A time of blood, Le mal contre le mal

Première lecture de 2020, il faut marquer le coup, partir sur une valeur sûre, un truc qui va m’exploser le cœur et les tripes. J’ai encore un John Gwynne dans ma PAL, ça tombe vachement bien ! Retournons dans les terres bannies avec A time of blood, second tome de la deuxième série de l’auteur Of blood and bone après un A time of dread réjouissant.

C’est un peu la pagaille après la fin du premier tome. Dans ce monde médiéval où anges et démons s’affrontent, chacun bouge ses pions. Les kadoshim sont méchants et font des trucs de méchants genre comploter dans l’ombre pour renverser leur ennemi, créer des créatures dégueulasses avec de la magie pourrie, etc… Mais les ben-elims commencent à faire n’importe-quoi aussi ! Kol raconte des bobards à tout le monde pour assoir son coup d’état après sa trahison et les emplumés se rassemblent pour affronter la menace qui arrive. Au milieu de tout ça, comme d’habitude, les humains se frayent leur petit chemin. Nos protagonistes se remettent de leurs émotions : Riv la combattante doit se faire à son nouveau statut et à toutes les révélations qui lui sont tombées sur le coin de la figure (et nous avec), elle commence à comprendre que toute son éducation n’est faite que de mensonges, il va falloir bousculer tout ça et trouver son chemin (à coup d’épée, souvent). Drem fuit aux côtés de Cullen, Keld et Hammer, ils doivent atteindre l’ordre de l’étoile scintillante et les prévenir de ce qu’ils ont vu. Mais ils sont poursuivis par des hommes et des bêtes. Et enfin, Bleda se prépare pour son mariage arrangé alors qu’il est toujours otage des ben-elim, et il est moyennement motivé.

Côté rythme, cette suite démarre doucement mais remet en place son intrigue avec soin pour le lecteur qui s’était éloigné un peu trop longtemps. La fuite de Drem et ses camarades est longue et difficile, le danger est omniprésent et l’auteur retrace leur parcours et tous les dangers qu’ils affrontent. Du côté de la forteresse de Drassil, on est un peu en attente pendant la première moitié du roman, on se remet de ses émotions, on complote. Cette première partie poursuit sur la lancée du tome précédent et traite des conséquences de tous les évènements qui l’ont conclu. C’est à la moitié de la lecture qu’on se relance vraiment dans l’action. Il y a un équilibre entre la mise en place qui bascule ensuite dans la bataille pour une seconde moitié explosive. Les groupes se reforment, les guerriers se rassemblent, et on se relance dans une série de grandes scènes magistrales pour nous offrir de la grande fantasy épique. C’est parfait parce que ça donne le temps de poser les relations entre les personnages, les nouveaux arrivants et les vieilles amitiés, avant de les balancer dans le cœur de l’action avec une forte charge émotionnelle sur le dos.

A time of blood marque un pivot pour cette trilogie, un moment où on bascule des complotages secrets et des petites escarmouches vers la guerre, la vraie. Et ce qui rend le tout vivant, comme toujours, ce sont ces personnages auxquels on s’attache, aux côtés de qui on tremble et on exulte. Riv contient sa rage et se découvre en remettant en cause les doctrines qui l’ont forgée depuis sa naissance. Elle est une paria, et sans l’esprit de camaraderie qui l’animait quand elle était dans le mur de boucliers avec ses camarades, elle doit se réinventer. Drem a passé sa vie dans la Désolation avec son père, et le voilà propulsé dans les intrigues à grande échelle, perdu mais pas seul. On retrouve aussi quelques personnages (les géants et ben-elim principalement) qui étaient déjà là aux côtés de Corban dans la saga précédente, histoire qui est devenue un mythe avec le temps, déformée, instrumentalisée à des fins politiques.

A l’image de sa série précédente The faithful and the fallen, John Gwynne nous propose un récit épique où tout est construit avec une minutie hallucinante, où chaque manœuvre, chaque rencontre, chaque surprise (chaque trahison !) nous apparait logique et naturelle, parfaitement amenée. Cette art de la construction, allié à ses personnages mémorables, nous propulse dans une aventure qui encore une fois m’a pris aux tripes. On assiste à des moments purement magiques dans cette dernière partie magistrale. John Gwynne arrive toujours parfaitement à décrire ces scènes, à les rendre vivante et vibrante, à nous coller des images épiques dans la tête. Il y a quelques moments déchirants, et de beaux passages réjouissants. Nos héros sont au milieu de tout ça, ils défendent leurs amis, affrontent leurs ennemis et s’inscrivent parfaitement dans l’enchainement des évènements. Il y a une noblesse, un héroïsme idéaliste dans les personnages de Gwynne, que je préfère largement aux héros ambigus ou aux anti-héros qui peuvent être à la mode. Je trouve ça plus exaltant, plus rafraichissant.

Si on la compare aux aventures de Corban et ses potes, Of blood and bone est plus simple, plus recentrée sur une petite région et des groupes plus petits. Le côté manichéen « Bien contre le Mal » complètement assumé est remplacé ici par une situation bien plus subtile. Sous prétexte de s’opposer aux Kadoshim, les Ben-elim (les gentils, les anges) gouvernent les humains en mode totalitaire bien bourrin et deviennent donc pas beaucoup mieux que leurs ennemis. Entre deux maux, les humains choisissent, ou se rebellent en envoyant tout balader. Cette nuance permet de renouveler la formule de l’auteur, et c’est bienvenu.

C’est donc dans ce second tome que Of blood and bone décolle réellement. Ça devient du grand John Gwynne, de l’épique à la pelle avec des protagonistes géniaux et des conflits à grande échelle. La conclusion de la trilogie sort en avril, vous pensez bien que je l’attends de pied ferme.

7 réponses

  1. Faut que je m’y remette à Gwynne, je n’ai lu que le (génial) premier tome des aventures de Corban. Faudrait aussi que l’édition française se penche plus sérieusement sur son cas.

    • Ouais, je sais pas trop qui pourrait porter ça à part Bragelonne (AMI avait répondu qu’ils trouvaient pas ça génial, dans une conversation sur facebook) et encore, vu la taille des pavés, on peut comprendre que ça fasse hésiter

  2. Rhooo, je dois réellement découvrir Gwyne surtout que je l’ai dans ma PAL depuis la lecture de ton avis.
    Il faudrait vraiment qu’un éditeur français si penche sur ces traductions, car les retours sont vraiment excellents.

    • Oui, moi j’adore cet auteur.
      J’ai l’impression que les éditeurs français ont un peu peur de la fantasy épique de cet acabit (sauf bragelonne peut-être), dans l’ensemble on trouve beaucoup de fantasy plus poétique, intimiste, ou complètement dark.
      Peut-être que ce sous-genre spécifique est desuet, mais je pense qu’ils loupent quelque chose.

    • Je sais pas du tout pour une trad française, rien à l’horizon à priorio.

      La première série (The faithful and the fallen) fait 4 tomes bien massifs, et la seconde trilogie (celle-ci) dépend beaucoup de la première, donc c’est un gros investissement de traduction. On peut faire du lobbying chez bragelonne 😀

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