Le club des punks contre l’apocalypse zombie, anarpocalypse

Ce qui est bien avec Le club des punks contre l’apocalypse zombie, c’est qu’en ouvrant le bouquin on sait à peu près à quoi s’attendre : Des punks contre des zombies, ce qui a l’air rigolo (n’est-ce pas ?). Le dernier roman de Karim Berrouka part donc sur le truc bien à la mode, du bon vieux mort-vivant des familles qui se traine et mange les gens.

Ce roman commence par la classique invasion de pourris dans la ville de Paris, gens qui paniquent, monstres qui les mangent joyeusement, beeeuuuuaaaaarrrrrg, et quelques chanceux qui arrivent à s’abriter à temps. La principale originalité de celui-ci est donc de proposer un casting de héros entièrement composé de keupons, les joyeux squatteurs du collectif du 25. Ça change déjà de la tendance générale à faire du mélange social dans ce genre de trucs, là pas question, c’est punk et c’est tout. On se retrouve donc avec Eva, Mange-Poubelle, Kropotkine, Deuspi et Fonsdé qui regardent la capitale partir en sucette du haut de leur squat. Puis à un moment il va quand même falloir sortir, surtout parce que y’a plus de bière ou de p’tits cachets qui font rire.

Bon, quand tu es sensible au No Future, que l’idéologie néo-libérale est ton grand ennemi, voir s’effondrer tout ça a un côté salvateur et t’as envie de marquer le coup, de faire des grosses conneries symboliques. Y’a un premier aspect clairement fun dans le bouquin de Karim Berrouka, les péripéties de nos héros à crêtes font rire, leurs premières virées en pays zombie sont un grand n’importe quoi de délires anarchistes. Tout ça brillamment soutenu par une écriture bien dans le ton, légère, drôle et qui se prend à moitié au sérieux. Voilà donc nos jeunes en marge qui profitent de l’absence de la police, leur grand ennemi, pour faire savoir au monde que non, punk is not dead.

Mais ce serait une erreur de résumer Le club des punks contre l’apocalypse zombie à un simple délire de punks qui font les cons dans un Paris post-apocalyptique. L’écrivain connait vraisemblablement très bien cet univers, les personnages ne sont pas que des épaves qui font la manche devant le McDo du coin qu’on caricature souvent, chacun a sa personnalité, ses convictions, ses goûts et ses combats. On s’attache vraiment à la bande du 25 et ils sont bien plus fouillés qu’on pourrait le croire. Y’a beaucoup de références musicales qui me passait au-dessus parce que la musique punk n’est pas vraiment ma tasse de thé (ou ma pinte de binouze, c’est plus dans l’idée) mais ça crée vraiment un univers cohérent.

punks

Quand on nous pose un livre avec un gros A encerclé sur un drapeau en couverture, c’est pas juste « fuck le système et bourrons-nous la gueule ! ». Y’a de ça, mais petit à petit le livre développe un sous-texte sur l’anarchie, la vraie, la notion politique originale qui s’oppose à l’élite dirigeante, une société auto-gérée fonctionnelle et saine. Parce qu’à travers ces gros délires, le roman a aussi un fond politique. C’est jamais lourd, ça n’enlève pas le fun global de l’aventure mais ça donne du corps à l’ensemble. Ça apparait souvent avec des ficelles énormes à prendre au 72e degré parce que le livre part vraiment dans des trips monstrueux, c’est très drôle mais ça fait sens. En plus de ça, on glisse au fil des pages dans une surcouche de mysticisme délirant absolument jubilatoire.

Quand vous découvrirez l’identité des « méchants » de l’histoire, ou les astuces que trouvent les humains pour manipuler les zombies, c’est du grand n’importe quoi, mais c’est aussi très parlant. Le développement de thèmes comme la politique, l’entreprise ou les médias passe par des grosses vannes, mais il passe quand même. Si vous êtes politiquement très à droite et que l’humour vous froisse, vous apprécierez peut-être moins le voyage ou vous rirez un peu jaune, mais les autres s’amuseront énormément. Le livre va parfois assez loin dans la représentation tranchée de certaines catégories (les flics ou les patrons, par exemple), mais on est pas exactement là pour jouer la nuance et la subtilité. C’est très punk, en fait.

Je suis pas un grand amateur de post-apo ou de zombies en général (j’en parle rarement ici, d’ailleurs), je trouve que les œuvres traitant le sujet se retrouvent toujours plus ou moins à tirer sur les même cordes depuis 30 ans. C’est codifié, souvent déjà-vu, rarement inventif. Ça veut pas dire que tout ce qui touche à ce domaine me rebute, j’ai adoré Zombieland ou The Last of Us, mais il faut quelque chose de vraiment fort pour faire ressortir son histoire du lot. Et ce « truc », cette étincelle d’âme et d’inventivité, d’humour et de pertinence, je l’ai retrouvé ici.

Finalement plus punk que zombie, Le club des punks contre l’apocalypse zombie de Karim Berrouka est un roman délirant, jouissif, qui ne se prend pas au sérieux mais nous dit quand même quelque chose. Parce que pour parler de la société, quoi de mieux que lui ravager la gueule et montrer ses entrailles qui puent ?

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog-O-livre), Joyeux-Drille (Appuyez sur la touche lecture),

8 réponses

  1. on parle quand même là du chanteur et parolier de Ludwig van 88. Du coup, ça explique un peu mieux la connaissance du milieu punk anar (et p’têt même du monde des zombis …)
    Ceci dit, merci beaucoup pour le compte-rendu de lecture !

    • De rien ! Et merci pour la précision.

      Je suis pas expert (euphémisme) dans le genre musical en question donc je connais pas du tout Ludwig Von 88, mais ceci explique cela effectivement. On sent bien dans le bouquin que le monsieur connait le milieu punk.

      D’ailleurs en écoutant quelques morceaux on retrouve un peu le même humour potache et incisif. Les fans du groupe apprécieront très certainement la lecture.

  2. En complement de cette tres bonne chronique, un aspect tres jouissif pour l’erudit a crete est que le roman fourmille de « citations » de chansons emblematiques de la scene punk (les titres de chapitres, mais pas seulement), de petits clins d’oeils a divers groupes (Exploited, Berus, Crass,…), a leurs musique/combats/travers/QI… et fait tres bien le lien entre les archetypes de punks et leurs groupes fetiches (Crass, Conflict Flux pour l’anarchopunk, Chaos UK, Discharge pour les bourrins, etc…)

    • Merci pour ce complément, même sans avoir cette culture j’ai passé un très bon moment, nul doute que le bouquin sera encore plus apprécié dans la communauté punk avec toutes ces références.

  3. Un interlude super sympa entre deux romans de mages et de guerriers barbus!
    Le côté anar m’a un peu fait penser au roman post-apo « Spinoza encule Hegel » de Jean-Bernard Pouy, en plus potache, même si dans ce dernier les keupons mangent sévère quasiment dès le début.

  4. oui oui oui une belle découverte, une bouffée d’oxygène dans ce genre littéraire qui se prend souvent trop au sérieux et qui fait dans les séries insipide et sans fin… J’ai vraiment passé un excellent moment de lecture même si les références musicales m’ont parfois dépassées, celles littéraires (sic) sont plus de mon niveau (qui se souvient encore de Placide et Muzo ???) Bref, grand merci M L’ours inculte, sans votre commentaire sur GR je serais passé à côté d’un de mes meilleurs moments de lecture 2016

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