Ordalie, Diplomatie sous tension

Ordalie est le troisième tome de la saga La dernière geste de Morgan of Glencoe (cliquez pour aller sur la page de la série)

Oui, chers lectrices et lecteurs, en deux tomes et un recueil bonus, je suis devenu dingue d’une œuvre publiée sous un label Young Adult avec pour héroïne une jeune princesse qu’on veut pousser au mariage : La dernière geste de Morgan of Glencoe. Oui, moi, l’ours amateur de fantasy adulte épico-bourrino-bastonneuse. Est-ce que je suis malade ? Non. Est-ce que je me suis un peu trop auto-caricaturé moi-même en 8 ans de blog au point que personne ne comprend rien à ce que j’aime ? Peut-être. Et j’en suis fier. Toujours est-il que, quand Ordalie est arrivé j’me suis jeté dessus.

Yuri vit maintenant en Keltia et se la coule douce dans son nouveau rôle, plus de protocole relou, plus de mariage politique arrangé, plus de soumission. Mais à Paris, le nouveau roi de France est tout énervé, il en a gros, comme disent les sages. Le jour où la situation dérape dans une altercation entre soldat français et une fourmi de la rame 5, l’équilibre diplomatique précaire entre la Triade et Keltia menace d’exploser. Les ambassadeurs et les traités commerciaux ne suffiront pas à calmer le jeu, Yuri réalise qu’elle est peut-être la plus apte à rétablir le dialogue entre les différentes puissances.

C’est toujours délicat de revenir vers une série « chorale » un an après avoir lu le tome précédent, il faut le temps de resituer tout le monde, de retrouver l’univers, de retomber sur ses grosses papattes. Bon, ici on a déjà le résumé des épisodes précédents, initiative toujours très bienvenue, merci. Puis Morgan of Glencoe y va progressivement, arrive à replacer les gens et le background avec brio, avant de démarrer vraiment son intrigue par un moment de tension extrême qui te scotche. Alors tu te remets un peu de la petite claque, et quand tu crois que ça se calme pour souffler un peu, tu te trompes. Ça se calme pas, Ordalie tient pendant plus de 400 pages sur une tension constante, une situation explosive aux multiples trames qui se croisent sans arrêt pour ne jamais nous lâcher.

Les personnages ont encore une fois une importance capitale dans l’univers de La dernière geste. Au cœur de cette crise diplomatique, ce sont eux qui vont sauter de drame en réussite, et entrainer l’adhésion du lecteur. L’évolution de Yuri qui avait pu paraitre abrupte dans le premier tome est ici très bien dosée, on voit tout le chemin qu’elle a parcouru et elle se dresse maintenant face à ses responsabilités et ses idéaux. Mais elle n’est qu’une des pièces de cet énorme puzzle que devient l’univers de la saga. C’est toute la richesse du casting qui lui donne sa nuance et sa force, le bondissant Pyro qui cherche sa place, la petite Roussette qui fonce dans le tas, Trente-chênes qui vole le show avec sa présence et son caractère, et tous les autres qui, ensemble, forment cette grande famille qu’on prend énormément de plaisir à retrouver à chaque fois.

Quel exploit d’arriver à écrire une histoire si rythmée et prenante, avec tant de points de vue et de fils scénaristiques qui se croisent. On saute d’un lieu à l’autre sans jamais perdre de vue l’enjeu central et comme chaque personnage est un régal à suivre on dévore le bouquin. L’univers est extrêmement solide dans son ensemble, tout est à sa place, l’équilibre politique et les évènements qui en découlent paraissent naturels et logiques. Evidemment ils amènent leur dose de sous-texte et de réflexions, juste assez pour donner de la profondeur et des thématiques à une aventure déjà très riche au premier degré.

Mais tout ce que j’ai raconté jusqu’ici ne suffit pas à rendre hommage à la qualité de ce bouquin, on va essayer comme ça. La dernière geste nous déroule une histoire fantastique, dans un univers travaillé, original et immersif, c’est dit. Mais surtout, l’autrice arrive à nous prendre au tripes dans une succession de moments, des scènes où ses personnages sont poussés par les circonstances à de petites actions qui, mises bout à bout, deviennent un exploit collégial. Le souffle collectif de cette partition devient un élan épique qui réveille les émotions dans un effet boule de neige magique. On en arrive à être ému aux larmes sur une scène qui n’a l’air de rien (cette haie d’honneur), exaltés pour les petites victoires en chemin, révoltés à vouloir bouffer certains personnages tout en comprenant d’où ils viennent, et ce que ces circonstances ont de fatalité. La concrétisation de cette qualité de construction, de cette rigueur d’exécution, et de ce talent qu’a Morgan of Glencoe, c’est ce niveau supérieur que très peu d’auteurs et d’autrices atteignent jamais, c’est le coup de poing au cœur.

Les esprits chagrins à l’âme sombre diront que l’univers est un peu trop bisounours, que ça dégouline de bienveillance et que Keltia est vraiment trop « Le pays des gentils ». Pourtant, c’est d’une part cette bienveillance et ces « bons sentiments » qui rendent l’œuvre si spéciale à mes yeux, parce que j’adore ça quand c’est bien fait. Donnez-moi plus de héros honorables et bienveillants, pitié, j’en ai marre des univers sombres aux protagonistes « ambigus ». Mes plus gros coups de cœurs littéraires ont ça en commun : des héros et des héroïnes bons, des valeurs positives, dans un univers qui sombre et les défie. De plus, ici on commence aussi à voir quelques travers de Keltia, sa suffisance, son isolement détaché, où tout cela va les mener dans un conflit ? Jusqu’à quels travers le sentiment de supériorité morale peut nous amener quand on nous pousse ?

Voilà, j’ai rien à ajouter, si j’ai pas réussi à vous convaincre de tenter cette aventure, c’est peut-être simplement pas pour vous. Si vous n’avez pas encore commencé La dernière geste et que ma chronique vous a parlé, foncez lire Dans l’ombre de Paris. Si vous êtes déjà acquis à la cause, vous savez, nous sachons, clin d’œil, clin d’œil. J’ai hâte de lire les tomes 4 et 5 de cette pentalogie commencée au hasard, qui m’a pris par surprise au premier tome et m’embarque plus loin à chaque épisode. Merci Morgan.

Lire aussi l’avis de : Laird Fumble (Le syndrome Quickson), Fantasy à la carte, Dup (Book en stock), Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Yuyine,

6 réponses

  1. Ah! Initialement, j’étais curieuse, intéressée mais pas totalement car je commence à me méfier des sagas. Elles peuvent pétiller au début, t’accrocher, mais te conduire à des attentes décues et de longues attentes tout court (exemple GoT).
    Mais, là!!
    Je commande direct.
    Merci!

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