The Crimson Campaign, Le feu aux poudres

Après un premier tome convaincant, il m’a fallu passer en VO pour connaitre la suite des Poudremages de Brian McClellan. La légende raconte que l’éditeur français Panini est allé se saouler pendant 45 jours et 45 nuits en hurlant à qui voulait l’entendre « les lecteurs ch’est des méchants ! ». On l’aurait retrouvé un matin dans le caniveau avec un sticker Basile Boli* collé sur le front et du vomi sur la cravate. C’est donc mon dealer d’anglophonies qui m’a dégotté The Crimson Campaign contre un saucisson et du fromage de chèvre local.

* Toutes mes excuses, mes seules références footballistiques ont plus de 20 ans.

Ce second tome se passe quelques jours à peine après le précédent. Taniel est toujours dans les vapes tandis que Tamas a trimballé l’armée d’Adro jusqu’au sud du pays pour défendre la ville de Budweil contre l’envahisseur Kez. Tout ne va pas trop bien se passer pour lui puisqu’il va se retrouver bloqué en territoire ennemi avec quelques milliers de soldats. Obligés de contourner la frontière, poursuivis par l’ennemi, affamés et avec le moral dans les chaussettes, c’est une course pour la survie qui démarre. A Adopest, l’inspecteur Adamat traque toujours Lord Vetas pour retrouver sa femme et son fils, il est prêt à tout pour se venger, y compris s’allier avec les crapules les plus puissantes du coin. Ce même Lord Vetas détient toujours Nila et le petit Jakob, en plus de Faye, il parait intouchable et très sûr de lui.

On n’a pas vraiment de nouveauté dans les perspectives de l’histoire, les points de vue sont les mêmes que sur La promesse du Sang. C’est pas un défaut puisque ces protagonistes sont excellents, rassurez-vous. Et Taniel ne passe pas tout le bouquin dans le coma puisqu’il se réveille assez vite pour retourner sur le front et constater que sans son père, la guerre a tourné à la grosse merde pour leur camp. Entre le front qui part en sucette et les bataillons de Tamas qui se font courser par quelques milliers de méchants, on voit bien vite que The crimson campaign va être bien plus « militaire » que The promise of blood. A part la trame d’Adamat, tout se déroule dans un contexte martial, et Brian McClellan montre une grande maîtrise sur ce terrain-là également. Les batailles à grande échelle, les tactiques, la tension, le désespoir, les retournements de situations, tout est brillamment dosé pour tenir le lecteur en haleine sans tomber dans des gouffres  d’explications techniques d’historien pinailleur.

Les trajectoires de ses personnages sont précises et rythmées à la perfection, chacun à sa psychologie, ses buts, ses craintes. Tamas est porté par la volonté de survivre et de retourner au front, mais on voit surgir quelques fantômes de son passé qu’il trimballe avec lui. Taniel part d’un je-m’en-foutisme dépressif pour remonter la pente, il réalise qu’il est peut-être le dernier espoir de son pays, il va se reprendre et foncer dans le tas jusqu’à aller défier sa hiérarchie. Sa relation avec Ka-Poel, sa protectrice, son ombre, va lui apporter autant de réconfort que d’emmerdes, mais ce petit bout de femme d’une bad-assitude stratosphérique et un des personnages les plus marquants de cet univers. Adamat reste sur les mêmes ficelles que le premier roman, à savoir remuer ciel et terre pour retrouver sa famille, mais il va être le catalyseur de beaucoup de monde au cœur d’Adopest. Plein de personnages vont se croiser dans tous les sens et révéler de nouveaux enjeux pour certains, notamment Nila qui est toujours un peu effacée mais qui, je l’espère, va prendre un peu d’ampleur plus tard. Là c’est encore une fois juste une Princesse Sarah qui se fait trimballer par les évènements, mais un petit twist nous fera dire que, peut-être dans le trois on aura quelque chose à se mettre sous la dent.

Brian McClellan gère toujours merveilleusement bien son univers, il jongle avec toutes les pièces de son grand échiquier pour ne jamais laisser retomber la tension. Il nous attrape sans problème dans le souffle de son aventure, avec ce monde qui mêle une flintlock fantasy innovante, de la magie dévastatrice mais avec ses contraintes propres, des grandes armées, des luttes de pouvoir, un danger à priori insurmontable mais la petite touche d’espoir qui semble vouloir se profiler. The crimson campaign est une grande réussite qui tient les promesses faites par le premier, voire les surpasse sans forcer en sifflotant de manière nonchalante, l’air de retourner son lecteur sans faire d’effort tellement tout semble fluide et naturel. Mais quand on prend du recul on réalise l’ampleur de la réussite, la minutie de cette grande machine, le cœur qu’elle porte en elle et transmet au lecteur.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Lutin82 (Albédo),

9 réponses

  1. Ce n’est pas encore cette fois qu’on va être en désaccord 😀 Une super critique, bravo !

    Le truc de dingue avec McClellan, c’est que chaque fois que tu attaques un roman, tu te dis « nan, c’est pas possible, il ne va pas pouvoir faire aussi bien ». Et c’est vrai… parce qu’il fait encore mieux ! J’ai attaqué la seconde trilogie des Poudremages, pour ma part, et le niveau ne cesse de monter (tout comme les notes sur Goodreads, qui sont hallucinantes : Wrath of empire est à… 4.56 ! -sur 1901 notes-). C’est vraiment dommage pour les non-anglophones que le cycle ait été abandonné en France. En même temps, ce n’est pas de l’anglais de compet’ non plus.

  2. Tout à fait mon ressenti! J’ai l’impression de relire le livre avec ta critique. Une réussite incontestable et qui mériterait d’être lu par un plus grand nombre.
    Et le tome 3 est encore meilleur!.

    Quelles références football!!!! LOL

  3. Mince c’est vrai qu’il fait envie ! Très bonne critique, bien détaillée comme d’habitude, bravo !
    Va falloir que je mette la main dessus. Mais faut dire que j’étais déjà à moitié convaincu après le commentaire de Sanderson 😀

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