The emperor’s blades, les larmes du lecteur

Comme j’étais un peu en overdose de fils-des-brumes sur mon abonnement audible, j’ai pris en anglais le premier tome de Chronicle of the unhewn throne qu’on m’avait conseillé, The emperor’s blades. Cette série a apparemment une très bonne réputation et après écoute… J’avoue que je comprends pas bien pourquoi…

L’empereur est assassiné, un complot s’agite dans les coulisses du pouvoir. Ses trois enfants son éparpillés, ils vont devoir se protéger et découvrir la vérité vraie sur cette machination, mais avant, il faut finir l’école. D’un côté nous avons Kaden, l’héritier qui est en apprentissage chez les moines depuis huit ans alors que son monastère est secoué par une série de morts mystérieuses. L’ainé Valyn a été envoyé en formation chez les Kettral, le corps d’élite de l’empire composé d’assassins et de tarés. Il est victime d’une série « d’accidents » un peu louches et va devoir mener sa petite enquête entre ses épreuves et ses camarades. Et enfin nous avons Adare, la sœurette qui n’a pas été exilée et traine toujours autour de la capitale, elle assistera surtout à la passation de pouvoir temporaire qui lui passe gentiment sous le nez.

Nous suivons tour à tour chacun de ces trois enfants séparément sur une majorité du bouquin. Je dois avouer que ça démarrait plutôt bien, l’auteur nous propose une fantasy assez classique avec une narration plaisante et un univers à première vue dense et mystérieux. Par l’intermédiaire de Kaden on découvre beaucoup du background mystique de ce monde puisqu’il traine avec les moines du Blank God, le mystère auquel il est confronté va le pousser à fouiller dans les secrets de l’histoire et des mythes de son peuple. Valyn, quant à lui, nous fait découvrir le côté militaire de l’empire avec sa formation qui ressemble un peu à un Harry Potter à l’école des psychopathes. Le livre est un mélange de plusieurs récits initiatiques croisés.

Oui, ça partait bien, mais le roman a commencé à m’agacer très vite, en premier lieu parce que l’histoire avance très peu, jusqu’aux trois quarts du bouquin on n’est toujours pas très loin de la situation initiale. Les enjeux posés par la mort de leur père n’a pas l’air d’atteindre ses deux garçons qui se débattent chacun dans leur intrigue. Par-dessus ça on se rend compte que les personnages sont creux, très peu attachants, se comportent de manière illogique ou stupide, et ne provoquent jamais d’empathie chez le lecteur (enfin ça c’est plutôt subjectif, mais chez moi en tous cas c’était mort). C’est valable pour tous, je n’ai pas trouvé un personnage, principal ou secondaire, qui ait provoqué une émotion chez moi, à part la frustration et l’impatience. Ça n’aide donc pas à être immergé dans cette intrigue, mais le plus gros défaut de ce The emperor’s blades, c’est qu’il est rempli d’incohérences et d’absurdités.

L’empereur envoie quand même tous ses héritiers loin de lui sans protection, ce qui est un peu con. Kaden doit faire un apprentissage de dix ans avec les moines mais au bout de huit, il ne sait toujours pas ce qu’il fout là, il ramasse du bois, fait de la poterie et se fait taper dessus. Oui, ses professeurs le torturent pour lui apprendre des concepts spirituels à deux balles accompagnés de discours philosophiques dignes de Bernard le poivrot du PMU. N’importe quel adolescent se serait rebellé mais noooon, monsieur doit supporter tout ça pour atteindre l’illumination cosmique. On finit par apprendre le vrai but de cette formation, mais ça aurait quand même été plus simple de lui dire un peu plus tôt, et pas après huit ans à cueillir des baies, non ? Cette révélation se fait sous la forme d’un long monologue du vieux moine qui finit par lui sortir un gros pavé de background indigeste. La subtilité est en vacances.

