La maîtresse de guerre, fight like a girl

Après Aeternia et Le puits des mémoires, il me restait encore un roman de Gabriel Katz à dévorer (à l’exception de son roman policier mais c’est une autre histoire). La maitresse de guerre, puisque c’est de celui-ci que je vais vous parler, se passe dans le même univers que les deux autres sagas mais on n’y fait que des références très indirectes donc tout est assez indépendant, pas d’inquiétude.

Kaelyn est la fille unique du maitre d’armes de son village du Nordland et c’est trop la loose parce qu’elle est une fille, justement. Comme héritier bad-ass on a fait mieux donc c’est la déprime. Adolescente, elle partira avec l’armée des libérateurs pour faire la guerre aux barbares d’Azman au nom de la grande déesse. Pas de bol, lors de la première bataille contre ces soi-disant cannibales, elle se fait capturer et réduire en esclavage par l’ennemi et va découvrir qu’ils ne sont ni barbares ni cannibales (bon, ils sont un peu esclavagistes mais qui ne l’est pas, de nos jours, hein ?). C’est le début d’une remise en question profonde, notre héroïne va traverser bien des péripéties sur le chemin de la guerre, elle va se forger un destin à coup de bourre-pifs.

maitressedeguerrescrineoOn retrouve bien l’univers et certaines thématiques d’Aeternia dans ce roman, notamment les actions faites au nom de la religion. Kaelyn va partir en guerre contre des peuples d’inspiration arabes au nom de la grande déesse. Les azmanniens ne savent pas très bien ce qui leur tombe sur le coin de la gueule et pourquoi ces envahisseurs inattendus les traitent de monstres alors que c’est eux qui ravagent leur pays, tuent des innocents et brûlent leur maison. En basculant du côté ennemi malgré elle, la jeune fille va réaliser que les barbares ne sont pas forcément là où on les attend. Transposition à peine déguisée des croisades chrétiennes, on y voit assez clairement une critique de notre tendance toute occidentale à se prendre pour les plus civilisés du coin en allant taper les « sauvages » d’en face.

Bien sûr, cet aspect est en fond, l’important est vraiment le parcours de cette jeune femme qui va être capturée, puis accueillie et formée chez les ennemis de son peuple. La demoiselle a beaucoup de caractère et ses aventures filent à toute allure, le livre se lit très vite, il est très efficace, bourré d’action. On a encore affaire à un divertissement de qualité par monsieur Katz, mais où s’arrêtera-t-il ? (non, en fait il peut continuer, ça va, pas de problème).

Quelques petites choses m’ont empêché de pleinement m’immerger dans l’histoire. J’ai trouvé le personnage d’Hadrian un peu trop monolithique et hermétique pour me toucher, et du coup sa relation avec Kaelyn ne m’a jamais vraiment convaincu. Et plus globalement, le ton de la narration est un peu plus plat que dans les autres écrits de Katz , les dialogues sont un peu moins percutants. Je n’ai pas franchement rit comme dans Le puits des mémoires, ni été ému comme pour Aeternia. C’est pas catastrophique mais il manque un petit quelque chose pour le hisser au niveau des autres romans de l’auteur. Mais finalement, ce qui m’a le plus perdu, c’est que je n’ai pas compris les motivations de Kaelyn, elle n’a pas de but précis, elle se laisse un peu balloter par les évènements et n’a pas l’air de prendre de décision toute seule.

maitressedeguerrePourtant j’ai retrouvé toute les qualités de construction et de rythme qui font toujours des livres de Gabriel Katz de très bons moments de lecture, on ne s’ennuie vraiment pas. Les péripéties s’enchainent, les scènes d’action sont percutantes et l’héroïne a beaucoup de caractère même si son côté « je suis une fille qui bastonne et qui doit en imposer face aux mecs » est un peu trop évident et attendu. On a presque l’impression que ce roman est un truc de commande, qu’on aurait envoyé un joli contrat à un auteur talentueux avec « Il nous faut un bouquin sur une adolescente qui part à la guerre et qui est plus balèze que les hommes ». On sent que Katz a voulu faire quelque chose sur la place de la femme dans la société mais n’a pas trop su comment aborder ça. Il n’y a jamais vraiment d’originalité, de petite étincelle inattendue. C’est divertissant mais pas renversant. La romance devait également être dans ce cahier des charges puisqu’on se demande ce qu’elle fout là, ça n’apporte pas grand chose et même dessert un peu le côté indépendant de l’héroïne.

Par contre, les personnages secondaires sont tous assez réussis et complexes, de chaque côté nous avons quelques trajectoires très originales. Elles se croisent toutes pour former un canevas dense et une partition bien rythmée. Le coté politique est bien maitrisé, on ne perd jamais le fil, tout est clair grâce à tous ces personnages et leurs enjeux qu’on prend plaisir à suivre. Le roman jongle habilement entre action pure et développement d’intrigues, encore une fois, la construction de l’histoire jongle très habilement entre tous ces aspects. Par contre on se demande bien ce que devient cette histoire de « Le maitre d’armes voulait un fils mais je suis une fille, c’est trop la honte », le roman démarre là-dessus mais ça n’a plus aucune incidence sur rien dans la suite de l’aventure…

La richesse du background, et surtout le non manichéisme dont a toujours fait preuve l’auteur, sont encore ici une qualité. Aucun des deux camps n’apparait plus vertueux que l’autre au final, les « libérateurs » ne sont que des guerriers avides de conquêtes tandis que le peuple d’Azman pratique l’esclavagisme comme si c’était complètement normal. Et c’est ça aussi l’idée en fait, c’est complètement normal justement… Pour leur culture en tous cas… Du coup, a-t-on le droit d’aller bastonner des étrangers parce qu’ils sont esclavagistes en faisant encore plus d’atrocités qu’eux en chemin (coucou monde occidental) ? N’est-ce pas à eux d’évoluer de l’intérieur comme nous avons pu le faire, en prenant le temps d’intégrer ça à leur mentalité ?

Garbiel Katz nous livre encore une fois un roman de fantasy efficace et plaisant à découvrir, au background riche et au rythme percutant. Dommage que certains aspects apparaissent un peu trop convenus et que le personnage d’Hadrian, pourtant central, peine à convaincre.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog O livre), Ptitetrolle (lectures trollesques), Aléthia (Elbakin),

Laisser un commentaire