The councillor, Dans l’ombre du pouvoir

The councillor est un roman VO passé relativement inaperçu à sa sortie en Mars 2021, j’ai l’impression, mais sa promesse de fantasy de cour machiavélienne et sa couverture m’avaient convaincu de l’acheter à l’époque. Les hasards de la vie propre de ma PAL l’ont fait remonter jusqu’à mes mains en cette fin d’été, m’a-t-il convaincu ?

Sarelin Brey, la Reine de Fer, guerrière et héroïne de la Guerre Blanche, a été assassinée. Pour assurer la transition, Lysande Prior est nommée Conseillère et aura la lourde tâche de désigner le successeur du trône parmi les gouverneurs des 4 autres grandes cités du pays. Pourtant, elle s’est jurée de trouver qui a tué Sarelin, un traitre se cache à la cour, potentiellement un des prétendants au trône. Lysande, orpheline roturière mais proche confidente de la reine, va devoir imposer sa légitimité face à des politiciens retors, entre l’incertitude de la succession et l’instabilité des relations avec les pays voisins.

The councillor est ainsi un roman très politique mais pas au sens où on l’entend souvent, y’a pas 15 pays avec autant de rois qui se disputent une guerre faites de trahisons et de grands méchants cruels, c’est juste que quasiment toute l’intrigue se déroule à la cour et dans les salles de conseil. L’autrice E.J. Beaton est présentée comme universitaire ayant étudié « la politique machiavélienne dans l’œuvre de Shakespeare et dans la fantasy », pour vous situer le machin. Le bouquin repose quasi-exclusivement sur ses personnages et leurs relations, alliances et méfiances, dialogues et faux-semblant. De mon humble point de vue de lecteur, ce type d’histoire m’apparait sacrément casse-gueule pour un premier roman, l’équilibre d’un tel édifice est subtil, mais l’autrice s’en sort à merveille et nous offre un excellent roman.

Tout nous est raconté du point de vue de Lysande, et cette protagoniste est à coup sûr une des grandes qualités à mettre en avant. Loin des archétypes épiques de la fantasy, Lysande Prior est une érudite, elle a grandi en étudiant la bibliothèque royale, s’est formée à l’histoire, la politique et la philosophie. Elle cite souvent les auteurs qu’elle a étudiés dans ces différents domaines d’ailleurs. Confrontée à cette situation inattendue, elle va faire face au monde politique avec conviction et calme, planifiant les évènements et fouillant en coulisse pour découvrir qui a trahit le royaume.

Derrière cette intrigue fascinante se cache un worldbuilding qui va nous être dévoilé par petites touches. On apprendra que le royaume d’Elira a banni la magie et persécute les mages qui doivent se planquer ou fuir. L’ennemi qui a été vaincu lors de la Guerre Blanche s’est retranché, et est incarné par la Reine Blanche, magicienne dont l’ombre plane sur toute l’histoire et certainement commanditaire de l’assassinat de Sarelin Brey. Forcément, cet aspect de l’intrigue va prendre de l’importance et jouer sur les enjeux et les allégeances. Y’a plein de détails fascinants sur le monde qui sont distillés l’air de rien, et prennent de l’importance au fil des pages, et la progression du lecteur est extrêmement fluide malgré une certaine complexité, le travail de construction derrière ce roman est énorme.

Mais The councillor repose avant tout sur les relations entre ses personnages, confiance, méfiance, allégeance, incertitude, tout fonctionne grâce à l’entourage de Lysande, auquel l’autrice donne vie avec talent. Les quatre gouverneurs Jale, Dante, Cassia et Luca, ont tous une personnalité à la fois archétypale mais bien amenée, et cachent chacun quelques secrets ou subtilités. La dynamique entre ces cinq là est géniale, entre méfiance et fascination, et on peut ajouter autant d’autres personnages qui vont graviter autour de ce conseil, ça va composer une trame de relations complexe qui sera un pilier du roman. Vous pouvez ajouter une forte représentation LGBTQ dans tout ça, avec quelques romances crédibles (et adorables) par-ci par-là, et un effort appuyé pour établir un univers non patriarcal.

Il faut aussi signaler que le roman prend vraiment son temps. Le rythme est lent, on prend le temps de ressentir et d’analyser les choses du point de vue de Lysande, mais c’est jamais frustrant, grâce à l’écriture de l’autrice mais aussi à la crédibilité et l’attachement à cette protagoniste. Les chapitres sont longs, l’intrigue avance tranquillement, on prend plaisir à la voir se dévoiler. Et quand les masques tombent, quand les évènements s’emballent, on a un final prenant qui tient ses promesses. Même si on a pu deviner certaines surprises sans trop de difficultés, l’ensemble est assez riche et bien ficelé pour toujours avoir quelques éléments planqués qu’on a pas vu venir.

The councillor est une excellente surprise, un premier roman qui mêle intrigue de cour, complots, trahison et suspense avec beaucoup de finesse et une galerie de personnages convaincants. J’ai adoré suivre Lysande dans les méandres de ces intrigues et j’espère relire la plume de l’autrice bientôt.

7 réponses

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