Vers les étoiles, Conquérir le ciel

Fallait bien se lancer dans Vers les étoiles, vu que sa suite, Vers Mars, sort ce mois-ci et que je l’ai mis dans mon Radar d’Octobre. C’est mon devoir d’ours blogueur !!! Non, c’est juste que j’avais envie de le lire en fait, mais du coup ça tombe bien. Alors on décolle !

1952, Elma York est une ancienne pilote de la seconde guerre mondiale et calculatrice pour le programme spatial américain, en gros elle pose et résout super-vite les équations qui exploitent les données brutes qu’elle reçoit en temps réel. Mais le jour où une météorite s’écrase au large de Washington, détruit toute la côte est des USA et provoque des catastrophes un peu partout dans le monde, son job va prendre une toute autre dimension. La météorite a certes fait des dégâts, mais sur le long terme, sa chute dans l’océan va augmenter l’effet de serre de manière dramatique et pourrait rendre la planète inhabitable. Une des solutions pour sauver l’humanité est de coloniser l’espace, grâce à un programme coopératif international auquel Elma va participer, ainsi que son mari qui est ingénieur. Mais les années 50 c’est pas simple pour une femme qui veut s’intégrer dans un milieu plein de mecs… Euh… De mecs des années 50 quoi… Du coup elle va donner quelques coups de pieds dans les couilles la fourmilière, pour elle, et aussi pour les collègues noires encore moins prises au sérieux.

Vers les étoiles démarre comme une Uchronie où le contexte politique est déjà légèrement différent de notre histoire, et un autre bon gros point de convergence nous tombe sur la figure en mode « extinction des dinosaures 2.0 » : Une météorite se plante sur la Terre. Il n’en fallait pas plus à l’autrice pour nous raconter cette histoire de conquête spatiale revisitée, où on se permet des liberté par rapport à notre réalité historique tout en restant très crédible sur beaucoup d’autres. Le bouquin commence comme un film-catastrophe et se poursuit comme une des plus grandes épopées fictionnelles sur la conquête spatiale, celle qui a fait rêver tant de petites têtes blondes dans la seconde moitié du XXe siècle.

Mais ce qui caractérise Vers les étoiles par rapport à L’étoffe des héros ou tout autre livre/film sur le sujet, c’est qu’on va pointer du doigt une petite évidence : Y’a un peu beaucoup que des mecs blancs sur vos jolis photos d’astronautes. Dans un contexte d’urgence et de gros patriarcat raciste, Mary Robinette Kowal met en scène une protagoniste qui va bousculer l’ordre établi. Oui les femmes peuvent être des astronautes compétentes, elles étaient déjà des pilotes plus que capables pendant la guerre. On découvre ou redécouvre la réalité de ces femmes-calculatrices, génies mathématiques qui étaient rangées dans une salle pour faire le boulot pendant que ces messieurs paradaient en costume de Buzz l’éclair. La lutte de ces femmes est ici passionnante à suivre, face aux injustices et aux préjugés des décideurs, aux animosités personnelles aussi, ces dames devront s’armer de courage et de persévérance pour faire reconnaitre leurs compétences et leurs droits.

On aura aussi pas mal de problématiques racistes mises en évidence dans l’histoire de cette Lady Astronaute, puisque dès le début on a des inégalités dans le traitement des réfugiés suite à la catastrophe. Et même dans la constitution du programme spatial, Elma a de sacré difficultés à cause de son genre mais elle réalise aussi bien vite que ses collègues noires sont encore moins prises au sérieux. L’autrice arrive à aborder tous ces aspects sociaux dans un contexte tendu, à les rendre crédibles, tout en offrant un récit palpitant puisque le frisson propre aux enjeux qui accompagnent ces récits de conquête spatiale est bel est bien présent. La tension est admirablement bien gérée, les problèmes techniques et scientifiques très bien documentés et restitués se mêlent à toutes les problématiques de fond de cette histoire pour nous offrir un roman qui se dévore.

On reste accroché à Elma parce que son personnage est extrêmement attachant, féroce mais avec ses failles, ses émotions. Elle n’est pas l’héroïne invincible qui va se dresser contre l’oppresseur avec de grands discours et idéaux, elle est une femme travailleuse qui s’oppose petit à petit aux injustices qui s’empilent sur son chemin comme tant de petites décisions normales qui la conduisent vers un destin exceptionnel. On s’attache aussi à elle avec ses fragilités, ses angoisses qui lui viennent de ses années d’études, et qui prennent des proportions inquiétantes. Autour d’elle nous avons une galerie de personnages convaincants, entre son mari qui la soutient, ses amies et ses rivaux au sein du programme, tout ça nous brosse un univers entier peuplé de vrais êtres humains extrêmement bien écrits, à la dynamique très prenante.

Vers les étoiles est un livre qui traite de nombreuses problématiques sociales malheureusement encore actuelles (dans une moindre mesure) à notre époque, tout en restant palpitant dans le suspense qu’elle propose, précis dans son contexte historique et scientifique, et touchant par ses personnages. C’est un bouquin réussi dans tous ses aspects pour proposer un tout cohérent et passionnant. Un grand roman.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Lianne (De livres en livres), Le chroniqueur, FeydRautha (L’épaule d’Orion), OmbreBones, Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel), Xapur, Lutin82 (Albédo), Yogo (Les lectures du maki), Tigger Lilly (Le dragon galactique),

6 réponses

  1. Merci pour le lien ! J’avais adoré moi aussi ce roman, quelle claque je m’en rappelle encore.. je suis curieuse de savoir ce que vaut Vers mars du coup. J’attends les avis pour cerner un peu.

  2. Un ours peut être plein de surprises ! 😀
    Merci pour la chronique qui donne envie (comme d’habitude, quoi XD). Je me le garde dans un coin de la tête, on ne sait jamais ^^.

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