Darien, Où la magie opère

Conn Iggulden est bien connu chez les anglo-ricains pour ses romans historiques mais leurs traductions chez nous ont un peu pédalé dans la semoule (L’épopée de Gengis Khan n’a eu que 3 tomes traduits sur les 5 malgré ses immenses qualités, Imperator 2 sur 5 non réédités, et le reste rien du tout). Avec Darien, le premier tome des Prodiges de l’empire qu’il signera d’ailleurs C.F. Iggulden, il s’essaye à la fantasy et vu le background du bonhomme j’étais très curieux de découvrir ce qu’il allait apporter. Remercions déjà Bragelonne de publier ça en France, et plongeons dans l’aventure.

Darien est une immense cité gérée par douze grandes familles et un roi qui sert un peu à rien. Et pourtant, il semblerait que quelqu’un essaye de tuer ce roi. Dans les rues de cette cité nous allons suivre les aventures de plusieurs protagonistes avec chacun leurs préoccupations mais dont les histoires vont toutes converger vers un évènement majeur pour la ville, presque malgré eux. Elias Post est un chasseur hors du commun grâce à un pouvoir très particulier, mais son village est durement touché par une épidémie. Le soldat Vic Deeds va le contraindre à agir contre ses principes pour sauver sa famille. Tellius est un vieux bretteur étranger qui règne maintenant sur une bande de gamins des rues, c’est sa rencontre avec le prodigieux petit Arthur qui va peut-être lui donner une occasion de régler ses comptes. Daw Threefold est un amateur d’objets magiques, mais une aventure avec la belle Nancy pourrait lui donner une solution pour enfin accéder à ce tombeau légendaire rendu impénétrable par des défenses magiques.

Tous ces héros ont des préoccupations éloignées des enjeux politiques de Darien mais, tels de petits rouages d’une énorme machine, leurs trajectoires vont les propulser au cœur des jeux de pouvoir de la grande cité. C.F. Iggulden utilise extrêmement bien le principe des petits pions qui vont précipiter la marche de l’Histoire, poussés par leurs seules motivations extrêmement humaines. La vengeance, la volonté de protéger ses enfants, l’appât du gain, la soif de pouvoir, ils sont les petits moteurs qui vont pousser nos héros vers cette nuit fatidique de la fête des moissons. Ainsi, on suit trois « petites » histoires pendant une bonne moitié du roman, en se demandant comment tout ça va bien pouvoir se goupiller… Et après la moitié du livre, tout s’accélère et converge vers un gros évènement central. Les prodiges de l’empire devient une succession de moments prenants, d’affrontements, une tension constante tient le lecteur en haleine sans aucun temps mort jusqu’à un final qui est, lui, un tout petit peu décevant, je dois l’avouer.

La construction générale de l’intrigue est solide et limpide, l’auteur met en place ses éléments avec talent tout en nous offrant des personnages soignés. Chacun a des motivations crédibles et un cheminement clair pour le lecteur, et ce grand tableau se met en place tout seul sous nos yeux, presque sans qu’on se rende compte. J’ai particulièrement aimé le personnages d’Elias qui est surpuissant tout en ayant du cœur, il s’accroche à ce qui lui reste pour garder la tête hors de l’eau mais faut pas trop l’embêter le monsieur. Il y a quelques ficelles un peu grosses, comme des personnages qui se croisent comme par hasard de manière fort pratique, mais franchement le talent de l’auteur pour dérouler tout ça fait vite oublier les quelques coïncidences faciles.

J’ai également beaucoup apprécié la magie de cet univers qui s’apparente à un art perdu que personne ne maitrise plus. Il ne reste que quelques artefacts enchantés qui circulent chez les apothicaires ou sont jalousement gardés par les douze grandes familles. Pourtant, certains évènements vont amener nos personnages à bousculer un peu leur compréhension de cette magie, et remettre en cause l’équilibre des forces. On en sait encore très peu sur tout ça, nous verrons si la suite de la saga va éclaircir un peu le lecteur.

Quand un grand nom du roman historique comme Conn Iggulden se lance dans la fantasy, il amène à la fois une rigueur de construction et un talent pour créer des personnages crédibles, humains et accrocheurs. Ça donne un roman excellent, d’une fluidité déconcertante, qu’on termine presque trop vite. Fort heureusement, la suite semble arriver rapidement puisque les libraires du mal annoncent une sortie en Novembre pour Shiang. Au passage, si Bragelonne a envie de publier Wars of the roses dans leur nouvelle collection historique, je leur en voudrais certainement pas…

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Lutin82 (Albédo),

11 réponses

  1. (merci pour le lien)

    Nous sommes d’accord ! C’est cool que la suite arrive aussi vite, entre ça et Wyld ça va faire quelques excellents bouquins à mettre sous le sapin des amateurs de Fantasy sans prise de tête ce noël.

  2. Super bouquin (petit coup de cœur pour la couverture je dois avouer) !

    Je l’ai pratiquement lu d’une traite. C’est la première fois que je lis Iggulden mais on sent que le monsieur en a sous la chaussure.

    Ca m’a beaucoup fait pensé aux Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye dans la façon dont des événement majeurs sont abordés par les petites préoccupations de personnages qui n’ont pas grand chose à y voir a priori.

    Hate de lire la suite ! D’autant que si j’apprend avec les commentaires du dessus que ça aurait lieu chez Tellius !

    • Oui, le tome 2 s’appelle Shiang, Tellius l’evoque vaguement dans le tome 1, et le résumé du 2 parle bien des guerriers mazer. Ça fait très envie.

      • Trop bien !

        En revanche ça me fait réaliser que pour moi Tellius était slave même le mot mazer me faisait penser à la Russie ou aux Balkans.

        J’avais absolument pas envisagé qu’il soit asiatique et vu la couverture et le bol de la ville ca a quand même l’air vachement plus à l’Est que ce que je croyais ^^

  3. Apophis m’avait déjà convaincu mais ton avis renforce ma volonté de le lire, nos avis se rejoignant souvent 🙂 Je vais essayer de me le procurer cet été !

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