Les flots sombres, Release the mélampyge-Kraken !

L’an dernier, Thibaud Latil-Nicolas avait frappé un grand coup avec son Chevauche-brumes, et voilà qu’un an après arrive sa suite, Les flots sombres. Pas de bol, une certaine bestiole couronnée a débarqué dans le vrai monde en Mars 2020, poussé les humains (chanceux) à se cloitrer chez eux et les libraires à fermer. Mnémos a bousculé son planning et la sortie du livre est passée de Mars à Mai 2020, je leur souhaite que ce contre-temps n’impacte pas trop le succès du livre. Parce qu’il mérite de cartonner. Voilà pourquoi.

Les flots sombres démarre directement là où Chevauche-brumes avait laissé le lecteur, donc si vous n’avez pas lu chevauche-brumes barrez-vous, je veux plus vous revoir avant que cette erreur grotesque soit réparée. L’ordre des chevauche-brumes vient d’être créé, les mélampyges se répandent sur le Bleu-Royaume, Saléon et ses compagnons foncent vers la capitale pour prévenir le roi de ce qui leur arrive sur la figure. En chemin ils doivent quand même livrer bataille et secourir les populations, mais l’accueil qui leur est réservé par le Sénéchal du royaume n’est pas tout à fait ce qu’ils espéraient. Au large de l’île de Biscale, les navires subissent des attaques d’une créature inconnue, Ophélie est la dernière survivante d’un de ces massacres. Secourue par un pêcheur elle va se voir confier le commandement d’un baleinier pour aller chasser la bestiole, mais elle aura besoin de s’imposer auprès de cet équipage un peu compliqué, et l’aide des Chevauche-brumes ne sera pas de refus.

L’auteur réussit avec brio à varier les plaisirs en nous offrant plusieurs arcs narratifs parallèles, tous plus passionnants les uns que les autres. Nous avons d’un côté l’accueil des chevauche-brumes à Barberon qui va partir un peu en vrille, dans lequel on retrouve avec plaisir les anciens légionnaires qu’on connait avec cette camaraderie joviale et les grandes gueules qui la composent. Puis le lecteur prend le large avec Ophélie et l’équipage de La frondeuse qui ne souffre pas de la comparaison avec les personnages déjà établis. L’ambiance Master and commander est très réussie et offre un changement bienvenu dans la série. Mais nous aurons aussi une troisième trame qui va se mêler à la première, plus politique sans pour autant manquer de panache : A la capitale, le jeune dauphin Théobane assiste au bras de fer entre le régent et le clergé qui veut punir ces légionnaires déserteurs usant de forces impies pour leur gloire. Et ça va légèrement partir en vrille, complot, espionnage, manipulation…

Mes amis lectrices et lecteurs,  quelle claque dans la gueule ! Thibaud Latil-Nicolas nous livre une aventure rythmée qui approfondit son univers, offre de grands moments épiques et apporte un peu de complexité sans pour autant tomber dans des imbroglios trop tordus. C’est un cocktail parfait entre des enjeux importants, un univers complexe (mais pas compliqué), des personnages parfaitement posés et du fun. Au début on est un peu submergé par le nombre de personnages, mais l’auteur arrive à tous leur donner corps grâce à des dialogues savoureux et des scènes drôles ou épiques, où chacun trouve sa place et son caractère. On a beaucoup de petites scènes de camaraderie qui mettent en place une amitié forte entre deux personnages, un respect ou une défiance qui les situent tous les uns aux autres et offre au final une grosse toile de relations très solides sur laquelle on pourra se reposer pour le grand spectacle. On saluera également la présence renforcée des femmes dans cette suite, les doryactes prennent plus d’ampleur, Myrelle de Vernes en impose aussi, et bien sûr Ophélie qui assume ses responsabilités de Capitaine avec style.

