Le sorceleur 4 : Le temps du mépris, Le bal du malaise

On progresse petit à petit dans la célèbre saga du Sorceleur mais après 3 bouquins je me demandais toujours quand l’intrigue allait enfin démarrer. C’est peut-être ce tome 4, Le temps du mépris, qui nous donnera la réponse. Et vous serez pas déçus du voyage.

Geralt se promène un peu tandis que Ciri poursuit son éducation avec la super-magicienne Yennefer, mais cette dernière ne pourra pas s’occuper de l’adolescente indéfiniment donc elle décide de l’inscrire à l’école de Poudlard version Witcher : l’académie d’Aretuza. Avant ça, elle doit se rendre à l’assemblée des magiciens qui se tient tout près, c’est un évènement d’une importance majeure en temps normal, mais ça sera aussi là que tout va basculer pour nos protagonistes, entre les petits fours, les robes transparentes et les chamailleries des dames (on y reviendra).

Oui, c’est bien dans le tome 4 que tout part en vrille et qu’on sent enfin quelque chose qui se lance, c’est parti, on y va, ça va se taper dessus. Le pivot de bouquin est ce bal où se rend Yennefer avec Geralt à son bras, on va y rencontrer beaucoup (trop) de personnages mais il réserve au lecteur un concentré de complots et de surprises. De plus c’est précisément ce soir-là que le conflit entre les derniers royaumes libres et l’empire de Nilfgaard va s’emballer, et c’est certainement pas un hasard. Les magiciens ont un tel poids dans la politique de cet univers que les évènements à leur échelle se répercutent sur le continent entier. On a enfin le sentiment que cette série démarre vraiment et va quelque part, mais c’est pas super facile à digérer.

La masse d’information qu’Andrezj Sapkowski veut nous faire passer sur son univers est assez dingue, il y a des tas de rois, de magiciens, de pays, et tout ça il faut bien nous le montrer. Le problème c’est que ça donne lieu à des morceaux de roman extrêmement lourds où tout nous est balancé à la figure. Spéciale dédicace à Jaskier qui sert de passe-plat dans une scène très pénible de ping-pong flashbacks où il raconte à Geralt tout ce qui s’est passé. Et le second passage emblématique de ce bordel c’est le bal des magiciens qui consiste à faire naviguer Geralt entre le caviar et le pinard pour lui présenter des tas de personnages, souvent des femmes, avec leurs noms et leurs allégeances, et j’étais un peu perdu.

Mais ce fameux bal a un autre souci majeur, au-delà de « j’me fais chier et je comprends pas grand chose », c’est surtout un moment très pénible à passer par rapport à la représentation des femmes dans cet univers. Pourtant l’auteur essaye de taper dans le féminisme avec des femmes de pouvoir, qui ont une importance politique et beaucoup de caractère. Beaucoup de personnages pivots de son histoire sont des femmes qui en imposent. Mais on va malheureusement voir le fossé entre l’intention et l’exécution lors de ce banquet hallucinant où toutes les magiciennes portent des robes quasi-transparentes, sont obsédées par leur apparence et leur jeunesse, se marchent sur les pieds sans arrêt pour des histoires de cul (et pour le cul de Geralt). C’est un festival de malaise, je sais que ça a été écrit par un vieux boomer blanc dans les années 90 mais quand même… Ce traitement daté (pour être poli) des relations entre les genres se retrouve dans le couple Geralt-Yennefer qui, dans les tomes précédents m’était apparu comme adulte et mature mais ici… On a souvent l’impression de s’être perdu dans une novélisation de série AB Production où le niais va au bal du lycée au bras de la joli fille qui défend son bout de steak en jetant des regards assassins aux copines pour marquer son territoire.

