Les lames du cardinal, Shadowrun édition mousquetaires

Plutôt que d’attaquer sa nouvelle saga Haut-Royaume, ma première lecture de Pierre Pevel s’est portée sur ce qui est peut-être sa série la plus connue, les lames du cardinal. Elle a même eu l’insigne honneur d’une traduction anglaise et du prix Morningstar des Gemmell Awards. Avec ce joli palmarès et un pitch plus qu’intriguant, j’ai pas hésité bien longtemps et me suis jeté sur l’édition intégrale de la trilogie, concoctée par Bragelonne.

Les livres se passent à l’époque des trois mousquetaires, autour de 1630, et en reprend le cadre et l’univers. On retrouve en effet une ambiance « de capes et d’épées » classique et bien menée, on croise quelques personnages connus, ça sent l’hommage à Alexandre Dumas car on y retrouve toutes les ficelles et les grandes figures. Mais Pierre Pevel se démarque en ajoutant à l’univers bien connu des mousquetaires une touche de fantasy en la présence de dragons. Le cadre historique très maitrisé est ainsi customisé avec la présence dans les hautes arcanes du pouvoir de loges draconiques qui complotent contre le trône de France, mais les dragons en questions peuvent prendre apparence humaine et évoluent parmi les grands de ce monde, ils sont d’ailleurs déjà bien implantés en Espagne. Oui, dit comme ça, ça fait un peu « je prends un couscous et j’y mets du Nutella, ça peut être que délicieux » mais bizarrement l’intrigue générale se révèle très solide.

Dans ce cadre, nous suivons les aventures d’une unité d’élite au service direct du cardinal de Richelieu, les fameuses lames du cardinal. Dans le premier tome, les lames ont été démantelées après le fiasco du siège de La Rochelle, mais des circonstances particulières vont mener le Cardinal à rappeler le capitaine La Fargue et lui demander de reformer ses lames quelques années plus tard. Nous faisons donc la connaissance de notre groupe de vétéran haut en couleurs et hétéroclite composé de la Baronne Agnès de Vaudreuil, de Nicolas Marciac, Almadès, Saint Lucq et les autres. Même si on peut leur reprocher des caractères un peu archétypaux (le capitaine solide et paternel, le rigolard charmeur, le ténébreux mystérieux sinistre, la jolie noble de caractère et de talent, etc…), la construction des personnages et la dynamique du groupe comptent parmi les grandes qualités de la série, on s’attache énormément aux protagonistes et leurs péripéties deviennent vraiment prenantes. Et ils pètent la classe, aussi.

 Ces lames combinent les talents de combattants, d’espion et d’enquêteurs et le gros de leurs aventures se passeront dans le secret le plus total, ils seront chargés de démêler les fils d’intrigues très bien construites et plaisantes à découvrir dans les hautes sphères du pouvoir ou dans les bas-quartiers de Paris. L’auteur sépare souvent son action en alternant les point de vue de manière très rapide pour nous faire découvrir les machinations sous plusieurs angles différents et jouer d’un suspense haletant. C’est pourtant une construction risquée qui m’a donné du fil à retordre en début de roman, cette alternance rapide est assez casse-gueule au moment où on apprend à peine à connaitre les héros, et j’ai bien mis la moitié du premier tome à vraiment apprécier les personnages, au début on est un peu perdu et c’est peut-être le défaut principal de la saga.

Mais une fois passé ce cap, le livre est vraiment très divertissant même s’il ne surprendra jamais les grands amateurs de Dumasseries en tous genres tant l’univers leur paraitra familier, si on enlève les dragons bien sûr, mais leur présence en tant que grosse bestioles qui grognent est finalement secondaire. La description du Paris de l’époque est aussi une grosse qualité du roman, on découvre avec précision beaucoup d’éléments de la ville de l’époque, l’auteur se permet des digressions régulières pour nous raconter quelques « fun facts » ou anecdotes intéressantes, ce qui n’est pas du goût de tout le monde mais m’a beaucoup intéressé.

Comme le laisse entendre le titre de cet article, ces enquêtes/infiltrations/opérations commando dans le secret, dans un monde où les dragons tirent les ficelles du pouvoir et bousculent l’équilibre m’a souvent donné l’impression de lire une campagne de Shadowrun qui aurait pris une bonne vieille machine à remonter le temps vers le XVe siècle (bon, le MJ est vachement balèze, faut avouer). Pas étonnant de lire que l’auteur à un gros background dans le jeu de rôle donc, ça se ressent dans le découpage en « missions » et la caractérisation des personnages, et c’est aussi rigolo de noter que les lames du cardinal ont donné lieu à un jeu, la boucle est bouclée.

La saga des Lames du cardinal est une lecture très divertissante et dépaysante, un détournement fantasy de l’univers des 3 mousquetaires qui en garde toutes les ficelles et les codes, et bénéficie d’une écriture solide et d’un rythme haletant. Malgré des petites réserves sur certains aspects, j’ai beaucoup apprécié cette trilogie et vais très certainement continuer ma découverte de la bibliographie de monsieur Pevel qui compte également la trilogie Wielstadt ou encore le cycle d’Ambremer (qui vient juste d’être réédité chez Bragelonne dans une édition superbe, au passage…).

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