Rocaille, La mort vous va si bien

Rocaille de Pauline Sidre a été le troisième roman à paraitre chez Projets Sillex, maison d’édition qui fonctionne en crowdfunding et court-circuite l’édition pour redistribuer les richesses. Après l’excellent Face au dragon d’Isabelle Bauthian et la réédition de Madharva de Matthieu Rivero (que j’ai pas lu), découvrons ce qui ce cache sous les cailloux.

Gésill est roi, mais Gésill est mort, c’est pas de bol. Pourtant, Gésill est vivant, assassiné puis ressuscité par les Funestrelles, il doit maintenant reconquérir son trône. Dans ce monde sans végétation, seule la lignée royale a le pouvoir de faire pousser une végétation abondante, et le sort du peuple dépend de ce que le roi et sa famille arrivent à « produire » avec leur magie. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, autrefois les magistres utilisaient leurs pouvoirs pour nourrir le peuple mais ils ont été éradiqués par l’ancien roi. Aujourd’hui, pour redevenir roi, Gésill va peut-être avoir besoin de cet inconnu qui pourrait être le premier magistre vivant depuis des siècles.

Dès la superbe couverture (illustrée par Cindy Canévet), nous savons que Rocaille va être spécial, dans son ambiance, dans sa narration, je savais pas trop à quoi m’attendre mais je savais que ça allait baigner dans une atmosphère étrange. Et justement, cette atmosphère est un des points forts de Rocaille, au final. La plume de Pauline Sidre est parfaite pour décrire cet univers stérile, froid et humide, où le climat respecte à la lettre un cycle de quelques jours : la glace, la pluie, la brume, la neige, le vent, la grêle se succèdent dans un ordre qui ne varie jamais. Non y’a pas de canicule et de soleil resplendissant pendant une semaine, à Rocaille. On a un contraste avec les explosions de nature qui viennent du pouvoir du sang vert qui appartient à la famille du roi. Le cadre et l’écriture installent une ambiance sombre et poétique à la fois qui nous porte à travers ces pages.

L’intrigue avance doucement et contient quelques mystères qui se dévoileront au fur et à mesure. Nous ne savons pas qui a assassiné le roi, ni pourquoi. On reconstitue les circonstances de sa mort, les conséquences sur le royaume et la vie au palais. D’un autre côté nous découvrons le mystère des magistres et nous apprendrons ce qui s’est passé lors de leur éradication et ce que vient faire le scintillant Luèlde dans cette histiore. J’ai beaucoup apprécié cette ambiance de mystère qui prend son temps pour déballer ses secrets, en baignant les lectrices et lecteurs dans son ambiance. On y parle en fond d’écologie, de lutte de pouvoirs, de monopoles, de résistance.

Rocaille avait tout pour être une aventure fascinante dans un univers original, malheureusement il y a un point crucial pour moi qui ne m’a jamais convaincu ici. Je ne me suis jamais attaché aux personnages. On a une dynamique de groupe qui ne fonctionne jamais vraiment, les personnages passent leur temps à s’envoyer des piques, à se mépriser ou juste à s’en foutre. Comme ils n’ont aucun développement progressif dans leur relation, on est surpris quand y’a une romance qui débarque parce que ça vient un peu de nulle part. C’est dommage parce que tout le reste est absolument fascinant, mais je n’ai jamais réussi à m’intéresser à ces personnages, et le roman m’a donc perdu en route.

Si vous pouvez être convaincu par un univers et une plume, foncez découvrir le monde de Rocaille. Mais si comme moi, les personnages et leurs relations ont une importance cruciale pour votre immersion dans un récit, ça pourra être un peu plus compliqué. Dans tous les cas, on a une autrice à surveiller de près à l’avenir.

Lire aussi l’avis de : Chut maman lit, Zoé Lucaccini (Zoé prend la plume), Sometimes a book,

Couverture : Cindy Canévet
Éditeur : Projets Sillex
Nombre de pages : 487
Prix : 8€ (numérique) / 25€ (Relié)

4 réponses

  1. Je te rejoins concernant les personnages, les dynamiques présentes entre eux ne m’ont pas convaincu, ce qui m’a fait peiner en termes de rythme de lecture sur la longueur. Néanmoins, tout ce côté très organique avec ce roi qui se décompose littéralement, etc, la présence de ce paysage hostile, est très réussi. Comme tu le dis, l’autrice est à surveiller de près.

  2. Pareil que toi. J’avais trouvé l’intrigue trop longuette et les personnages peu attachants en plus de la romance qui sort de nulle part. Dommage parce que franchement les idées sont là et la plume aussi.

  3. Je te remercie pour le lien 🙂
    Je comprends ton retour sur les personnages, j’ai ressenti les mêmes réserves que toi sur ces personnages.
    Je me souviens que c’est cet aspect qui justement ne me permettait pas de savoir, à la fin de ma lecture, si j’avais adoré le livre ou pas. Mais finalement, comme l’écriture m’importe davantage que l’attachement aux personnages, Rocaille garde une place au top niveau dans mon esprit.
    Mais si ces personnages avaient été parfaits, ce roman aurait pu être une perfection totale !

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