Fort heureusement, ce moment pénible a une fin, et la seconde moitié du roman se rattrape avec son lot d’action, de Geralt qui tabasse et de mages qui s’envoient des cataclysmes à la gueule. On a enfin l’impression de rentrer dans l’histoire, avec nos héros qui se démènent en se faufilant entre les mailles de cette guerre pour atteindre leur objectif alors que le monde s’écroule autour d’eux. Le temps du mépris arrive malgré tout (malgré lui ?) à nous faire vivre l’effroi du peuple quand les pays sont ravagés par la guerre, les gens qui vivent dans les ruines que les puissants se disputent. On va croiser des tas de factions qui se débattent pour tirer leur épingle du jeu, ou simplement survivre. Et évidemment, beaucoup veulent mettre la main sur Ciri qui sera une pièce décisive de cet échiquier, bien malgré elle. C’est bien Ciri qui prendra le pas dans cet épisode puisqu’on la suivra sur toute la seconde moitié du livre dans des aventures au milieu de ces contrées en guerre, la jeune femme grandit et suit sa propre voie alors que le monde entier lui court après.

Mais alors qu’on pensait être enfin sorti de cette foire à la gênance voilà que, dans les toutes dernières pages, Sapkowski nous gratifie d’une scène de viol « malaise puissance mille », le genre de scène décrite de manière assez ambiguë qui te fait hésiter deux minutes avec un « euh, techniquement c’est un viol ça, non ? ». Y’a même des putains de débats sur le net où les gens sont même pas d’accord sur ce qu’est cette scène et rien que ça c’est un problème.

C’est marrant parce que Shaya me disait en commentaires de ma chronique précédente que le sexisme présent dans les jeux vidéo pourrait lui poser problème. Je lui ai répondu que c’était plus soft dans les bouquins, que CDProjekt avait du faire les bourrins. Mea Culpa, donc, le malaise est arrivé en force ici. Il faut faire un sacré effort d’abstraction pour contourner tout ça et trouver l’intrigue de cet univers qui progresse bien, et c’est clairement pas toujours une partie de plaisir.

16 réponses

  1. Ce que tu évoques ne m’a pas tellement gêné, mis à part le côté bordélique dont je parlais, que tu commences aussi à cerner 😉 Beaucoup trop de personnages à peine présentés et d’une utilité discutable, tout ça fait un peu artificiel, c’est dommage.

  2. Merci de partir en éclaireur et de prévenir les copains/copines ! Je m’étais arrêtée juste avant… je me demande si je n’avais pas entamé celui-là mais pas de beaucoup… Bref, je serai prête psychologiquement quand je reprendrai !

      • Aaaaah je compatis. Je l’ai fait une fois ou deux et à chaque coup la série a commencé à me déplaire donc même quand j’adore j’achète un à la fois ^^’ J’espère que ça va s’améliorer sur la suite si tu te les farcis tous !

  3. Meme ressenti de mon coté. Perso j’ai laché l’affaire… Ya du bon oui, mais franchement ya tellement mieux ailleurs pourquoi se forcer a un livre… Je précise que les deux premiers tomes, j’avais vraiment bien accroché, mais après entre le bordel et l’écriture qui n’est pas non plus un modèle de fluidité…
    Bref

  4. J’ai ressenti la même chose face à ce tome : le chaos total dans la façon d’amener les informations, le sexisme nauséabond, la quantité de noms et d’allégeances à retenir… ce qui amène son lot de confusion, et de confusion qui « contamine » le reste de ce fameux bal puisque, pour peu qu’on n’ait pas retenu qui était de quel côté, on continue à être confus jusqu’à la fin de cette partie du roman… Une plaie.

    Toutefois, ce qui a rattrapé la chose et m’a vraiment donné le goût de l’intrigue, c’est certainement le tome suivant, « Le baptême du feu ». Je n’essaye pas du tout de dissuader quiconque d’arrêter car, apparemment, je suis une des seules à le considérer comme le meilleur volume de la série… Il n’est pas exempt de défauts, certains diraient même qu’il est bourré de « quête annexes ». Mais il est fun, plein d’action, de personnages forts en gueule… Quand on me parle de la série, c’est ce tome qui me revient immédiatement à l’esprit.

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