Chevauche-brumes, Bonne compagnie

On remarque une certaine thématique chez les indés de l’imaginaire en 2019. Après La forêt des araignées tristes (ActuSF) et sa Vape qui recouvre le monde, je vais maintenant aborder Chevauche-brumes (Mnémos) de Thibaud Latil-Nicolas avec sa brume d’encre menaçante. Si on ajoute Les moutons électriques qui ont passé tout ce début d’année à nous enfumer (Baroona explique ça très bien et ), on a un tout cohérent. On nage bien dans la purée de pois.

C’est bon, j’ai fait ma vanne, on peut parler du bouquin ! Chevauche-brumes est un roman de fantasy dans un univers type « renaissance crado » où la poudre fait son apparition avec quelques pistolets à rouets, haquebutes ou autres canons qui trainent. Dans ce contexte on suit la Neuvième Compagnie des légions du Roy qui revient d’une campagne pour être renvoyée aussi sec pour une mission urgente : La brume d’encre progresse de manière alarmante. Ce phénomène était stable depuis longtemps mais elle avance dangereusement vers les cités humaines, avec son cortège de créatures monstrueuses et de bizarreries magiques. Saléon et ses hommes vont devoir plonger au cœur de l’inconnu pour préserver la sécurité du royaume, et ça va être coton.

L’univers est esquissé juste ce qu’il faut pour tenir debout comme un grand, on a un dauphin trop jeune, un clergé qui crie au blasphème dès qu’on bouge le petit doigt, et un collège de mages qui veux fourrer son nez partout où le pouvoir se cache (les deux factions se foutent toujours sur la gueule). Mais le sel du roman, ce que j’ai vraiment adoré, c’est cette compagnie de soldats extrêmement bien mise en place, passionnante à suivre. On va accompagner Saléon et sa bande de bourrins, Esquiche-Poussière, Cagna, Tirelire, Franc-caquet, Belon et les autres. Ils seront rejoints plus tard par une troupe de guerrières qui fait du bien à la parité, ajoutant au casting encore plus de richesse. Oui, y’a du monde dans les 300 pages de Chevauche-brumes, au début c’est un peu déroutant mais Thibaud Latil-Nicolas arrive à leur donner vie à travers plein de scènes du quotidien, de moments touchants, d’actes de bravoure ou de grosses rigolades (la beuverie suivie de l’embuscade aux marrons m’a fait mourir de rire). Il y a des liens qui se créent, des rivalités aussi, des grosses colères. Bref, y’a de l’humanité qui déborde de partout.

L’intrigue est simple, directe, un danger mystérieux, on va voir ce qui se cache dedans, on va bastonner des  monstres. Mais on nous réserve quand même des petites surprises ! Le bestiaire évolue et s’enrichit au fur et à mesure, variant les situations et amenant quelques coups de théâtre. Le lecteur suivra la neuvième dans plusieurs phases de sa mission, on vit les marches éreintantes, fuites, sièges, attaques désespérées. Le côté militaire est crédible : La compagnie, qui est assez grande quand même, est divisée en spécialités qui auront leur rôle dans la bataille ou à l’arrière. Nos soldats seront accompagnés de quelques mages qui vont pimenter encore plus les combats, le système de magie donne un équilibre intéressant puisque plus on se rapproche de la brume, plus la source de pouvoir a l’air puissante, mais tout ceci peut avoir un prix.

On apprend en interview que l’auteur a beaucoup puisé dans la littérature de la première guerre mondiale pour restituer cet esprit d’escouade, la solidarité des troufions sur le front, et c’est réussi. Il y a un très bon équilibre entre l’épique, l’humain, le fun et l’émotion. Le roman finit de manière satisfaisante mais laisse une ouverture pour d’éventuelles suites. Autant vous dire que oui, absolument, je les lirai si elles arrivent. J’ai envie de voir comment va évoluer cet univers prometteur, alors tu te remues et tu vas acheter le bouquin pour qu’il marche et qu’il y ait des suites, sinon j’me fâche ! En plus la couv’ de Qistina Khalidah est superbe alors t’as pas d’excuse.

C’est marrant, je regrettai dans mon dernier bilan (et quelques autres interventions subtiles et mesurées) de rarement retrouver ce type de feeling en fantasy francophone. Cet élan épique et fun, ces personnages poignants et enthousiasmants, je ne les retrouve en général que chez les angloricains. Et là je l’ai, c’est précisément le type de fantasy que j’apprécie, parfaitement exécuté par un jeune auteur français, l’ours est content !

Roman reçu en Service Presse de la part de Mnémos, merci à eux.

Lire aussi l’avis de :  Les chroniques du chroniqueur (qui a aussi une interview de l’auteur),

31 réponses

  1. Jolie blague ^^
    Sinon j’attendais des retours avant de me lancer dans ce livre, vu ton retour je pense que je vais le fair entrer rapidement dans ma PAL histoire de me faire mon avis.

  2. Je l’ai presque fini et je partage tout à fait ton avis 🙂 C’est fun, les personnages sont attachants et marrants, et l’écriture est sympa.

  3. Oh! excellente ton introduction sur toute cette opacité!
    je compte le lire, je l’ai coché, et j’espère me l’offrir prochainement. Ta critique me donne envie de le lire rapidement.

  4. Wow, raconté comme ça, ça fait clairement envie! Normalement, j’attends les sorties en poche (quand elles arrivent) ou en médiathèque, mais là, je vais peut-être bien faire une exception… Merci l’Ours!

  5. Quoi ? Un livre qui est aussi bon dans l’univers que dans l’histoire, et même dans la couverture ? Mais… mais… mais… ça ressemble à une pépite. Je suis choqué, ça devrait être interdit de ne pas nous mentir !

  6. « Renaissance crado » j’aime beaucoup cette expression XD ce roman semble intéressant même si j’avoue que ça ne me fait pas envie en ce moment ^^

  7. Après le Chroniqueur, une deuxième très bonne critique sur ce roman prometteur. Je confirme donc que je vais me le faire, saignant, lors de Trolls&Légende. Merci pour ce retour !

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