Le corps d’élite dans lequel est formé Valyn nous est présenté comme des durs à cuire, des troupes de commandos super-entrainés qu’on envoie au front et qui peuvent se sortir de n’importe quelle situation. Le problème est que vu de l’intérieur ça ressemble plus à la prison de Oz : des parias, des fugitifs, des meurtriers, etc… Ils sont violents et cruels, ne font jamais preuve d’un quelconque esprit de corps, ils ne s’entrainent jamais en groupe comme une armée ou même en petites escouades. Toutes les épreuves sont des affrontement individuels et ils passent leur temps à se tirer dans les pattes. Les instructeurs mettent leurs élèves à l’épreuve dans des exercices très dangereux où plusieurs peuvent (et vont) mourir. Ils sont mis en danger pour rien, simplement parce que « y’a pas d’place pour les mauviettes ici ». Quand des accidents répétés visent le héros, les autres n’y voient rien de suspect, au premier ça passe, mais au cinquième ils passent un peu pour des idiots. Si c’est ça leur élite militaire, je sais pas comment leur civilisation tient encore debout. Que ce soit avec Kaden ou Valyn, Brian Staveley pousse le grimdark (et parfois le « torture-porn ») au-delà de la logique et de la cohérence, juste pour essayer de jouer sur le terrain de son modèle évident Le trône de fer.

De son côté, Adere ne sert clairement à rien du tout, le roman se contente de 5 ou 6 chapitres la concernant. Ils sont tellement rares qu’entre deux de ses apparitions on a complètement oublié son histoire. Elle est la seule de la famille à n’avoir pas été envoyée en apprentissage quelque part, et elle se retrouve dans la capitale après le meurtre de son père. Bien sûr, c’est une nana donc on ne lui confie aucun poste de pouvoir (société patriarcale, tout ça) et elle va assister au procès du meurtrier de son père sans avoir aucune influence dans cette affaire, elle est spectatrice. Le pire c’est que cette partie de l’histoire bien va au-delà du ridicule, l’épisode du jugement par le feu est le moment le plus consternant du livre, et vu qu’il y en a beaucoup d’autres ça en dit long.

 Tous ces petits points portent des coups répétés à la cohérence de l’univers et on arrive à ne plus croire en grand chose. Quand (enfin) l’intrigue avance, j’en avais déjà plus rien à faire depuis longtemps. Le world-building s’effondre un peu plus à chaque page, le livre est plein de petits trucs crétins qui me vrillaient le cerveau. Les héros sont confrontés à des mystères mais n’ont pas assez de neurones pour y piger quoi que ce soit, ils se contentant de suivre des (fausses) pistes un peu évidentes. Dans ce genre de trame faite de complots et de mystères, il faut des révélations, des coups de théâtre et des héros qui découvrent des secrets surprenants grâce à leur sagacité et leur ténacité. Ici ils subissent tout et ne comprennent pas grand chose d’eux même. Ils se contentent de jouer les enquêteurs ratés en suivant l’histoire, ils tombent constamment dans des gros pièges que le lecteur a vu venir de très loin.

The emperor’s blades est un roman de fantasy à l’univers déjà-vu et maladroit, peuplé de personnages oubliables qui manquent cruellement d’épaisseur. Je ne sais pas trop pourquoi le reste du monde a l’air de trouver ça bien, vous pouvez toujours essayer mais pour moi c’est pas passé du tout. Il y a beaucoup plus intéressant à lire dans le genre, si vous voulez le même type d’histoire mais en bien, vous pouvez toujours essayer Acacia, beaucoup plus réussi à mes yeux.

3 réponses

  1. Je ne l’ai pas lu, personnellement, mais une connaissance en laquelle j’ai une grande confiance l’a trouvé excellent. Toutefois, ton avis ne m’étonne pas, car on voit bien sur Goodreads que ce roman est très polarisant : si la note globale est de 4.15, il y a presque autant de critiques 2 étoiles que 5. Et puis bon, hein, même si 99.9 % des gens trouvaient ce livre formidable, c’est ton droit de ne pas aimer, ça nous arrive à tous. Il y a des tas de gens qui encensent le cycle de Shannara, Jack Vance ou Cordwainer Smith, moi j’y arrive pas, point.

    • Tout à fait, les mauvaises critiques sur goodreads ont l’air d’y trouver les mêmes défauts que moi mais c’est le genre d’incohérences où soit tu les vois pas et tu peux apprécier le livre, soit tu les vois et après c’est foutu.

      Beaucoup de critiques parlent aussi du sexisme de l’auteur par rapport à son traitement des personnages féminins, mais je pense pas que ce soit vraiment spécifique aux femmes : tous les personnages sont « faibles », homme ou femme 🙂

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