Le serment de l’orage, Maudits chevaliers

Cette année, Bragelonne part un peu dans tous les sens, entre les romans historiques et la nouvelle collection Young Adult « Big Bang », on sent qu’ils essayent de taper hors de leur terrain de chasse habituel. Le serment de l’orage est un titre de lancement de cette collection Big Bang, l’éditeur a signé Gabriel Katz pour cette première salve, et ça fait quand même classe.

Ce roman s’éloigne de l’univers habituel de Katz pour nous plonger dans le monde de la chevalerie au moyen-âge à peu près Anglais. Là-dedans on fait la connaissance de Cynon et Morgien, deux jeunes chevaliers qui veulent en découdre pour le premier tournoi de leur « carrière », mais après quelques déconvenues ils seront recrutés par le seigneur Edwin de Gore pour l’aider à prendre possession de son domaine dans les Hautes-Terres. Aventure et gloire sont au menu, nos deux jeunes idéalistes sautent sur l’occasion et se retrouvent bientôt à patauger dans la bouillasse, à retaper une ruine dégueulasse et peut-être même un peu maudite. Et voilà en plus que des étranger commencent à débarquer sur les côtes, c’est vraiment pas d’bol.

Effectivement, Gabriel Katz joue ici avec les gros poncifs de la chevalerie, la noblesse, les tournois, les châteaux et les demoiselles à courtiser. J’avoue qu’au début c’est un peu décevant pour un lecteur à qui on vend de la fantasy. Toute la première partie avec de la joute et du jeune chevalier idéaliste, même si c’est très bien mené, ça sent le déjà-lu/vu. Et y’a même pas de Queen. Il faut attendre un peu pour qu’on s’aventure dans les terres moisies du nord, qu’on croise du bandit bouseux et de l’irlandais sauvage. Et même là, le lecteur va toujours se retrouver avec un protagoniste (Morgien) un peu fadasse, heureusement que Cynon est là pour balancer de la vanne. Le personnage d’Alistair est aussi un archétype de rival bourrin pas très intéressant. Dans l’ensemble, on a des schémas de relations entre les personnages qui sont éculés, qui peinent à surprendre (à part un ou deux dont on reparlera plus bas).

Et là j’entends d’avance les commentaires « oui mais c’est du Young Adult, c’est normal d’avoir des trucs faciles dedans » et là je contre et j’objecte, encore, même les ados et jeunes adultes ont droit à de l’innovation, à des idées, à des surprises, à des arcs narratifs pas caricaturaux. Demandez à Joe Abercrombie et Sebastien de Castell. J’ai attaqué par les mauvais points, pourtant Le serment de l’orage fonctionne très bien, en grande partie grâce au ton propre à Gabriel Katz, qui arrive à rendre les dialogues vivants, les personnages drôles et l’atmosphère prenante. L’univers médiéval anglais permet à l’auteur de pas s’appesantir sur la mise en place de l’univers, et donc l’intrigue avance très vite, on tourne les pages sans voir le temps qui file, et c’est déjà un très bon point. Le roman pose les bases d’une intrigue à grande échelle tout en gardant sa dimension propre. C’est un tome 1 satisfaisant, et qui offre des perspectives pour la suite qui laissent présager quelque chose de bien plus important. C’est très bien équilibré dans cette optique même si on a le sentiment d’avoir à peine effleuré ce que sera la série.

Malgré la classification de l’éditeur, on n’est pas dans de la fantasy. On est pas dans un monde secondaire, on est en Angleterre. Les quelques éléments surnaturels sont aussi inhabituels pour les personnages que pour les lecteurs. Mais Gabriel Katz installe une ambiance de « château hanté » très convaincante. C’est le point fort de ce premier tome selon moi, son atmosphère de mystère glauque dans une Angleterre médiévale fonctionne très bien et captive le lecteur. Et c’est contre-balancé à merveille par le ton plutôt fun de la narration Katzienne, donc je trouve le résultat bien équilibré. Nul doute que les aspects plus « fantasy » à peine teasés dans ce premier tome prendront de l’importance dans les suites.

J’ai parlé des personnages pas terribles mais revenons quand même sur ceux qui valent le détour, puisque certains réservent quand même quelques surprises. On commence par Cynon évidemment, qui est la grande gueule du groupe, source de vannes incessantes, héros humble et attachant. C’est lui qui a été mon ancre de lecteur, alors qu’il apparait un peu comme le sidekick rigolo, mais à côté d’un Morgien il vole la vedette les doigts dans le nez. Edwin est également très convaincant, ce chevalier droit dans son armure qui se voit confier un domaine tout pourri, l’équivalent médiéval du poste-placard chez les fonctionnaires d’aujourd’hui. Et parlons de ces dames, parce que tout le long du roman on a Ann et Marie sont deux gros clichés un peu navrants : la noble vexée de se retrouver dans le trou du cul du royaume qui boude en brodant, et la jolie dame de compagnie qui se fait courtiser par tout le monde. Il faudra attendre la fin pour que ce duo nous serve une surprise et qu’on se rende compte que c’était peut-être un peu fait exprès. Ça tarde, c’est léger, mais le twist est bienvenu (j’encourage les féministes à ne pas jeter le livre par la fenêtre avant la fin).

Le serment de l’orage est bonne une histoire de chevaliers, de noblesse, de château et de malédiction. La fantasy se fait toujours attendre, y’a quelques clichés faciles, mais si le cœur vous en dit c’est un divertissement médiéval tout à fait recommandable.

Lire aussi l’avis de : Célindanaé (Au pays des Cave trolls), Phooka (Book en stock), Alfaric (Les portes du multivers),

11 réponses

  1. « C’est lui qui a été mon ancre de lecteur, alors qu’il apparait un peu comme le sidekick rigolo, mais à côté d’un Morgien il vole la vedette les doigts dans le nez. » Bah, j’ai envie de dire… Un peu comme tous les sidekicks rigolos, malheureusement.

  2. Oui mais c’est du Young Adult, c’est normal d’avoir des trucs faciles dedans !
    (ne me remercie de donner de la crédibilité à ta chronique, ça me fait plaisir.)

  3. C’est vrai que Bragelonne a l’air de s’éparpiller ces derniers temps, ce qui n’est pas un mal.
    La collection historique a l’air très intéressante, avec les histoires saxonnes de Bernard Cornwell et leur série sur les romains.

  4. La série télé est assez moyenne, surtout comparée a Vikings, les livres sont d’une bien meilleure qualité, même s’il faut prendre le temps de bien s’immerger dans la saga.

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