Saisons Funestes, question de perspective

Dans rêves d’acier, nous avions vécu le siège de Dejagore du point de vue de Madame, opérant à l’extérieur de la cité pour placer ses pions et avancer sans pitié. Dans ce Saisons Funestes, premier des livres de la pierre scintillante, nous suivrons les mêmes évènements mais du point de vue de Murgen, porte-étendard de la compagnie noire, et maintenant archiviste, et un peu commandant, enfin à peu près.

Dans cet épisode de La Compagnie Noire, nous suivons le siège de Dejagore de l’intérieur des murs, où Murgen est coincé avec quelques anciens de la troupe, mais aussi avec Mogaba et ses guerriers Nars qui prennent le commandement d’un manière un peu… Brutale… En plus des assauts des Maîtres d’Ombres, Murgen devra gérer les conflits internes, mais il fait aussi face à un mal étrange qui lui fait perdre un peu la boule. Heureusement qu’il sera épaulé par les deux vieux sorciers Qu’un œil et Gobelin ainsi que quelques fidèles de la bande qui ne suivent pas la folie des grandeurs de Mogaba.

L’avantage de ce tome est qu’on connait à peu près le contexte de l’histoire, donc on n’a pas la phase de mise en place qui plombait un peu certains tomes. Ici on attaque directement dans le vif du sujet, c’est beaucoup mieux rythmé. Murgen en narrateur nous fait retrouver un peu du ton acerbe et des commentaires amusants qui manquaient à Madame. Le nouvel archiviste se retrouve dans une position délicate et complexe, mais on arrive toujours à s’y retrouver dans tout ce foutoir, Saisons Funestes est peut-être le tome le mieux structuré et le plus facile à suivre de toute la série (jusque là) mais ça ne veut pas dire pour autant que la situation est simple.

On suit la cohabitation houleuse entre le groupe de Murgen et l’armée de Mogaba, avec au milieu les Jaicuris (qui habitent là à la base) et les Nyueng Bao (des gars qui passaient par là). Chacun complote dans son coin et ne sait pas ce que fabrique celui d’à côté, tout en essayant de comprendre ce qu’il se passe à l’extérieur, et c’est un peu compliqué. Les hommes se planquent, s’espionnent, vivent dans la misère et font de leur mieux. Les personnages apparaissent plus fouillés, Murgen en tête est passionnant parce qu’il se débat avec tout ça alors qu’il n’est pas si expérimenté, mais c’est le seul assez fou pour endosser le rôle. Sa relation avec le peuple Nyueng Bao est aussi très très marrante à suivre. Les petits pèlerins énigmatiques cachent leurs secrets mais sont très attachants, ils s’intègrent parfaitement au récit et donnent lieu à des scènes poignantes et percutantes.

Glen Cook nous projette aussi dans le temps grâce à un procédé un peu déroutant mais efficace, et il est aussi très intéressant de voir l’évolution de Toubib et Madame du point de vue du nouveau narrateur. Murgen essaye de faire survivre la compagnie mais on a l’impression qu’il est le seul à garder les pieds sur Terre quand tous les autres ont l’air de faire un peu n’importe quoi. Puis on commence à voir ce qui se passe après le siège, en poussant un peu plus loin que le tome précédent sans pour autant résoudre tout ce que ce dernier avait laissé en plan. Le livre ouvre sur la suite et montre que ce n’était que le démarrage d’un nouvel arc, que nous continuerons dans Elle est les ténèbres. Ça promet.

Saisons Funestes et un des livres de la Compagnie Noire que j’ai pris le plus de plaisir à lire jusqu’à maintenant. Même s’il garde une construction un peu déroutante, il est mieux rythmé et mieux structuré, pose avec soin ses jeux de pouvoirs et ses complots internes, et nous happe avec cette galerie de personnages toujours très attachants.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Boudicca (Le Bibliocosme),

 

6 réponses

  1. La Compagnie Noire m’attend sagement dans ma bibliothèque, j’ai les magnifiques éditions intégrales de l’Atalante avec les illustrations de Didier Graffet, faut vraiment que je m’y mette !

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