Helstrid, Un homme et son camion

Allez, on se bouge le popotin, j’ai encore cinq ou six Une heure lumière de retard, ça va plus ça. Bon, faut dire, les deux derniers (Les attracteurs de Rose Street et Retour sur Titan) n’étaient pas tout à fait à mon goût, donc ça a freiné la boulimie des premières parutions… Mais je continue à lire dans l’ordre cette jolie collection, elle me fournit mes petites excursions hors de ma zone de confort, et ça donne de fort jolies surprises parfois. Espérons que Helstrid sera de celles-ci.

La novella de Christian Léourier nous propulse donc sur la planète Helstrid. Ce monde est évidemment inhospitalier, mais ces couillons d’humains veulent quand même y envoyer des gens, parce que pognon. Vic fait partie des volontaires qui se sont fait congeler pour faire le voyage et jouer les mineurs de l’espace à – 150°, mais bon, il avait plus rien à perdre parce que Maï s’est barrée. Et le voilà donc plus ou moins en homme à tout faire pour la colonie du coin, et notre histoire démarre quand Vic fait une sortie de la station pour aller livrer un convoi sur une base avancée à plusieurs centaines de kilomètres. Il monte à bord d’un camion autonome piloté par une IA, pour un trajet de plusieurs jours en milieu hostile, mais pas d’inquiétude, Anne-Marie s’occupe de tout.

A première vue on a une novella d’aventure spatiale assez simple, Vic doit aller d’un point A  à un point B et ça va un peu merder parce que c’est pas une planète-station balnéaire. Mais voilà, nous avons ce camion et son IA, qui relèguent Vic au rang de spectateur de sa propre aventure, et c’est là que le texte prend pas mal d’intérêt. Vous vous rappelez ma critique de Un océan de rouille où je laissais entendre que les problématiques d’intelligence artificielle en SF me semblaient toujours à côté de la plaque et pas du tout pertinentes ? Et bien là, mesdames et messieurs, j’ai un contre-exemple parce que Christian Léourier aborde les problématiques d’IA avec crédibilité et réalisme. Pas de robot qui ressent des émotions, pas de conscience émergente, d’émancipation, ou je ne sais quoi… Helstrid présente une relation homme-machine avec une IA crédible, un programme qui amasse des données et réagit selon ses fonctions programmées, et la volonté de ses développeurs.

Donc, outre le personnage de Vic qui est bien campé avec un passé et une personnalité un poil dépressive, on observe ici un rapport en huis-clos entre Vic et Anne-Marie très parlant, et une allégorie à peine masquée sur nos rapports aux machines et aux IA, que ce soient nos smartphones ou les objets connectés en général. Ce super-camion décide de tout, il dit à Vic « t’occupes de rien, je gère, tout est prévu ». Il enferme littéralement son passager dans un cocon de protection et de « j’ai plus rien à penser », jusqu’à ce que ça parte vraiment en vrille. Et là tu poses la question de base : contrôle contre confort. Je n’en dirai pas plus pour éviter un divulgâchis qui me ferait condamner par le tribunal des blogueurs, même si c’est prévisible, mais j’ai beaucoup aimé la direction que prend ce texte malgré une histoire d’ex un peu « mouais-bof ». Il y a aussi un bel effort dans l’ambiance à la fois étouffante et vertigineuse de ce voyage vers l’inconnu, qui ravira aussi ceux qui recherchent des trips atmosphériques et introspectifs, se rapprochant parfois d’un Gravity à roulettes.

Helstrid est un beau livre de science-fiction sur les rapports des hommes à leurs créations. Il bâtit une histoire autour de cette relation de dépendance technologique et « d’endormissement » de l’utilisateur, avec un texte court et percutant à l’ambiance inquiétante.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Xapur (Les lectures de Xapur), Nicolas Winter (Just a word), FeydRautha (L’épaule d’Orion), Blackwolf (Blog o livre), Yogo (Les lectures du maki), Célindanaé (Au pays des cave trolls), lairdfumble (Syndrome Quickson),

8 réponses

  1. Je suis en train de découvrir l’auteur avec La lyre et le glaive et je suis assez conquise par sa précision et sa plume. Du coup j’ai grave envie de lire Helstrid

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