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Un certain goût de plomb 1 : Balles perdues, Western au pastis

En général, quand un éditeur quasi-inconnu (pour moi) me propose un roman quasi-inconnu (pour moi), je regarde ma PAL, je pleure et je dis « non merci, ça va ». Mais quand j’ai été contacté par les éditions Oneiroi pour lire Un certain goût de plomb d’Arnaud Cazelles, j’ai plissé les yeux très fort, j’ai lu la présentation, ça parle de fantasy western occitanisé, de La tour sombre, de talent pour les personnages… Oui ça fait quand même envie !!! Allez, sautons dans le vide. Et là, j’étais pas prêt pour ce qui allait me tomber sur le coin de la figure.

Les Baronnies sont déchirées par la guerre, le baron de Parcendres continue d’envahir ses petits voisins pour « unifier » le pays sous un même drapeau : Le sien. L’altruisme personnifié. La guerre frappe le petit village minier de La creusée, la petite Charlise Disbeck est séparée de ses parents et envoyée avec les autres enfants en première ligne par le Colonel Dusneau pour servir un plan d’une dégueulasserie top niveau. En fuyant ce cruel destin, la fillette va tomber sur Jo et Nad, deux pistoleros qui vont la prendre sous leur aile, mais la guerre va bien vite les rattraper. Mireïa Dusneau, la femme du colonel, emmène ses deux jumeaux en vacances à la campagne, sauf que pas vraiment, le but est d’éliminer un officier qui pourrait mettre en danger le plan de son époux. Mêler ses fils à un assassinat ne la dérange pas trop, mais son plan va avoir de grave conséquences sur elle et sa famille.

L’univers est, comme l’indiquait la description du bouquin, un western fantasy sauce provençale. On y retrouve les codes de ce bon vieux far-west avec les pistoleros, les chevaux, le chemin de fer qui trace sa route sur un nouveau monde qu’on a arraché aux natifs, la ruée vers l’or, etc… Mais l’auteur a ajouté assez d’éléments originaux pour donner une saveur unique à son roman. Dans les baronnies on entend les cigales, on boit de l’anisette, on mange des sardines grillées, l’argot du coin nous sort du « pitchoune », du « connaud », j’avais l’impression d’être rentré à Marseille.

Les natifs Tallaïms ne sont pas une simple copie fantasmée des indiens d’Amérique, mais vont plutôt chercher des influences en Afrique, leur magie évoque pas mal le Vaudou et on ira d’ailleurs faire un petit tour dans les bayous, pour l’ambiance. Les Tallaïms sont réduits en esclavages et beaucoup « bossent » pour de grands salauds dans des champs de coton, salauds qui utilisent des espèces de crapauds magiques pour empêcher leurs esclaves de communiquer avec les Waks à travers le voile qui séparent les mondes pour faire leurs deals. Tout l’arc de Na’wé va nous permettre d’explorer ça, et on a droit à de belles démonstration de ce que la magie des natifs peut accomplir, j’en dirais pas trop pour garder des surprises, mais y’a certaines scènes vraiment impressionnantes ! Et j’ai pas parlé des caméléons géants qui servent de montures furtives à l’armée, qui donnent des scènes vraiment effrayantes. Tout ça est un gros mélange qui tape un peu partout mais reste très cohérent, solide et vraiment unique.

Balles perdues marque le début d’une saga chorale, on alterne plusieurs trames et point de vue sur les presque 600 pages de ce pavé. D’un côté on a Charlise, Jo et Nad qui essayent de pas se faire écrabouiller entre deux armées d’une guerre qu’ils veulent fuir. De l’autre on a le reste de la famille Dusneau qui va mettre le doigt dans l’engrenage de la vengeance. Mais on va également retourner à La creusée pour suivre Zaggo, Basile et tous ceux qui restent dans le village occupé, réduit en esclavage par l’envahisseur pour leur faire extraire le charbon qui reste encore dans leur mine, indispensable à la guerre. Il y a déjà beaucoup de personnages, et là je vous parle que du début, on va croiser beaucoup de monde ! Arnaud Cazelles arrive à mêler plusieurs trames principales dans le bouquin, à leur donner chacune une trajectoires tout en leur apportant des connexions, des personnages qui passent de l’une à l’autre, des liens qui couvrent l’ensemble, pour un tableau général à la fois complexe mais qui se traverse avec une fluidité déconcertante.

Il y a de l’action, de la tension, des retournements de situations, de la pourriture par paquet de 12, mais la petite touche d’espoir et d’humanité va rendre ça attachant malgré l’âpreté de ce monde. Il y a quelques moments très durs, violence, torture, esclavage, viol et compagnie, mais déjà c’est fait avec un peu de retenue niveau descriptions explicites. Et c’est cet élan humain, allié à un petit côté pulp, qui contre-balance le tout pour ne pas tomber dans le syndrome du grimdark plus dark que dark où tout le monde il est pourri et tu vas souffrir. On a au contraire une énorme galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres, même les plus « pourris » ont ce côté très nuancé qui fait qu’on voit leur vision du monde et de la situation, et on peut la comprendre. L’auteur excelle vraiment dans la construction de ses personnages, leur psychologie et leurs interactions, les motivations croisées, changeantes, subtiles. Les dialogues qui accompagnent tout ça sont percutant, le style est fluide, familier, parfois très fleuri (les dialogues de Nad sont des petits bijoux). Ce bouquin est plein de vie qui essaye de se débattre dans des circonstances horribles.

