Shadow Ops : Control Point, Quand les X-Men bossent pour l’Oncle Sam

Le choix de mes lectures VO se fait souvent un peu au feeling, comme je suis pas du tout l’actu anglophone ça revient en général à ce qui me passe sous le nez grâce à Goodreads ou aux quelques blogs que je lis. Control Point de Myke Cole est passé sous mon radar justement par ce biais, le bouquin est encensé par plusieurs auteurs et blogs, le concept a l’air fun, donc j’ai tenté.

Le concept en question est le suivant : Après une émergence de la magie, certaines personnes se retrouvent avec des super-pouvoirs. Le gouvernement américain, dans toute sa subtilité et sa bienveillance, vote une loi qui impose aux « Latents » (les mutants quoi, sauf que c’est pas génétique) de se déclarer et de s’engager dans l’armée. Il y a des exceptions, et certains types de magies sont carrément illégaux, le bonhomme chez qui ces pouvoirs se manifestent est donc exécuté. On va pas s’emmerder. Dans tout ça, on suit Oscar Britton, un militaire en mission pour éliminer des latents qui font une tuerie dans une école, quand il se retrouve lui aussi à manifester des pouvoirs magiques, qui plus est dans une catégorie interdite : il peut ouvrir des portails entre les mondes.

Après avoir tenté de fuir, Britton est arrêté et envoyé dans un camp d’entrainement, situé dans la Source, un univers parallèle d’où vient la magie. Il y intégrera les forces spéciales de mages qui servent à défoncer la gueule à tout ceux qui sont pas contents. Pendant sa formation qui occupe plus de la moitié du roman, il va côtoyer plusieurs autres recrues et instructeurs, développer son talent et accomplir des missions pour ses supérieurs, forcé d’obéir sous peine d’être exécuté. Alors oui, tout ça ressemble fort aux X-Men qu’on aurait recruté de force dans l’armé pour botter des culs, c’est pas vraiment subtil mais ça peut donner lieu à de l’action bien fun, et c’est le cas.

Le roman démarre vraiment bien, avec cette scène d’action pour arrêter deux Probes hors de contrôle, y’a de la baston, des pouvoirs, de la tactique militaire, yes ! Le problème principal arrive dès que les choses se calment, on se rend compte que les personnages sont catastrophiques. Oscar est un vétéran de l’armée avant d’intégrer de force ce programme (contrairement à ses camarades qui sont des civils) mais il se comporte comme le pire des ados pendant tout le bouquin. Il réagit aux évènements à court-terme et fait des aller-retours de « Mon dieu ils se servent de moi » à « J’ai enfin trouvé ma place » sans arrêt. Il ne sait jamais ce qu’il veut et fait des choix débiles du début à la fin. Régulièrement le lecteur se dira « nop, fais pas ça, c’est une connerie », et bim, il fait la connerie et le regrette trois lignes plus bas. Après ça, il se permet d’être paternaliste et de faire la morale à tout le monde ! Les personnages secondaires ne sont pas en reste, entre Therese la soigneuse jolie et douce qui sert de love-interest, le sergent-instructeur violent, la rebelle extrémiste extrêmement extrême, et les camarades d’escouades quasi-absents, le casting se noie dans la médiocrité.

J’ai rien contre une bonne histoire militaire, je considère pas que tout ce qui parle de soldats sans condamner leur action est nauséabond. Pourtant, Control Point fait souvent grincer des dents. On nous propulse dans une armée qui installe un avant-poste dans la Source, et quand le héros demande ce qu’ils foutent là, on lui répond « Ben on l’envahit, bien sûr ! ». Fuck Yeah. C’est un peu Avatar sans la partie pacifiste des chercheurs. Les espèces indigènes sont des ennemis, à part certains Gobelins non-violents qui travaillent dans la base… En échange de sucre parce qu’ils adorent ça, ça les rend stone… Oui, le héros se pose des questions, « C’est pas un peu de l’esclavage ? », « s’ils nous attaquent sans arrêt, c’est pas parce qu’on envahit leur monde ? », on sent que l’auteur veux montrer ça du doigt mais son personnage est tellement hésitant sur ses prises de position qu’on tranche jamais. On tortille tellement du cul qu’on reste sur l’idée que bon, ben, c’est peut-être normal quoi…

