L’alliage de la justice, Wax on wax off

L’alliage de la justice fait suite à la trilogie Fils-des-brumes de Brandon Sanderson mais de loin. Comprenez qu’on est dans le même univers mais bien longtemps après, et que l’auteur l’a joué vachement plus « light » : Au lieu des gros pavés de la première trilogie, on a affaire ici à un bouquin beaucoup plus raisonnable niveau poids.

On y suit un noble nommé Waxillium qui s’ennuyait tellement dans sa vie de bourgeois qu’il est parti jouer les chasseurs de primes dans la campagne sauvage. Mais à un moment il se plante sévère, du coup il raccroche ses colts et rentre à la maison la queue entre les jambes. Wax mène donc de nouveau sa vie de noble pépère quand une série de vols de trains de marchandise menace son petit business, son instinct de justicier va le faire replonger dans l’aventure pour comprendre qui vole tous ces trucs et dans quel but ? Et pourquoi est-ce qu’ils embarquent des otages ? Notre héros repart à l’aventure en compagnie de son fidèle sidekick rigolo Wayne et d’une demoiselle un peu trop bien renseignée. Les protagonistes de ce nouvel arc sont encore une fois très attachants, c’est un talent qu’on ne saurait renier à l’auteur. Wax est un héros intrépide mais qui a sa part d’ombre, Wayne est le déconneur de service, classique mais efficace, Marasi s’impose sur la durée grâce à des talents insoupçonnés et une expertise très pratique. On croisera également plusieurs personnages secondaires qui formeront au final une galerie de personnages fort réussie.

Sanderson nous place plusieurs siècles après la conclusion du Héros des siècles, les aventures de Vin et ses potes ne sont plus que de vagues légendes. Les allomanciens trainent toujours dans le coin mais maintenant que les Ferrochimistes ont pu un peu se reproduire, on se retrouve avec un nouveau modèle de super-pouvoir : Les Twinborn. Ce sont des super-héros bi-classés Allomanciens-Ferrochimistes avec lesquels l’auteur s’amuse puisque qu’il joue beaucoup avec les combinaisons de pouvoirs des personnages. Wax, par exemple, est un Coin-Shot, il peut tirer ou pousser sur des objets en métal. Mais sa capacité de Ferrochimiste lui permet aussi de modifier sa masse, et la réunion de ces deux pouvoirs lui donnent des possibilités de combat et de déplacements encore plus fun que ceux de Vin.

L’histoire de fond de cette aventure est sans doute son principal point faible. Afin de rester sur un bouquin léger, l’auteur nous sert un scénario très direct, limite plan-plan : Y’a des méchants voleurs, on leur court après et on essaye de comprendre qu’est-ce qu’ils font donc. Même dans les archétypes des personnages il a tapé dans le cliché efficace, un héros, un sidekick, un love-interest, un méchant ténébreux… C’est bien fait donc le livre se lit quand même rapidement et avec plaisir, mais c’est globalement jamais très surprenant. Le début laissait même entrevoir une ambiance western vraiment super intéressante, c’est dommage qu’on oublie ça assez vite pour revenir dans une bonne vieille ville à l’ancienne, oubliant toutes ces promesses initiales.

Avec cette faiblesse-là, on arrive à l’impression que cet épisode est simplement une espèce de terrain d’expérimentation où Brandon Sanderson s’amuse à mélanger des pouvoirs et à faire des bastons avec tout ça. Parce que même si le world-building est aux abonnés absents, côté action on est servis ! On a des combats avec plein de types de Twinborn différents qui se croisent, le tout chorégraphié au poil de cul pour donner un livre très dynamique. C’est là que le lecteur trouvera son plaisir, à voir ces personnages attachants (même si archétypaux) se foutre sur la gueule avec tout plein de capacités nouvelles. Ça virevolte, ça cogne, ça prend des poses classes, ça stratégise…

Moi j’ai rien contre un spin-off bas du front qui envoie du poing dans la gueule, et en plus avec tout le background de cette série qui va avec, on retrouve l’univers des mistborns bien volontiers. C’est juste dommage qu’on ne dépasse jamais vraiment ça pour donner un peu plus de profondeur à l’intrigue, d’autant plus que la fin laisse un peu le lecteur en plan dans un épilogue catapulté à la va-vite, on ne résout finalement pas grand chose, on ne comprend pas le but ultime du méchant. Ce manque d’ampleur narrative s’explique peut-être sur la page Wikipedia du bouquin qui nous dit que l’écriture de Alloy of justice n’était qu’un exercice d’écriture pour se vider la tête entre deux gros morceaux. L’éditeur a du trouver que ça ferait du pognon facile et nous l’a balancé comme ça avant de décider d’en faire une série à part entière.

