Le chant mortel du soleil, Ni dieu ni prêtre

Albin Michel Imaginaire continue de mitrailler ses parutions et se taille une très bonne réputation dans le microcosme des lecteurs et blogueurs. Vu mes goûts, j’ai zappé quelques romans mais le premier gros morceau fantasy de 2019 devait passer par chez moi, évidemment. En plus, Le chant mortel du soleil est la première parution francophone de l’éditeur, voyons voir donc ce que nous réserve ce livre de Franck Ferric.

Araatan est le Qsar, le Tyran qui a rassemblé tous les peuples des montagnes sous une même bannière, et tous le suivent désormais. Tous les ans, son peuple descend dans les plaines pour piller de quoi passer l’hiver, rien ne peut stopper cette Avalanche (à part un tribut généreux qui contentera les conquérants jusqu’à l’année suivante). Mais cette année est particulière, les quelques richesses ne suffisent plus, Araatan va tenter de mener son peuple vers le but de leur existence : L’éradication du dernier dieu abrité derrière les remparts de la grande cité d’Ishroun. Nous suivrons aussi la quête de Kosum, esclave punie et libérée par les cavaliers-flèches, qui va se joindre à l’Avalanche et se verra attribuer une mission bien particulière.

Araatan est un géant fier qui guide les montagnards, mais on apprend aussi ses doutes. Il a le poids de tout son peuple sur les épaules et se retrouve bien seul, perché sur son trône. Le développement des personnages est un gros point fort de ce bouquin, le Qsar est très réussi, à la fois puissant mais humain, il est entouré de son aide de camp vieillissant qui a abdiqué devant lui, et va aussi être rejoint par un mystérieux sorcier qui souhaite le suivre, mais provoque aussi une grande méfiance. De son côté, Kosum chevauche en compagnie de sa nouvelle famille et les relations qu’elle va développer avec les autres cavaliers sont particulièrement bien menées. Les différentes histoires qui vont se dévoiler dans l’équipée sont bouleversantes (Urtaï et les couvins !), et donne beaucoup de poids à cette seconde « moitié » de livre. Le tout forme un ensemble cohérent dont les parties se complètent, Le chant mortel du soleil a un corps, une thématique et un ensemble de trames qui vont se construire autour pour donner un roman entier et cohérent qui te retourne comme une mandale de montagnard mais avec, pourtant, beaucoup de finesse.

Le chant mortel du soleil se déroule dans un univers de fantasy à l’ambiance vraiment particulière, qui va taper dans les contrées sauvages et barbares de chez Conan, et évoque beaucoup les peuples mongols qui cavalent dans les steppes. Le lecteur va entrer dans l’histoire et apprendre à connaitre le Qsar et son entourage, ainsi que la haine que ces guerriers vouent aux religions qui asservissent les hommes et les femmes, qui font courber l’échine et craindre le châtiment pour mieux être contrôlés. Effectivement, la religion est une des thématiques fortes que Franck Ferric va aborder dans son épopée, les montagnards fiers exècrent les bigots et leur influence sur le monde. L’auteur revisite en quelque sorte le sort qu’ont réservé les grandes religions monothéistes aux croyances païennes dans notre monde, mais il renverse l’équilibre des forces et c’est très cool dans ce sens-là. Il interroge par la même occasion le rôle des religions, mais aussi ce qu’il adviendrait d’un monde sans elles.

L’écriture de Franck Ferric fait des merveilles, il installe son ambiance et ses personnages avec différentes voix mais une force évocatrice qui va tranquillement marcher sur les plate-bandes de ce cher Jean-Philippe Jaworski sans sourciller. Le livre comporte son lot de scènes d’action, de violence (attention aux âmes sensibles), de moments de tension dramatique qui tiendront le lecteur à travers ses 350 pages. Le seul petit soucis que j’ai eu, c’est qu’on va parfois un peu vite. J’ai eu de temps en temps l’impression de sauter en avant, j’aurai voulu que telle scène dure, que telle relation ou personnage soit plus approfondi, mais Le chant mortel du soleil emporte tout sur son passage comme le vent sur les plaines. On fonce et on observe le passage des vies et des civilisations qui naissent et déclinent inexorablement, c’est de ce cycle sans fin que nous parle l’auteur, de fort belle manière.

J’avais été plus mitigé sur Trois oboles pour Charon mais avec Le chant mortel du soleil, Franck Ferric m’a complètement emporté dans son univers et offre à AMI une nouvelle très belle parution pour leur catalogue qui a décidément une sacrée belle gueule. Ces couvertures sublimes y sont aussi pour quelque-chose.

Roman reçu en Service Presse de la part d’Albin Michel Imaginaire, merci à eux

Lire aussi l’avis de : Célindanaé (Au pays des cave trolls), Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile ?),

13 réponses

  1. Très intriguée par ce livre, tu me donnes envie de le découvrir 🙂 dommage que le prix soit si élevé dans cette ME, ça pousse toujours à y réfléchir à deux fois.

  2. Il fait l’unanimité pour le moment : soit vous êtes tous des vendus, soit il est vraiment de très grande qualité. À moins que l’un n’empêche pas l’autre ? =P

  3. Une de mes prochaines lectures 🙂 J’avais bien aimé Trois oboles pour Charon, même si tout ne m’avait pas convaincu. Si tu dis que celui-ci est mieux je fonce !

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