Fleurs au creux des ruines, bouts de Demi-Loup

En attendant le quatrième et dernier tome de la série Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier, j’ai fait un petit détour dans le passé de cet univers avec le petit recueil Fleurs au creux des ruines, un livre sorti en poche dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire. Bon, en fait il est sorti avant Mers brumeuses, j’ai pas suivi l’ordre de publication mais c’est pas du tout grave ici, je m’auto-pardonne.

Ce petit amuse-gueule (ou digestif, ou trou normand, ça dépend, ça s’adapte) se découpe en 4 récits presque indépendants mais pas totalement, ils sont tous reliés par des petits détails qui rendent la construction de l’ensemble pertinente et maitrisée. A travers ces nouvelles, nous allons découvrir quatre chapitres importants de l’histoire du royaume du Demi-Loup, toutes racontées de manière intimiste et touchantes, comme sait si bien le faire l’autrice. Pour ça elle a joué avec les modes de narration pour varier les plaisirs et livrer des histoires qui ont chacune leur identité, leur saveur particulière.

La première de ces histoires (Notre première graine) raconte l’exil d’un roi et de son peuple dans les galeries de Nul-Nöch, des grottes qu’ils ont aménagées au cœur d’une montagne pour échapper à l’implacable Aldemar qui les poursuit. Tout est raconté du point de vue du roi, mais on alterne deux narrations différentes pour nous faire saisir le désespoir de ce roi déchu et de ce qui lui reste de plus cher, même si c’est pas grand chose. On est directement frappés par le talent de Chloé Chevalier pour nous attacher à ses personnages, qualité qui se retrouvera dans tous les textes présents. Ce texte-ci a un ton mélancolique et tragique, celui de l’histoire écrite par le perdant.

L’art ou la viande se présente sous la forme d’un échange de lettres entre un homme et une femme promis au mariage, mais séparés par des plans de « carrière » différents. Cette correspondance révèle un décalage entre les deux tourtereaux sur à peu près tous les plans mais nous expose surtout deux aspects du royaume : D’une part la situation militaire de celui-ci à travers ce que rapporte Hob sur l’évolution de sa situation, et d’autre part le fonctionnement de la culture avec la formation de Pana. L’aspect relationnel entre les deux amoureux contrariés est le fil rouge de la nouvelle, mais sert surtout de prétexte pour nous raconter la géopolitique du royaume. Sans être mauvaise (absolument pas), j’ai trouvé que cette histoire était la moins prenante, sans doute à cause d’un trop-plein d’explications formelles au détriment d’une vraie intrigue (et que les deux méritent quelques claques). Pourtant, à l’échelle de tout l’univers, on en ressort quand même avec pas mal d’éclaircissements. Il faut également noter que cette nouvelle peut être retrouvée gratuitement au format audio sur le podcast Coliopod même si j’ai trouvé le ton de la lecture par les deux acteurs un peu trop monocorde pour m’accrocher sur l’heure d’écoute.

Au contraire, Lors Chantèrent les Bêtes est une histoire très touchante, sous la forme d’un journal retrouvé (le « found footage » mode littéraire, si vous voulez). On y suit un noble qui raconte sa fuite lorsque le Demi-Loup est touché par des tremblements de terres cataclysmiques qui détruisent la plupart des cités humaines. Obèse et mal-aimé par son entourage, notre narrateur va partir avec son vieux chat sous le bras, et décrit la catastrophe en cours avec son regard curieux. J’ai beaucoup aimé cette manière de raconter une quasi-apocalypse, et encore une fois l’attachement au narrateur y est pour beaucoup, l’humain est décrit avec justesse et empathie chez Chloé Chevalier.

Enfin, La tour sous le gris est la conséquence de la catastrophe explorée auparavant. Varelle est une jeune fille chassant pour nourrir sa famille, dans un Demi-Loup qui ne voit plus que très rarement la lumière du soleil. En effet, le ciel est masqué depuis des années par un voile de fumée épaisse qui rend toute culture difficile, la nature devient avare et la survie difficile pour Varelle et les siens. Un jour elle va se lier d’amitié avec Jojo, un étrange adolescent rencontré dans les marais et qui va changer sa vie. On a ici une histoire d’amitié dans un royaume post-apocalyptique qui va devenir très importante pour l’avenir du Demi-Loup. Encore une nouvelle prenante et intimiste, spécialité de l’autrice, pour clore ce Fleurs au creux des ruines.

Ce qui frappe sur l’ensemble du recueil, à part la grande qualité intrinsèque de chaque récit, c’est la construction exemplaire du livre entier. Les nouvelles sont dans l’ordre chronologique et se renvoient la balle pour créer en quelques coups d’œil une idée de l’histoire du Demi-Loup à travers ces épisodes importants, racontés à hauteur d’homme (et de femme). J’ai lu le tout quasiment d’une traite et je conseille sa lecture à tous ceux qui apprécient les Récits du Demi-Loup, oh et puis à tous les autres aussi, soyons fous. Il se lit très bien indépendamment et en convertira peut-être certains à découvrir cet univers d’une qualité remarquable.

Autres romans de la série : Véridienne (tome 1), Les terres de l’est (tome 2), Mers brumeuses (tome 3),

Lire aussi l’avis de : Nicolas Winter (Just a word), Boudicca (Le bibliocosme), Blackwolf (Blog O Livre), Xapur (Les lectures de Xapur), Vert (Nevertwhere), Bouchon des bois (Les lectures de Bouch’), Phooka (Book en stock),

9 réponses

  1. Je confirme la dernière phrase de ta critique : j’ai lu ce recueil en ne connaissant le Demi-Loup que de réputation, et je n’ai pas du tout été perdue (même si j’ai du louper des tas de références).
    Du coup, convaincue par le style de l’autrice, je me suis procuré le premier tome (que je n’ai toujours pas lu, par contre… ahem).

  2. J’avais décidé de le lire surtout pour constitué un ensemble à Demi loup. Mais avec ce que tu en dis, c’est la qualité des textes qui m’attire, et surtout la construction qui permet un effet de « résonance » je dirai.
    Merci! 🙂

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