Personne ne gagne, Voleur à l’ancienne

L’an dernier, dans mon infinie bonté, j’ai offert des romans de la superbe collection Les grands animaux de chez Monsieur Toussaint Louverture. Évidemment, comme tout lecteur qui offre des livres, le cadeau fut suivi d’un « bon, et tu me les prêtes quand t’as fini hein ». Allez, avouez, on l’a tous fait, non ? Le premier à m’être tombé dans les mains est donc Personne ne gagne de Jack Black (non, pas ce ce Jack Black)

Personne ne gagne, donc, ce sont les mémoires d’un vagabond-voleur qui a arpenté un bon morceau d’Amérique du Nord à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. C’est auto-biographique, le bouquin original est paru il y a presque 100 ans, et il fallait bien un Monsieur Toussaint Louverture pour nous ressortir ça de derrière les fagots pour l’emballer dans une classieuse couverture noire et argent. Le narrateur retrace sa vie sur les routes, entre cambriolages, combines, cavales et grosses fiesta de clodos. On découvre un personnage à la fois extraordinaire et humble, lucide sur ses erreurs et son époque, et sur ce qui l’a amené là où il est. En retraçant toute sa carrière, on croisera les personnages qui l’ont formé, accompagné, aidé, trahi. Mais on va surtout vivre une époque.

Le livre se passe dans une Amérique post-conquête de l’ouest, mais pas encore tout à fait apprivoisée pour autant. C’est fascinant de voir cette ambiance post-western, traversée par un personnage en marge, qui fréquente les hobos, les rois de l’arnaque et les cambrioleurs en tous genres. Il va profiter de systèmes judiciaires pas encore tout-à-fait mis en place et de l’immensité du territoire pour échapper aux autorités, et construire des plans avec ses complices. C’est très fun de voir ces bandes de voleurs avec leurs combines, mais aussi leur éthique, leur sens de l’honneur et leur solidarité. Les parias se serrent les coudes ou se grillent à vie. Pourtant Blacky n’échappera pas à la justice et ses épisodes d’incarcération vont devenir aussi une composante très importante du discours du roman. Mais ils seront surtout un témoin de l’époque, parfois aussi cru et poignant qu’un Meurtre à Alcatraz.

Pour un lecteur d’aujourd’hui, le livre a quelques défauts qu’on peut relever, comme ce texte massif qui mélange dialogues et narration sans vraiment aérer (sans doute un truc de l’époque). On note aussi une certaine répétitivité passé la moitié du roman, quand le protagoniste nous déballe plusieurs épisodes de cambriolages à la suite qui font un peu redondants. Mais pourtant l’atmosphère est fascinante, le cheminement de ce gamin qui rêve d’un costume gris et finit par faire péter des coffres à la dynamite, c’est un voyage grandiose plein de désillusions, d’erreurs et d’errements entre les coups foireux, l’opium et les salles de jeu. L’époque était pleine de possibilités, mais aussi cruelle et d’une certaine manière très arbitraire.

Comme d’habitude chez l’éditeur (du moins sur les trois romans que j’ai lus), Personne ne gagne est un livre atypique, fascinant, accompagné avec soin et présenté au lecteur comme un trésor. Pas parfait, mais il a une âme, un propos et une ambiance. Oui, non, c’est pas de la SFFF, je sais, je fais des infidélités à l’imaginaire.

3 réponses

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.