Notre-Dame des loups, Un piège tendu

On continue à creuser la PAL d’auteurices francophones avec Notre-Dame des loups d’Adrien Tomas, que Mnémos a fait ressortir dans un nouvel écrin magnifique en 2021. Comme pour Estelle Faye la semaine dernière, Adrien Tomas est un auteur avec qui j’ai une expérience mitigée, et c’est un nouvel essai pour moi, pour vraiment me situer par rapport à ses écrits.

Amérique, 1868, une troupe de veneurs est sur une piste, ils traquent en secret depuis des mois, voire des années, une bête qu’ils appellent Notre-Dame des loups. Sur leur chemin ils combattent les lycanthropes qui leur barrent la route, mais très vite, ils se rendent compte que les bestioles ne sont pas le seul danger. Je m’en tiendrai là pour le résumé, le bouquin faisant 200 pages il serait dommage de trop en dévoiler.

Le roman se compose de quelques longs paragraphes, chacun du point de vue d’un des membres de l’équipe. On découvre la troupe par un jeu de perspective très efficace et un procédé narratif presque ludique, une machinerie bien mise en place pour nous faire progresser dans l’intrigue qui est un petit jeu de piste, au fond. En effet on assiste à des évènements mystérieux mais chacun a son angle mort, et on se demande qu’est-ce qu’il se passe donc ? Et oui, le mélange whodunit/Chasse au monstre dans les forêts du continent américain m’a rappelé évidemment ma lecture récente de Widjigo, y’a des points communs, mais fort heureusement chacun garde son identité propre.

Les personnages de ce groupe sont des durs à cuire, évidemment, pour survivre plus de deux jours dans cette traque perpétuelle il faut avoir plus d’un tour dans son sac. Entre le meneur bourrin et sans état d’âme, le dandy mystérieux, l’intrépide chasseuse indienne, la féroce maîtresse de la meute de chiens (qui sont équipés d’espèces de casques-mâchoires en argent pour bouffer du lycan (oui oui (© Marc Ang-Cho))), on a un casting qui ressemble à une trousse à clichés. Mais Adrien Tomas arrive à leur donner assez vie pour qu’on oublie un peu leur archétype de base, mais ça participe aussi à l’aspect « mécanique » du déroulement du livre. On a l’impression de lire Cluedo édition crapahutage dans les bois, et c’est très fun.

Chaque changement de point de vue permet aussi de saisir les relations de chacun avec le groupe, le mépris de untel pour untel, l’admiration d’un autre. Les personnages sont tous des « gros durs » à leur manière, parfois de manière un peu caricaturale et bourrine (Jack a un côté Golgoth intransigeant bien poussé), ils ont traversé bien des obstacles pour arriver dans ce sprint final qui nous est raconté. Ils en voient le bout, mais c’est aussi l’occasion de faire tomber les masques et de faire exploser les tensions latentes. Car oui, la traque a commencé bien avant le début du roman, et on va grapiller aussi quelques indices sur le passé à travers le bouquin, mais pas tant que ça, y’a pas mal de matière qui reste dans l’ombre.

Et c’est génial. C’est d’une efficacité folle, y’a rien qui dépasse, on s’attarde jamais, il n’y a que le strict nécessaire. Le travail sur l’ambiance est formidable, pendant ces 200 pages on est immergés dans ces forêts hostiles et horrifiques, avec cette bande de chasseurs et leur folle course. On file de chapitre en chapitre, les évènements s’enchainent et le jeu sur les révélations est d’une efficacité redoutable. On a pas vraiment le temps de s’imaginer une théorie qu’elle est balayée en un coup de croc, j’ai cru que le bouquin allait dans une certaine direction et j’me suis fait eu, quel petit sacripant cet Adrien Tomas.

Parfois on en aimerait un peu plus, des bouquins comme ça en fantasy, des trucs directs et explosifs, de l’efficacité pure avec juste ce qu’il faut de contexte. Notre-dame des loups est simple d’apparence, mais c’est au fond un formidable travail de précision, une minuscule horloge aux rouages bien connus, mais au montage parfaitement exécuté avec des petites surprises dans les coins.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Dionysos (Le bibliocosme aussi), Blackwolf (Blog O Livre), Xapur (Les lectures de xapur), Lune (Un papillon dans la lune), Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres), Laird fumble (Syndrome Quickson),

Couverture : Noémie Chevalier
Éditeur : Mnémos
Nombre de pages : 206
Prix : 17€ (relié) / 7,99€ (numérique)

11 réponses

  1. Je me rappelle encore la lecture de ce livre alors qu’elle remonte à plusieurs années, je me demande même si j’avais déjà le blog… Tellement efficace que j’ai lu le roman d’une traite et de nuit, jusque 3h du matin ça ne m’est plus jamais arrivé ensuite. La master piece de l’auteur pour moi.

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