Quelque part, Cole essaye d’en faire une allégorie des rapports entre colons américains et indiens (Oui, Avatar, tout ça…) mais on est du côté des militaires, les soldats obéissent aux ordres. Britton se pose des questions, mais il finit par remplir sa mission. Les quelques actions de rébellion sont tellement tièdes (ou absolument foirées) qu’on ne va jamais vraiment contre la politique employée, et c’est ça le point de vue du soldat. C’est le propre des militaires, ils remplissent la mission qu’on leur donne même s’ils trouvent ça moyen-moyen. Ils doivent obéir sous peine d’être jugé pour trahison, ils peuvent être complètement d’accord avec leurs ordres ou pas, mais une fois engagés ils ont plus trop le choix. Ils peuvent se le justifier par les actes héroïques qu’ils accomplissent, les vies qu’ils sauvent, les camarades qu’ils aident, l’esprit de corps qui en émerge.

Et si c’était ça le message de Myke Cole, lui-même militaire ? C’est un point de vue qui se discute mais ça pourrait faire quelque chose d’intéressant, qu’on soit pro ou anti-militariste (ou quelque part entre les deux), si ce n’était pas aussi mal amené. Explorer la réponse d’un gouvernement actuel et de son armée face à l’apparition de personnes aux pouvoirs destructeurs est en soi intéressant, mais avoir le seul point de vue des militaires le rend assez difficile à digérer pour moi, surtout parce que la réponse en elle-même est extrême et très très discutable. Et les personnages mis en scène, en plus d’être des militaires voués à appliquer cette solution, sont creux et/ou stupides, ce qui n’arrange rien. Un autre écrivain aurait pourtant pu en faire quelque chose de vraiment passionnant en y intégrant assez de profondeur et de facteur humain.

Control Point est une histoire de X-men militaires qui échoue à faire ressortir une quelconque réflexion sur ce qu’il pointe du doigt. Il essaye un peu, mais ses personnages profondément ratés n’aident pas à faire émerger un propos, ce qui galère à le faire sortir du premier degré le plus discutable.

5 réponses

  1. Le fait de devoir continuer à faire son devoir qu’on soit d’accord ou pas avec les ordre est un thème qui revient assez souvent dans la SF militaire (je ne peux pas parler de la fantasy vu que je n’en ai jamais lu qui soit militaire) et souvent on a aussi uniquement le point de vue militaire vu que se sont nos personnages principaux.

    Après ça dépend si il y a l’ouverture vers un changement futur ou pas, j’imagine bien sur une série par exemple dans le premier tome ils suivent les ordre mais ça les bouffe et du coup ensuite ils se mettent à réagir différemment ou à se poser des questions dans les suivants. Et dans ce cas la ça peut passer de mon point de vue.

    Mais c’est sur que si les personnages sont stupides ou pas intéressant, c’est mal parti !

    Cette série est dans ma wishlist depuis un moment et je pense que je finirais bien par jeter un coup d’œil histoire de voir si ça peut ma plaire ou pas. Surtout que le mélange militaire + fantasy me plait bien sur le papier, comme tu le dis ça peut être un bon thème.

    • Bien exploité ça peut être un levier dramatique super efficace, ce dilemme devoir/morale, si tu as des exemples de bouquin ou c’est bien tourné je suis preneur 🙂

      D’après les avis, les tomes suivants de shadow ops sont bien mieux, le défauts des personnages débiles est assez unanimement reconnu mais apparemment ça s’améliore

  2. Ah oui, en effet, il y avait du potentiel, mais ça reste trop peu développé pour être vraiment intéressant apparemment. Sans compter que le coup des pouvoirs illégaux qui conduisent à une exécution automatique, c’est carrément irréaliste.

    • Oui, surtout que ça donne un truc comme « si vous avez des pouvoirs vous êtes obligés de vous enregistrer, mais si c’est un pouvoir interdit on vous bute, mais venez quand même hein »

      Après il se trouve qu’en cachette il les tuent pas vraiment mais les enrôlent de force… Sinon ils les tuent…

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