Sous la colline, Le bouquin du fada

L’unité d’habitation Le Corbusier (ou Cité Radieuse) à Marseille est un truc assez marrant à visiter, si vous avez l’occasion. J’ai pu y faire le pingouin y’a quelques années, et vu de l’extérieur c’est un gros immeuble de béton old-school assez moche monté sur de gros piliers bien costauds. A l’intérieur c’est une autre paire d’espadrilles : La cité est pensée comme un petit village, ses couloirs sont de larges rues, l’immeuble contient école, commerces, gymnases. Chaque appartement est conçu de manière innovante pour le confort et l’ergonomie optimale. L’architecte a construit au début des années 50 sa vision utopique de la vie citadine, en pensant chaque détail à l’extrême.

En 2012, un incendie a détruit une partie du bâtiment, et c’est à partir de cet évènement que David Calvo va tricoter un roman fantastique vraiment hallucinant : Sous la colline publié chez La Volte. Lors de cet incendie, un placard non référencé est retrouvé, et comme le bousin est classé monument historique, on appelle l’INRAP (Institut National de recherches archéologiques préventives). C’est là qu’entre en scène Colline, archéologue et héroïne de l’histoire, qui va aller farfouiller là-dedans et plonger la tête la première dans les mythes et légendes qui entourent la conception de ce monument et la vie de ses habitants. Son enquête va l’immerger dans le quotidien de la communauté vivant à « la maison du fada ».

souslacollineCette manière de vivre ensemble qu’ont encore les habitants de l’unité aujourd’hui, elle se retrouve énormément dans le roman de David Calvo, qui y a vécu quelques temps. Quand Colline « infiltre » l’immeuble et commence à parler à ses habitants, c’est une petite communauté très vivante et idéaliste que nous découvrons. L’immeuble a une histoire forte, ses propres légendes et coutumes, ses ragots et ses originalités. Les personnages sont ainsi marquants et hauts en couleurs. Flo, Mame Nakache, Riri, Fifi, Loulou, Babette… Tous ont beaucoup de caractère, Sous la colline réussit à nous plonger au cœur de cette grande fourmilière et à nous attacher à tout ce petit monde qui tente tant bien que mal de perpétuer l’idéal de vie commune dont ils ont hérité.

L’intrigue a promené le lecteur marseillais ignorant que je suis dans les mythes fondateurs de ma propre ville natale, en y ajoutant quelques trucs custom quand même. On va voyager dans le temps, de la création de la cité phocéenne à nos jours, et découvrir une vaste bouillabaisse ésotérique mélangeant histoire, mythes et croyances. Il n’oublie pas d’assaisonner tout ça d’une petite couche de social et de politique parce que bon, hein, on est à Marseille. L’auteur évoque parfaitement l’atmosphère de la ville et nous fait découvrir la Cité Radieuse de ses côtés les plus concrets aux théories les plus mystiques, en mélangeant tout ni vu ni connu. Mais attention, c’est pas non plus du Da Vinci Code à cigales, on finit par partir dans le fantastique à fond les ballons et là, accrochez-vous mes amis, ça retourne façon tarte tatin apocalyptique. C’est parfois un poil confus et difficile à suivre tant il y a de pistes et de matière à déconstruire, mais c’est un sacré voyage.

La plus grande réussite du roman est sans aucun doute son personnage principal, Colline, une héroïne complexe assez époustouflante. Sa quête personnelle, limite obsessionnelle, va se mêler aux mystères du Corbusier et résonner dans les murs de béton de la cité. Ses doutes et ses certitudes tapent juste. Le thème de l’identité (comme celui de la féminité, au final) se retrouve à plusieurs niveaux dans le roman, et tout apparait cohérent quand on regarde le livre dans son ensemble. C’est Colline qui se cherche et se construit, ce sont aussi les habitants de l’immeuble qui luttent pour perpétuer leur idéal de vie envers et contre tout, et c’est aussi Le Corbu lui-même qui justifie son existence comme anomalie hallucinée et visionnaire.

Histoire fantastique riche et foisonnante, Sous la colline étonne à chaque page, on ne sait jamais jusqu’où elle va nous mener. Et il va très loin David Calvo, avec son écriture renversante et son univers foufou.

Lire aussi l’avis de : Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile ?), Melicerte42 (Les voltés anonymes), Grégory Drake (Bifrost), David (Syfantasy), Julien (Naufragés volontaires),

2 réponses

Laisser un commentaire