La lumière des Jedi, Propagande républicaine

C’est le grand remue-ménage dans l’univers Star Wars, une nouvelle ère se dévoile aux fans avec La haute république. Des romans adultes, Young adult, jeunesse, des BDs, la machine est lancée, et tout part de La lumière des Jedi, le premier roman de cette période inédite. Sautez dans vos Vectors et attachez vos ceintures, ça va remuer.

Longtemps avant tout ce qu’on connait de l’univers Star Wars, la République était en paix et unissait des tas de planètes et de peuples. Les chevaliers Jedi sont un ordre puissant et respecté, ils contribuent à maintenir la paix dans les mondes les plus reculés. Dans ce contexte, une catastrophe théoriquement impossible va se produire : Un vaisseau se plante pendant un voyage hyperspatial et des débris menacent le système Hetzal. Les Jedi et la République se lancent dans une course contre la montre pour sauver des millions de vies, mais derrière cet accident, dans l’ombre, un nouvel ennemi rassemble ses forces.

Parce que ça a son importance, précisons quand même que je ne suis pas un fan de Star Wars, j’ai vu les films (comme à peu près tout le monde), j’ai joué à quelques jeux, regardé The Mandalorian récemment mais je n’ai pas d’attachement particulier avec cet univers comme c’est le cas pour apparemment la moitié de ma génération, semble-t-il. J’ai voulu lire La haute république par curiosité, et parce que sur le papier ce genre de SF d’aventure légère semblait être tout à fait ma came littéraire. Le bouquin commence par cet « accident » monumental et pendant le premier tiers de ces 500 pages, Charles Soule donne le tempo sur un rythme infernal. C’est un livre-catastrophe où on change de point de vue tous les 5 à 10 pages pour aller d’une situation à l’autre de ce grand sauvetage, nous présentant tous les personnages dans la foulée. Avar Kriss coordonne les troupes grâce à sa maitrise de la force, sur le terrain Loden Greatstorm et son padawan Bell gèrent les situations les plus urgentes tandis que les pilotes de la République et les Jedi pilotent leurs vaisseaux pour intercepter les débris.

Pour un lecteur comme moi, attaché au développement de personnages et à l’immersion, ce bouquin fait tout à l’envers. Aucun personnage n’est introduit correctement, on zappe sans arrêt d’un héros iconisé à la va-vite au suivant, pas le temps de découvrir leurs motivations, juste quelques dialogues posés à l’arrache pour les situer vaguement et pif paf badaboum on repart. C’était vraiment pénible. On se calme un peu quand on arrive à la seconde partie du bouquin et qu’on passe du sauvetage-catastrophe aux conséquences et à l’enquête qui suit, mais cette incapacité à approfondir les personnages demeure. C’est simple, à part quelques archétypes, j’ai oublié tous les personnages. Je me rappelle même plus leur nom, j’ai du lire un wiki pour faire le résumé au-dessus. Je me souviens de Super-Jedi qui coordonne tout le monde, de Grosorage et son padawan Bell, archétype de la relation Maître-Padawan sans aucune saveur particulière. Il y avait des pilotes aussi, me rappelle plus leur nom, c’était… des pilotes. Je me souviens du padawan Wookie qui était rigolo, du super-ingénieur qui bricole un super-ordinateur, ou de l’autre vieux bourrin pacifiste mais chacun n’apparait que quelques pages.

La lumière des Jedi a l’air de finalement se dérouler comme une BD, et c’est pas étonnant vu que Charles Soule est surtout scénariste de BD, un médium où on doit présenter les personnages en quelques cases iconiques, pas le temps de trainer. Dans un bouquin, avec moi ça ne fonctionne pas. Ces personnages-là jouent en plus clairement sur les archétypes qui peuplent l’univers Star Wars depuis 40 ans, et le lecteur adhérera si il a déjà un attachement particulier à toutes ces icones, projetant peut-être là-dedans tout son bagage émotionnel (coucou Elessar). Moi, en bon inculte qui n’a pas grand attachement pour la saga, j’ai rien à y investir de moi-même, j’attendais juste qu’on me raconte une bonne histoire, et en ça c’est un échec. Pourtant je comprends que ça génère un enthousiasme chez les fans, parce que La lumière des Jedi pose quelque chose, une première brique à un édifice où ils et elles pourront se projeter et découvrir, une excitation des choses à venir, et ça fonctionne dans cette optique. La lumière des Jedi est une brique posée au milieu d’un terrain vide, et on s’imagine déjà toute la maison qu’elle pourra devenir.