L’auteur joue avec un vocabulaire très spécifique et stylisé, on va pas jusqu’à du Sénéchal mais ça pourra quand même fâcher certaines divinités sensibles à la chose, moi j’adore ça parce que ça pose une ambiance très immersive. Et dans le cadre d’un univers maritime c’est absolument génial, même si on comprend pas tous les termes techniques on s’en fout, c’est jouissif ! Souquez les artémuzes ! Les flots sombres nous offre des grandes scènes très marquantes, et « visuellement » très fortes. La charge des chevauche-brumes qui surgissent, arme à la main et encensoirs magiques qui répandent cette trainée de brume, ça percute ! Les affrontements en mer sont splendides et rythmés, et impressionnent par la clarté de leur déroulement, leur lisibilité, on s’y croirait ! La tension tient le lecteur qui avale les 350 pages en quelques jours. Tout est ponctué de vannes et de petites scènes de comédie qui font sourire et créent ce mélange détonnant qui évoque les meilleurs passages d’un Nicholas Eames. Je rigole toujours de la scène où Barbelin sort la tête par l’écoutille pour demander à Saléon s’ils vont charger ou pas (vous saurez la suite en lisant le livre).

On va également avancer sur nos découvertes du background des mélampyges, Jerod creuse un peu la chose et va faire des trouvailles surprenantes, mais il devra réagir vite aussi car le temps est compté. Pourtant le roman ne termine pas tout à fait cet arc, l’auteur structure sa série avec un double fil rouge « à suivre » (le combat contre les mélampyges et l’évolution politique de son univers qui réserve quelques surprises), et une autre partie bien contenue comme un one-shot (l’aventure maritime). C’est le meilleur compromis à mon avis, mais ça serait quand même sympa que l’éditeur signale enfin clairement sur ses couvertures la tomaison de ses séries. On pourra discuter sur la possibilité de lire Les flots sombres sans avoir lu Chevauche-brumes (qui pour moi est une mauvaise idée), mais c’est au lecteur de faire ce choix, en étant déjà informé clairement qu’il y a un autre bouquin avant. Mais on va pas reprocher ces considérations éditoriales à l’auteur qui livre ici un roman d’aventure magistral.

Je me suis régalé avec cette lecture qui arrive à garder le ton et l’univers de Chevauche-brumes mais en explorant une ambiance très différente. Je garde en tête énormément de moments forts, de personnages hauts en couleur, de coups de théâtre dramatiques et de franches rigolades. Et cette ambiance de marins, c’est génial ! J’espère retrouver cette petite bande très bientôt pour d’autres aventures dans cet univers qui garde encore plein de promesses. Si Thibaud Latil-Nicolas nous en sort un tous les ans, je prends l’abonnement à vie.

Ah oui, sinon j’ai cherché Mélampyge sur internet, c’est rigolo.

Roman reçu en service presse de la part de l’éditeur Mnémos, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : OmbreBones, Célindanaé (Au pays des cave trolls), Dup (Book en stock), Boudicca (Le bibliocosme), Yuyine,

15 réponses

  1. L’étymologie de mélampyge vaut le coup en effet 😀 Avis totalement partagé, j’ai adoré aussi les passages en mer et les termes techniques ne m’ont pas gênée du tout (et puis d’abord ça veut rien dire souquez les artémuzes ! 😉 )

  2. Pour le coup, un auteur qui fait de la Fantasy navale et qui utilise des termes maritimes spécifiques, c’est un plus pour moi, pas un moins. Ceci dit, malgré l’enthousiasme général des estimés blogueuses et blogueurs de notre petit groupe, je passe mon tour sur ce coup là. Trop de livres intéressants à lire, pas assez de temps, tu connais le refrain.

  3. J’ai fini d’écrire ma chronique : du coup, je découvre les avis des blogopotes qui sont… du même avis que moi! J’ai eu un gros coup de coeur pour ce second tome. J’ai souligné aussi le vocabulaire maritime et pour ma part, j’adore car cela me permet aussi de bien m’immerger dans un récit tout en apprenant de nouveaux mots.

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