L’outsider, Un King saveur polar

Ah, un petit Stephen King, ça faisait longtemps ! Ça se voit peut-être pas à travers mes lectures habituelles mais j’ai toujours été fan du monsieur, lire Stephen King c’est un peu mon doudou à moi, depuis mon adolescence j’ai quasiment lu tous ses livres. Et là c’est le petit dernier qui m’est tombé dessus : L’outsider !

Terry Maitland est un pilier de la communauté de Flint City. Professeur mais surtout entraineur des équipes junior de la ville, tout le monde le connait, on l’appelle Coach T. et on le salue. Mais quand un enfant est tué de manière abominable dans le coin, que les empreintes de Terry sont partout sur la scène de crime, son ADN aussi, que des témoins l’ont vu avec la victimes, ou avec du sang partout, c’est sûr, c’est un tueur dément. L’inspecteur Ralph Anderson n’a pas de doute, il fait boucler l’entraineur illico. Le petit cheveu dans la soupe, c’est que le Coach a un alibi en béton armé pour le jour du meurtre. Quand les preuves prouvent à la fois l’innocence et la culpabilité d’un suspect, on a un léger problème.

Le dernier roman du roi Stephen démarre comme un vrai polar, toute la première moitié du bouquin est un roman policier pur, avec le point de vue des enquêteurs, des témoins, du suspect. C’est vraiment réussi,  l’auteur arrive à maintenir le suspense, à faire monter la tension tout en nous attachant à absolument tous les personnages. Il est toujours 14 crans au-dessus de tout le monde pour dépeindre ses compatriotes avec justesse et humanité, et comme à son habitude il décrit la réaction d’une communauté face à un évènement qui bouscule leur vie (presque) paisible.

King présente au lecteur un hommage aux romans policiers qu’il aime beaucoup, on a des références en pagaille, la plus évidente étant Harlan Coben qui devient un élément central de son intrigue, mais on croise aussi Agatha Christie, Conan Doyle, un petit clin d’œil à Michael Connelly planqué dans un coin (« Bouge ton cul et va frapper aux portes, comme disait l’autre »), et sûrement des tas d’autres que j’ai loupés… J’ai été impressionné par la maitrise de l’auteur pour un genre qui peut être très casse-gueule pour qui ne s’y est jamais trop frotté, mais hé, on est le King ou on l’est pas. Bon, peut-être qu’il commence à se plaire au jeu, vu que la trilogie Bill Hodges (Mr Mercedes, Carnets noirs, Fin de ronde) a l’air de taper dans ce registre même si je ne les ai pas encore lus. D’ailleurs j’en profite pour signaler que lire L’outsider avant les Hodges, comme je viens de le faire, n’est pas une bonne idée puisque le petit dernier divulgâche allègrement la trilogie. J’me suis fait avoir. Damnation.

Mais L’outsider vire petit à petit vers le fantastique (bien évidemment), et exploite  très bien la résistance de l’esprit logique des enquêteurs à passer le cap de l’inexplicable, illustré par la célèbre citation de Sherlock Holmes. Faire accepter l’évidence de l’impossible prend pas mal d’efforts pour certains protagonistes. Mais c’est bizarrement là que les quelques défauts apparaissent. Bon, Stephen King étant Stephen King, on a une fin de roman un peu freestyle et décevante, défaut récurrent chez l’auteur qui écrit un peu « comme ça vient ». Ce livre se termine par un très classique « affrontement contre le méchant » qui, s’il résout l’affaire, tombe dans un classicisme un peu bof bof. On a aussi un certain protagoniste surprise qui arrive à comprendre pas mal de choses un peu au feeling, on sait pas trop d’où ça sort mais c’est bien pratique pour faire avancer l’histoire.

Mais ces quelques défauts n’ont pas vraiment gâché ma lecture, on garde quand même un King très solide par ses personnages et la progression de l’enquête, par sa description encore exceptionnelle des effets « de masse » qui peuvent entrainer une communauté entière. Si on oublie un final un peu quelconque, on gardera le souvenir d’un excellent mélange polar-fantastique qui se lit avec plaisir.

Lire aussi l’avis de : Yogo (Les lectures du Maki),

2 réponses

    • Oui, la seconde moitié retombe dans du fantastique très classique, voire un peu desuet. Ça m’a moins rebuté que toi mais ça lui fait perdre quand même en qualité.
      (d’ailleurs faut que je liente ta chronique, j’ai oublié )

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