Rivages, Tout en immersion

Les lecteurs de ce blog le savent, j’aime la fantasy épique, avec de l’héroïsme, du drame et du badaboum. Mais en bon campagnard, j’aime aussi les balades en forêt. Du coup, Rivages de Gauthier Guillemin s’est retrouvé pris entre deux ours.

Cette nouveauté publiée par Albin Michel Imaginaire nous décrit un monde où la forêt est devenue hostile pour les hommes, qui se sont réfugiés dans des cités fortifiées pour encaisser ses assauts. Pourtant, le Voyageur en a marre de vivre dans cette prison auto-gérée donc il se barre, sachant très bien qu’il va sûrement mourir dans les 2 heures qui suivent. Surprise, il meurt pas, et il avance dans cette forêt, marche des heures et des jours, et se découvre le pouvoir de se téléporter grâce à certains arbres. Surprise, il a pas l’air particulièrement menacé par ces bois. Surprise, y’a même des gens qui vivent là-dedans. C’est ainsi qu’il arrive dans le village habité par les Ondins, descendants de Dana, et qu’il rencontre la belle Sylve. Il va devoir se faire accepter dans cette communauté et affronter dangers et mystères à leur côté.

Ce Voyageur va découvrir petit à petit l’univers magique des ondins, leur quotidien et leur organisation, en même temps que le lecteur. Ce peuple a un passé quasi-oublié et se considère comme exilé dans cette forêt, rêvant de retrouver les Rivages mythiques de leurs ancêtres. Honnêtement, et si on analyse objectivement ce qui la compose, l’histoire de Rivages n’est pas dingue. On trouvera une romance ultra-facile, une forêt qui est décrite comme mortelle mais deux pages plus tard « en fait non parce que y’a plein de gens qui y vivent tranquillou », un héros un peu fade qui a même pas de nom (même sa femme l’appelle le Voyageur), des dialogues juste fonctionnels, une mythologie bretonnisante qui refait surgir Manau des contrées oubliées de mon adolescence… Le roman relève plutôt du conte philosophique, avec cette manière de ne pas chercher le réalisme ou même la cohérence, mais juste le rôle, le propos, la morale ou la symbolique de tel ou tel élément.

Mais surtout, Rivages est un fabuleux livre d’atmosphère, la couverture fait magnifiquement ressortir ce sentiment (même si Aurélien Police recycle son fameux « silhouette de profil féminin tourné à droite » 😀 ). L’auteur prend son temps, il se concentre sur les sensations de chaque sortie en forêt, décrit la végétation, la lumière, les sons. Les scènes de « ballade » sont parfois tellement immersives et réussies qu’elles se suffisent presque à elles-même pour justifier la lecture du bouquin. Tout est dans les détails. Puis on prend bizarrement du plaisir à vivre certaines scènes du quotidien de ce village, à partager une petite soirée à l’auberge avec quelques forestiers, à observer les petits miracles de leur magie. Et c’est par là que se fera l’attachement, c’est par là qu’on appréciera de plonger dans ce roman mais ça dépendra du coup de l’état d’esprit du lecteur. J’ai eu des moments où j’étais à fond dedans, et d’autres moments où j’y restais extérieur et remettais ma lecture à un moment plus approprié, où je serai plus ouvert à lire la description complète des branches d’un figuier tortueux.

A travers ce voyage on découvrira quelques réflexions et discussions sur la place de l’homme dans la nature, les quêtes de ses origines, les liens qui unissent les communautés… sans que ce soit trop « discours assommant », chacun pourra trouver de quoi picorer pour son cerveau. Après, c’est pas non plus de la réflexion de haute volée qui va bouleverser votre vision du monde, c’est mignon et intéressant mais le livre reste surtout une belle promenade immersive pour moi, et c’est ce que j’en retiendrai.

Roman reçu en Service Presse de la part de l’éditeur, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : FeydRautha (L’épaule d’Orion), Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel),

25 réponses

  1. « J’ai eu des moments où j’étais à fond dedans, et d’autres moments où j’y restais extérieur et remettais ma lecture à un moment plus approprié, » Sentiment partagé.

  2. ça a tout de même dû te faire drôlement bizarre de passer de The rage of dragons à un livre basé sur une atmosphère bucolique, j’imagine que le contraste a été saisissant 😀

    Sinon, je me doutais que ce n’était pas un livre pour moi, et ta critique, comme toujours très pertinente, confirme totalement ce sentiment. Merci !

  3. Comme je viens de finir d’écrire ma chronique (je la publierai mercredi), je peux désormais lire la tienne! Pour ma part, j’ai un peu plus aimé que toi et j’ai été davantage sensible au fond que la forme. Il est vrai que certains passages philosophiques étaient un peu longs mais j’ai bien aimé le discours sous-jacent et l’ambiance dégagée par la forêt.

  4. Tu me donnerais presque envie, pour une soirée pluvieuse dans un espace bétonné, alors que bon, hein, j’avais dit que ce n’était pas pour moi. C’est fort, tu n’es pas le pénultième des chroniqueurs dis donc.

  5. Je suis en plein dedans, donc je vais éviter de lire ton retour. J’attendrais ma publication pour le faire. Mais en tout cas, je suis assez partagée pour le moment. C’est très beau et en même temps, il manque un petit quelque chose pour le rendre renversant.

  6. « J’ai eu des moments où j’étais à fond dedans, et d’autres moments où j’y restais extérieur » malheureusement j’ai eu que des moments où je restais dehors !

  7. Je viens de le finir et ça a plutôt bien fonctionné pour moi (alors que la poésie et la philosophie m’inspirent autant que la hard SF, c’est à dire pas du tout !).

    • Encore que Rivages peut s’apprécier à plusieurs niveaux, j’ai personnellement passé un bon moment bucolique et d’autres chroniqueurs sont allés plus à fond dans l’interprétation et l’aspect philosophique (alors que bon, moi j’suis resté sur la promenade en forêt, #TeamPremierDegré )

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.