La main gauche de la nuit, La SF de l’ennui

Voilà quelques temps que je voulais tester les écrits d’Ursula K. Le Guin, mais comme je me connais un peu, j’avais peur du résultat. Pourtant plusieurs personnes m’ont conseillé cette autrice et j’ai profité d’une Masse Critique Babelio pour cocher La main gauche de la nuit et le recevoir en échange d’une critique, dans son édition collector méga-classe qui brille. La belle occasion.

Genly est un ambassadeur humain qui débarque sur Gethen pour essayer de rallier la planète à l’Ekumen, une coalition commerciale interplanétaire. Il doit faire preuve de patience et de diplomatie, apprendre à connaitre le peuple et ses différentes nations pour les convaincre des avantages que leur apporterait cette alliance. Oui voilà, c’est un représentant France Loisirs qui va cogner à la porte des planètes solitaires. Mais la particularité de Gethen, c’est que ses habitants sont asexués la plupart du temps, et ils prennent l’un ou l’autre des deux sexes une fois par mois lors d’une fiesta hormonale pour se reproduire avant de redevenir asexué. Genly va donc découvrir une société qui n’est pas gouverné par les rapports de genre, donc ça va lui faire bizarre, mais il va aussi mettre les pieds dans des imbroglios politiques qui vont vite le dépasser.

Genly est un personnage passif et assez transparent, il sert de vaisseau au lecteur pour explorer cette société qui n’a ni patriarcat ni guerre (mouais). Il a de vieux réflexes de macho-man de temps en temps, mais la plupart du temps il arrive à rester attentif et ouvert. On passe aussi parfois sur un second point de vue, celui d’Estraven, un haut conseiller allié à Genly mais qui va vite subir quelques revers politiques. Le roman met énormément de temps à démarrer parce que l’autrice doit nous exposer pas mal de choses, les spécificités physiques de ses habitants, les imbroglios politiques assez complexes des différents peuples de cette planète qui va emporter nos deux protagonistes dans une grosse tempête de caca. Le roman est donc très descriptif, il explique, il pose, et ce n’est que dans sa dernière partie qu’on va avoir enfin un petit développement de personnage intéressant, mais honnêtement, arrivé là le bouquin m’avait déjà perdu. Trop peu trop tard.

La main gauche de la nuit est un classique de la SF, et j’ai du mal avec les classiques de la SF. J’ai cru que celui-ci serait différent parce qu’il a une réputation solide d’œuvre avant-gardiste, mais non, j’ai galéré. Ce roman est lent et laborieux pour moi parce qu’il ne raconte finalement pas grand chose, il explique et décrit beaucoup, mais l’intrigue est très mince. Il est un représentant de ces romans de SF qui s’appliquent plus à déballer leurs idées, leurs thèmes et leur concept, qu’à vraiment nous faire vivre une histoire (du moins telle que je la conçois). C’est cet équilibre qui me fait souvent prendre l’odieux raccourci du « j’aime pas la SF » (ce qui est faux, mais bon) parce que c’est un genre qui préfère souvent ses thèmes à ses intrigues et ses personnages, surtout dans son époque « classique ». Alors oui, ça donne souvent des œuvres « kifontréfléchir », qui peuvent amener des analyses intelligentes par des gens intelligents, et peuvent même beaucoup émouvoir par leur fond, mais je m’en fous un peu. D’ailleurs c’est à peu près le même constat que j’ai eu avec Trop semblable à l’éclair, donc c’est pas forcément une histoire d’époque. Je devrais peut-être faire un label « Éblouichiant » avec logo et certificat.

Mais même moi je peux reconnaitre le côté novateur pour l’époque, aborder aussi frontalement les rapports de genre dans la société il y a 50 ans, c’était pas banal. Mais pour un lecteur d’aujourd’hui, où les questions de genre sont dans beaucoup d’œuvres de SFFF, ça perd un peu de son impact même si on garde l’aspect « historique » du genre SF, qui intéresse sûrement beaucoup de lecteurs. Il faut aussi reconnaitre que certains points ont vieilli et sont très discutables, ceux qui aiment débattre débattront, pour ma part j’étais dubitatif sur quelques idées mais dans l’ensemble ça reste une réflexion très intéressante. Bon, tomber sur des références à la psychanalyse et au complexe d’Œdipe ça m’a bien fait rire en tous cas, même si dans le contexte de l’époque ça se comprend.

