Control, Remedy se lâche

Ah, Alan Wake, un monument de la ludothèque Xbox 360, ambiance horrifique forestière et bizarreries psychologico-dimensionnelles. On en garde un souvenir fort, une ambiance de dingue, des moments intenses, un groupe de rock à écouter, et une frustration devant ce final qui laisse trainer des tas de questions. Et pour ne pas du tout répondre à ces questions, le studio finlandais change encore son approche et nous livre en 2019 Control. Aucun rapport. Donc.

A moins que…

Dans Control, vous incarnez Jesse Fayden qui se pointe à New York et arrive devant l’immeuble du FDC, le bureau fédéral de contrôle. Elle entre… et grâce à une procédure un peu étrange devient directrice du service. Là voilà chargée d’une première mission urgente : débarrasser l’immeuble du Hiss, un phénomène inexpliqué qui corrompt le lieu petit à petit. Mais Jesse a aussi un but personnel qui nous ramène à son enfance. Nous allons donc parcourir tout cet immeuble bien tordu armé d’un flingue surnaturel et de pouvoirs spéciaux pour secourir les employés, bien nettoyer dans les coins et découvrir quels mystères se cachent ici. Ou pas. Ça dépend.

Le gameplay reprend une vue à la 3e personne habituelle chez Remedy mais donne un bon coup de patate au joueur en offrant des combats dynamiques à souhait, dans lesquels il devra alterner entre le flingue et les pouvoirs (chacun a un temps de recharge qui oblige plus ou moins à passer à l’autre). Au fur et à mesure de notre avancée, on pourra débloquer des capacités comme le lancer télékinétique qui bazarde tout ce qui traine au milieu pour l’envoyer à la tronche des méchants, un bouclier, un dash ou encore le vol. C’est clairement un jeu d’action, ça canarde, ça envoie du bon bourre-pif, on est sans arrêt en mouvement et c’est particulièrement jouissif.

Jusqu’ici je vous ai décrit un jeu finalement assez basique, des combats, un immeuble, badaboum, voilà. Sauf que, le studio a quand même une touche personnelle qui les démarque grandement : Ils sont complètement timbrés. Control plonge à fond dans une ambiance fantastique weird qui mélange le glauque et un aspect psychologique assez profond. Alan Wake avait déjà certains de ces aspects parfois déroutants, mais là Sam Lake est parti très loin dans sa tête. Il y a beaucoup de scènes complètement surréalistes, on ne sait jamais vraiment ce qui est réel ou imaginé, on a parfois du mal à suivre. Le jeu va vous faire découvrir comment certains objets du quotidien sont altérés par des évènements surnaturels et vont présenter des propriétés étranges voire dangereuses. On va péter des dimensions, faire voler des trucs, faire disparaitre des gens… Sans explication…

Control maitrise sa mythologie et se permet même de ne pas tout nous dire, laissant beaucoup de zones d’ombres pour faire partir en vrille les fans qui aiment se torturer le cerveau. Pire, Control nous montre qu’il constitue une pierre dans l’édifice de l’univers fictionnel du studio, on comprend qu’il est lié à Alan Wake, qui est lui-même lié à Max Payne dans une spirale de références et de croisements qui donnent le vertige si on creuse assez (et encore j’ai pas joué à Quantum Break). On brouille les pistes sur ce qui est imaginaire et réel et avec ça on peut complètement virer complotiste niveau 250.

C’est du coup un peu dommage que le jeu souffre de quelques défauts, dont certains probablement liés à un budget moindre en passant chez un éditeur comme 505 : La version française est pas mauvaise mais les synchro des voix sont proprement scandaleuse, les phrases se lancent bien avant ou après que le personnage ait parlé, c’est jamais calé comme il faut. La VOST est donc conseillée. Autre chose, le jeu ralentit assez souvent même si ça dérange que les pinailleurs aux yeux bioniques.

On a aussi des défauts un peu plus structurels comme cette perte de rythme quand on a l’impression de se faire balader dans l’immeuble façon La maison qui rend fou d’Asterix (Je dois aller trouver un objet mais il est pas là où il devait être donc je vais ailleurs mais il est plus là non plus donc je vais encore ailleurs mais j’ai besoin d’un accès donc je dois chercher le concierge mais il est parti en vacances donc… etc…). Et enfin, bordel, ces points de sauvegardes fixes qui posent pas de problème la plupart du temps… Mais dans les derniers combats bien difficiles on doit se retaper à chaque fois 2 minutes de « je marche dans des couloirs » et 10 minutes de combats qu’on a déjà fait pour arriver à la dernière arène où on se fait ENCORE TUER ET ON DOIT TOUT REFAIRE ! PUTAIN ! Pardon, je m’emporte…

Control n’est pas un jeu parfait, mais il combine un gameplay fun avec une narration profonde et étrange qui fascine. On a rarement des jeux à l’univers si dépaysant et marquant, ça excite les neurones et l’imagination, c’est tout à fait remarquable. Et on a droit au retour des Old Gods of Asgard pour une séquence complètement délirante alors je suis content.

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