c’est la tournure « spirituelle » que prend la novella. En effet, Waldo part dans des délires complètement anti-scientifiques. Ça cause pouvoir de l’esprit sur la matière, « énergie », limites de la science, potentiel spirituel caché, dimension parallèle éthérée. Il prend son lectorat à contre-pied en injectant de la « magie » dans sa SF, quelque part c’est très novateur mais comme il continue à l’habiller de blabla scientifique ça fait finalement pas si « magie » que ça.

Votre manière de recevoir ce parti pris dépendra de votre profil et de votre état d’esprit, beaucoup trouvent cette touche de magie en hard-SF osée, voire passionnante, mais de mon point de vue on reste sur des concepts pseudo-scientifiques très proches de ce qu’on entend dans des milieux New age aujourd’hui. Pour le profil ingénieur cartésien de 2020 que je suis, qui a déjà regardé des conférences merdiques de ce genre qui pullulent sur le net (par des gens qui se font beaucoup de pognon sur la manipulation et le manque de connaissance du public), tout ça laisse un arrière-goût assez amer en bouche. Maintenant, est-ce qu’on peut reprocher à un texte de 1942 d’explorer des concepts pareil ? Peut-être pas, autre époque, autres connaissances, autres préoccupations… Mais on peut s’interroger sur la pertinence de lui décerner un prix « rétro » en 2018 et le rééditer en 2019…

Parce que si on enlève ce twist qui pique un peu, on a le parcours abrupt et pas très intéressant d’un génie acariâtre qui change complètement maintenant qu’il a découvert « LA VÉRITÉ » en allant au-delà de cette science tellement matérialiste. Ça a peut-être une valeur historique dans le genre, une petite touche symbolique révolutionnaire pour l’époque, mais en 2020 ça fait assez grossier comme schéma.

Un vieux livre de Hard-SF qui vire pseudo-sciences à fond, c’est un peu déroutant, je m’attendais à ne pas l’aimer, mais pas du tout pour ces raisons-là. Le choc temporel 1942-2020 y est sûrement pour beaucoup, mon profil de lecteur aussi…

Lire aussi l’avis de : Lianne (De livres en livres), Lutin82 (Albédo), Apophis (Le culte d’Apophis), Nicolas Winter (Just a word), Les chroniques du chroniqueur, Yogo (Les lectures du Maki),

10 réponses

  1. Je vois qu’on est d’accord 😛
    J’avais été vraiment surprise aussi de cette pseudo science new-age et les abhérations que ça entraine qu’on voit de plus en plus chez les anti vax and co.
    Je pense que c’est surtout le fait que ça résonne de façon très négative vis à vis de l’actualité qui m’a fait ne pas l’apprécier, surtout pour la publicité que ça peut lui donner. On voit déjà suffisamment de personnes qui sont convaincu qu’on peut guérir des maladies très graves sans médecine et grands labos, on n’a pas besoin de leur faire de la pub en plus en donnant ce prix à ce livre …

    • Oui, a l’époque de son écriture ça devait poser aucun souci mais aujourd’hui bof.
      Après je nuance un peu parce que apparemment on est que deux a avoir tiqué, mais quand même ça colle parfaitement avec les discours pseudo scientifique New age, ça en est troublant.
      Quelque part c’est visionnaire

  2. J’ai lu la chronique en diagonale car je compte toujours découvrir ce titre un jour malgré ces défauts évidents mais tu n’es effectivement pas le seul à pointer le problème de pseudo-science… Parfois les vieux classiques ça ne mérite pas toujours d’être remis en avant :/

  3. L’intrigue est pas gégé c’est sûr. Par contre j’ai bien aimé tout le futur qu’il a imaginé, c’est rigolo toute cette histoire d’énergie transmise dans l’air qui perturbe les gens, on dirait tellement la 5G 😀

    • Oui, même si la différence avec la 5G (et 4 et 3) ça serait la puissance à transmettre, et donc beaucoup plus susceptible d’avoir des effets sur la santé que la puissance relativement faible employée pour la télécom (qui est très inférieure aux niveaux qui ont un effet connu sur le vivant). De ce point de vue là, c’est assez bien vu, oui.

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