Non, La main gauche de la nuit ne m’a pas réconcilié avec une certaine vision de la SF qui m’ennuie. C’est riche, c’est novateur pour l’époque, ça parle de genre, le monde construit par l’autrice est profond, complexe. Mais j’y ai pas trouvé d’histoire prenante, d’aventure, de personnages passionnants. Le problème des romans « pas pour moi », c’est qu’il faut les lire pour savoir s’ils sont vraiment « pas pour moi ».

Roman reçu via une opération Masse Critique du site Babelio, merci à eux et à l’éditeur Robert Laffont.

Lire aussi l’avis de : Vert (Nevertwhere), Les lectures du maki, Laird Fumble (Le syndrome Quickson), Célinedanaë (Au pays des cave trolls),

22 réponses

  1. Etant donné que j’ai beaucoup aimé les rares oeuvres d’Ursula Le Guin que j’ai lu et que j’ai adoré « Trop semblable à l’éclaire », j’ai bon espoir :D. Etk, je trouve ça chouette que tu essaies encore ^^. *Thumbs up*

  2. Tiens, c’est marrant je l’ai tenté il n’y a pas longtemps celui ci et j’ai échoué. Comme avec beaucoup de vieux bouquins Sf ( Dune, Fondation… ) Je me dis que ce sont des classiques à lire. Malgré tout j’ai quelques bonnes pioches parfois (Demain les chiens, une planete nommé trahison, des miliards de tapis de cheveux ) mais je crois cette génération de SF et moi, c’est pas évident 😀

  3. Je me retrouve totalement dans cette chronique et cet avis sur certains classiques de la SF. Après tiré un trait sur Ursula Le Guin et même abandonné le cycle de Fondation, je tente encore Dune en audio (après sept heures d’écoute, l’intérêt est toujours là, ouf !). Le seul auteur de l’époque qui parvient à me transporter c’est Ray Bradbury mais il considérait lui-même qu’il n’écrivait pas de la SF, donc… Merci pour cette chronique !

  4. « comme je me connais un peu, j’avais peur du résultat » : je te connais un peu moins que toi, mais j’aurais pu parier gros sur ce résultat. ^^’
    Je te dirais bien de tenter plutôt sa fantasy mais euh… non, peut-être pas en fait.

  5. J’avais eu le même avis mitigé (je crois que le long voyage dans la montagne m’avait un peu endormi). Dommage car les thèmes sont passionnants, mais le rythme trop lent.

  6. Comme bon nombre je plussoie sur le Label/Certificat « Eblouichiant ».

    Je suis pas loin de partager ton avis général sur ce roman pour des raisons parfois différentes. Mais comme toi les classiques me rebutent parfois un peu !

  7. Ah… J’ai vraiment envie de le découvrir mais je me retrouve un peu beaucoup dans ton point de vue sur les romans éblouichiants. Du coup, je tenterai pour découvrir si, oui ou non, c’est pour moi.

  8. je confirme pour la validation du « éblouichiant »!!
    C’est un peu ce que je craignais, car l’auteur est obligée de passer par une phase très descriptive à la fois pour son nouvel univers ey le monde visité. De plus, bien qu’avant-gardiste, il commence à dater et à l’époque, la phase descriptive initiale était incontournable. Je me souviens des premiers romans de Cherryh, dont le début étaient vraiment pénible pour cette raison. Désormais, les lecteurs découvrent par petits bouts, cela est plus digeste.

  9. Cette critique pourrait pour ma part être un copier/coller de bcp d’œuvres de Mme Le Guin. En bon fan de fantasy voulant connaitre ses classiques, je me suis astreint à en lire une partir (pas tout) et c’est tjrs ce même sentiment qui revient: c’est très lent (et pourtant, je ne suis pas contre le fait que l’auteur pose son intrigue, détaille les persos, même habilement l’intrigue avec un peu de poésie/réflexion etc.), bcp trop lent pour pas grand chose 🙁

    Bref, comme parfois certains films pourtant estampillés « classiques », je pourrais dire que ces oeuvres ont « mal vieillies » (je ne connais pas les plus récentes)

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