Jo et Nad incarnent la figure du pistolero classique, durs mais qui cachent un certain sens de la justice et de la morale derrière des airs de je-m’en-foutisme blasé. On retrouve effectivement un peu de Roland de Gilead derrière Jo, déjà parce que vieux pistolero au passé mystérieux, mais aussi dans son rapport presque paternel avec ses protégés. Leur petit groupe va traverser bien des tempêtes, se souder et se battre pour se sortir de ce guêpier, l’amitié entre Nad et Charlise termine de nous accrocher à ce Ka-tet de l’extrême. Je pourrai continuer longtemps sur les personnages, sur la dualité entre le colosse bourrin Basile et son frère intello résigné, sur l’évolution des jumeaux Dusneau, sur ce mystérieux Baron Fortune qui survole l’action, mais gardons un peu de place pour la découverte.

Bordel j’ai ADORÉ ce bouquin, et dans mon enthousiasme j’ai voulu farfouiller le net pour voir comment il avait été reçu et… J’ai trouvé aucun avis, pas un lecteur ou une lectrice n’a posté quoi que ce soit sur un blog, un babelio, goodreads (la fiche existe même pas) ou autre. Pourtant le bouquin a été crowdfundé, donc y’a sûrement des gens qui l’ont, voire qui l’ont lu, mais ça buzz zéro sur le net presque trois mois après la sortie « officielle ». Oneiroi est un tout petit éditeur, certes, mais le bouquin a aussi quelques obstacles pour lui : Un prix à 29 euros pour un broché assez classique, y’a eu aucun envoi de SP apparemment (jusqu’ici), l’absence incompréhensible de version numérique qui pourrait le rendre accessible à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas sortir cette somme, une couverture pas très représentative de ce qu’est le roman (non je sais pas pourquoi la dame est nue et y’a des mains spectrales qui la tripotent). Mais j’ai très très envie d’avoir la suite ! Allez l’acheter ! Lisez-le ! Parlez-en !

Saga western à multiples points de vue, avec un univers génial et des personnages passionnants à suivre, Un certain goût de plomb démarre très fort. Arnaud Cazelles nous balance un premier roman renversant, et en attendant la suite (S’il vous plaaaaaiiit ??), je vais commander l’autre bouquin de l’auteur sorti à peu près au même moment chez Les trois nornes : Nous regrettons la mort.

Roman reçu en Service Presse de la part de l’éditeur Oneiroi, merci à eux.

Couverture : Elfenn
Éditeur : Oneiroi
Nombre de pages : 588
Sortie : 28 Mai 2022
Prix : 29€ (broché)

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Cet article a 11 commentaires

  1. belette2911

    « un western fantasy sauce provençale » : il y a de l’anchoïade dedans ?? 😆

    Allez, noté, j’adore les western et la fantasy aussi !

      1. belette2911

        Ok pour les sardines car les sârs dinent à l’huile 😆

        Ok, je sors, c’est lundi, c’est pénible :p

  2. Cirq

    Les deux livres ne se trouvent que sur les sites des éditeurs ?
    Ou connais tu un site de vente qui les propose?
    Habitant à l’étranger, les frais de port et de douane representent une part importante du coût total surtout si je dois commander chaque livre chez un éditeur différent..

    1. L'ours inculte

      Bonjour,

      Apparemment il n’est pas sur Amazon ou Fnac, mais il est sur les sites de certains libraires (comme Decitre) et peut être commandé en librairie, mais je ne sais pas qui expédie vers chez vous dans tous ceux-là

  3. Le Scribouillard

    Dans le style « western médiéval dans le sud de la France », je me rappelle qu’il y a aussi « Chevalier Larouille » sur Wattpad dont j’avais lu le premier épisode. D’après mes souvenirs, c’était de la bonne grosse bagarre…

      1. Le Scribouillard

        Tu fais bien, la plupart des histoires y ressemblent plus à des brouillons qu’à des manuscrits qui mériteraient d’être publiés (et j’inclus ceux que j’y faisais à l’époque où j’allais dessus). Mais Scribay / L’Atelier des Auteurs est son équivalent français et il s’avère assez sympa.

  4. Shaya

    C’est original en tout cas ! Dommage pour la distribution et le prix.

  5. Ludik

    J’avais hésité à participer au financement mais le prix et l’absence de numérique m’avait freiné..
    Cette présentation a tout pour me plaire… je vais laisser de côté 2-3 achats que j’avais prévu pour prendre ce tome la.