L’alliage de la justice est une petite sucrerie pour les fans des Fils-des-brumes, rien de renversant, juste une aventure amusante avec des bourre-pifs et des héros classes mais qui va pas beaucoup plus loin. Il faudra peut-être attendre de lire Shadows of self (pas encore paru en français) pour avoir quelque chose de mieux construit et une vue d’ensemble plus satisfaisante ? Parce que ces nouveaux personnages sont quand même très sympas, on aimerait les voir un peu plus.

 Lire aussi l’avis de : Bouchon des bois (Les lectures de Bouch’), Herbefol (L’affaire Herbefol), Ptitetrolle (Lectures Trollesques),

7 réponses

  1. Je vois beaucoup de monde dire qu’ils auraient aimé avoir une intrigue plus « profonde » mais personnellement ça ne m’a pas gêné, en fait dans l’ambiance enquête et magie j’avais l’impression de lire un livre d’urban fantasy qui est un des genres que j’adore le tout transposé dans un autre monde bien sur. Du coup j’avais adoré la fraîcheur et la rapidité de la chose. Je pense que pour l’apprécier il faut la prendre comme une toute autre série, avec ses particularité qu’il faut arrêter de comparer à la première.

    Ensuite ce tome ci est un peu le prequel de la trilogie qui suis et qui elle a une histoire qui repart sur le fondamentaux de la première trilogie, chose qui a charmé les fans.
    Ce qui m’a plu de mon coté sur cette futur quadrilogie (j’attends toujours le dernier tome avec impatience, mais pas avant 2018 de sur) c’est justement qu’on en apprends plus sur les personnages, leur passé, leurs interactions, le tout avec des personnages qui évoluent vraiment au fil du temps et qui ne vont pas dans la direction qu’on attendait, ce qui surprend je dois dire. Je sais que la partie « lien avec la première trilogie » est ce qui a fait fureur mais ce n’est pas ce qui me l’a fait aimé de mon coté.
    J’ai même déploré le coté trop lié sur le 3ième tome mais c’est sans doute parce que j’ai véritablement détesté la première trilogie (en dehors du premier tome) pour sa lenteur qui m’a littéralement endormi (et qui fait que j’ai eu énormément de mal à terminer les deux derniers tomes). Je n’avais pas trouvé l’histoire particulièrement intéressante non plus faut dire, c’était original dans son concept peut être mais finalement ça n’a pas suffit à me donner envie d’en savoir plus.

    • Je ne pense pas l’avoir trop comparé à la première d’un point de vue de sa qualité, j’ai seulement dit que c’était plus léger et direct ce qui n’est pas un défaut pour moi, et c’est seulement une comparaison « quantitative ». C’est ailleurs qu’il ne m’a pas complètement satisfait : en tant que roman isolé (justement), son intrigue est pauvre et ne se suffit pas à elle-même, rien n’est résolu à la fin, c’est ce qui est frustrant.

      Si ça avait été une histoire simple de la même manière mais qu’à la fin on avait eu toutes les réponses, je pense que ça m’aurait suffit. Il y a des mystères comme Harmonie et tout ça qui peuvent rester en suspend, mais ne toujours pas savoir pourquoi ces vols ont été commis, c’est un peu gros.

      Le dialogue final entre Wax et Mr Suit est super frustrant de ce point de vue.

  2. Je suis d’accord avec toi sur le fait que l’aventure est essentiellement destinée aux fans de Fils des brumes. J’avais bien aimé, c’est plus dans l’action, et l’aspect un peu western m’avait séduite.

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