En attendant le jour, La relève

Avec un Harry Bosch qui a largement dépassé l’âge de la retraite (mais s’accroche toujours), il fallait bien que Michael Connelly prépare la relève de son inspecteur choc. En attendant le jour est le premier roman qui nous présente cette nouvelle tête, et pour une fois c’est une héroïne qui débarque dans l’univers de Connelly.

Renée Ballard est une inspectrice qui travaille au service de nuit, elle fait du minuit – 7 heures, accompagnée de son coéquipier Jenkins qui aime bien rester à son bureau. Ce poste est plus ou moins une mise au placard après une sombre histoire de harcèlement avec son supérieur qui n’a pas tourné en sa faveur, mais l’enquêtrice ne se laisse pas abattre, elle cavale toujours après les criminels. En attendant le jour démarre sur un service où plusieurs affaires vont éclater : Une fusillade dans un club qui fait 5 victimes, une agression sur une prostituée transsexuelle, et un vol de carte de crédit. A l’image des livres récents de Connelly, on va sauter d’une affaire à l’autre au gré de l’emploi du temps de Ballard, ce qui donne toujours un côté réaliste à ses enquêtes, les flics de la vraie vie doivent certainement avoir plein de dossiers simultanés aussi.

Au premier abord, Renée fait vraiment « copie de Bosch » tellement son personnage fait écho à l’inspecteur star de l’auteur. La jeune femme démarre avec un conflit face à ses supérieurs, elle a le même tempérament que Harry, elle est accroc au boulot aussi. C’est peut-être le reproche principal que je ferais à ce roman alors autant commencer par là, j’aurais aimé une héroïne qui surprenne un peu plus, et on sait que Michael Connelly sait faire d’autres types de protagoniste, y’a qu’à voir Terry McCaleb ou Mickey Haller. Mais l’auteur avait sûrement envie de garder son archétype principal pour nous parler des flics, ce qui se comprend aussi.

L’enquête en elle-même (enfin, les enquêtes, du coup) reste classique mais très efficace. l’écrivain garde ses habitudes de nous décrire toutes les obsessions des vrais flics sur la constitution d’un dossier d’inculpation, les procédures, la hiérarchie. On n’est pas dans Navarro, un roman de Michael Connelly c’est une plongée dans le quotidien des inspecteurs de LA que cet ancien journaliste connait sur le bout des doigts, et c’est toujours très documenté, rythmé, ça se lit extrêmement vite. La force qui pousse le lecteur, c’est l’énigme. Comme Ballard on reste plongé dans l’intrigue pour fouiller avec elle les détails, pour relier les fils et enfin découvrir la vérité. Ce roman-ci reste assez classique, ne surprend pas forcément mais reste d’une solidité exemplaire. C’est tout de même un peu dommage de tomber dans certains schémas narratifs un peu « classiques » du genre, que je ne dévoilerai pas pour garder le suspense.

Derrière l’enquête policière, on nous parle aussi de Los Angeles et de problèmes de société en général. A travers Ballard on aborde frontalement les questions de harcèlement au travail dans un milieu comme la police, mais l’auteur fait ça de manière subtile et on ne sait finalement pas tout de l’affaire même quand on a fini le roman. On sait juste que c’est là, quelque part, dans l’historique de Renée. Il y a aussi, évidemment, toutes les approches plus ou moins subtiles, les flirts, les allusions, que doit se coltiner une femme à longueur de temps. L’auteur montre bien qu’il faut du caractère pour encaisser, poser ses barrières, séparer l’intime du professionnel, et toutes les étapes floues entre les deux.

On voit finalement que, derrière le caractère très « Bosch 2.0 », on a quand même un personnage construit qui pose ses propres problématiques. Elle a aussi tout un passé qui nous est révélé progressivement, qui apporte son lot de personnages secondaires et de saveur exotique pas désagréable. Ballard emporte avec elle tout un univers, des personnages subtilement campés, des relations complexes et des caractères bien trempés. Il me tarde de la voir interagir avec l’autre vieux briscard dans le prochain roman, Dark Sacred Night, qui réunit Ballard et Bosch.

7 réponses

    • Ah faut tester, c’est sûr, après faut aimer les polars très réalistes et procéduriers. Mais je préfère largement ça a la surenchère de glauque dans les trucs à serial-killer

  1. J’ai lu pas mal de Connelly étant plus jeune… et je me suis lassé par la répétition des intrigues, des scénarios.
    Mais comme cela fait bien longtemps que je n’en ai pas lu, pourquoi ne pas recommencer avec cette nouvelle héroïne.

    • J’avoue que c’est assez répétitif oui, mais comme c’est quasiment le seul auteur de polar que je suis, mon petit connelly annuel ça me sort de la fantasy.

      C’est aussi son orientation « description réaliste du quotidien des flics LA » qui fait tourner un peu en rond, c’est sûr qu’il peux pas balancer un tueur cannibale avec des super-pouvoir qui va raser la ville…

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