Mais il y a autre chose qui a empêché mon immersion dans ce roman, c’est le ton de l’histoire qui présente les Jedi et la République avec une iconistation et une sacralisation irréaliste. Oui, c’est une époque de paix dans la république, et les Jedi en sont les héros, mais la vache, qu’est-ce que c’est pénible de lire « Nous sommes tous la République » toutes les dix pages. Ils en font tellement des caisses qu’on dirait un bouquin de propagande, regarder la couv’ avec cette idée en tête est assez rigolo d’ailleurs. Alors ça doit fonctionner quand on est déjà immergé dans Star Wars et que les Jedi sont effectivement un idéal, des icônes pour les fans, mais pour moi qui est extérieur à tout ça c’est assez grossier. Aucune dissonance, aucune ombre dans la lumière, la République est le gouvernement parfait (bon, c’est un empire hein, soyons honnête), les Jedi sont tous des super-héros qui veulent sauver les gentils fermiers dans tout un tas de situations assez caricaturales qu’on peut retrouver dans un Spider-Man (Le méchant riche qui veut pas aider les pauvres à prendre sa navette et les menace, la famille prise en otage par les pillards, etc…). Les méchants (parce qu’il y a des méchants quand même, à un moment) sont des méchants extrêmement caricaturaux qui sont méchants parce qu’ils sont méchants. C’était pourtant pas dur de poser un contexte où les Nihil auraient des griefs légitimes contre une République à première vue parfaite, mais… bof, non.

Personnages à peine esquissés, rythme de comic-book qui prend jamais le temps de se poser, intrigue et univers manichéens sans nuance ni subtilité, cette première incursion dans les romans Star Wars fût un échec cuisant pour moi. Présenté comme le roman parfait pour plonger dans l’univers, je dirais qu’il faut quand même être au moins fidèle de la saga pour accrocher à ce défilé de péripétie et de bons sentiments sur-iconisés. Si vous n’êtes pas déjà adepte de la religion Jedi, ça va être compliqué.

Roman reçu en Service Presse de la part de Pocket, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Elessar (L’imaginarium électrique), Xapur (BiblioSFF),

12 réponses

  1. Star Wars offre un univers si riche, quel dommage de se limiter aux sempiternels gentils Jedi contre méchants Sith… surtout si c’est pour perpétuer ce manque de profondeur que tu soulignes.
    À la sortie du MMO Star Wars: The Old Republic, je me suis lancé dans l’aventure avec la classe de personnage Agent impérial. Nulle trace de sabre laser ou de Force, mais un scénario qui te plonge dans une véritable histoire d’espionnage, avec faux-semblants, rebondissements et personnages charismatiques. À mon avis, ça t’aurait plu 😉 Mais c’est pas demain la veille qu’on pourra lire des bouquins ou voir des films de ce genre, car pas assez grand public et puis, l’Agent est un « méchant »… et encore moins avec Disney aux commandes… dommage.

  2. Ah ouais … Bon … J’ai un attachement à Star Wars assez faible mais j’avais envie de tenter le coup avec cette nouvelle salve de bouquins justement. Mais si c’est encore pour se retrouver face à des personnages creux, je vais peut-être passer mon tour.

    • Si t’as peur tu peux trouver un résumé et tenter un des bouquins suivants. Là je pense que l’auteur avait la lourde tâche d’introduire des nouveaux mechants et des tas de personnages pour que les auteurs suivant puissent en reprendre chacun un élément pour le creuser.

      • Non mais finalement c’est intéressant d’avoir deux points de vue assez opposés. Je tenterai peut-être d’abord le titre sur Leïa qui est un personnage plus familier. Merci en tout cas pour vos réponses 🙂

  3. Merci c’était très rigolo de lire la chronique d’Elessar puis la tienne, ça me donne l’impression de passer d’un côté à l’autre du spectre xD.
    Je comprends ton ressenti, je pense qu’effectivement on s’investit beaucoup dans ce genre de bouquin, et je me souviens que quand j’ai commencé à me lasser un peu, j’appréciai généralement moins ceux ne mettant pas en scène mes personnages favoris, sauf si justement l’auteur faisait un effort pour proposer quelque chose d’un peu original niveau style ou intrigue.

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