Chasse Royale, La loyauté des héros

Dans Même pas mort, nous faisions la connaissance de Bellovèse, fils de Sacrovèse, à travers le récit de son enfance très mouvementée au milieu des tribus gauloises. Nous l’avons accompagné à travers son initiation, ses tragédies familiales, ses premiers combats et son retour d’entre les morts. Avec Chasse Royale, Jean-Philippe Jaworski attaque l’âge adulte du jeune homme revenu de l’île des vieilles.

Nous retrouvons Bellovèse marié et père, évoluant parmi les héros du haut-roi Ambigat, ce même oncle qui avait tué son père et l’avait envoyé à la guerre. Ce second tome se déroule sur une durée beaucoup plus réduite que son prédécesseur. Le gros de l’action se condensera sur quelques jours alors qu’Ambigat se rend à la traditionnelle fête de l’été avec ses hommes. Mais le souverain n’est pas super haut dans les sondages en ce moment : maladies, famines, décès de ses héritiers, beaucoup murmurent qu’il n’a plus la faveur des dieux. Face aux conflits qui approchent, Bellovèse devra choisir son camp et défendre sa position au milieu de ses compagnons.

L’auteur s’amuse quand même un peu à faire des sauts périlleux dans les souvenirs et les légendes au début, mais dans l’ensemble, Chasse royale est beaucoup plus linéaire et direct. On change aussi pas mal de ton pour cette suite qui se révèle beaucoup plus guerrière. Bellovèse a grandi et fait ses premières armes, on passe donc de la magie de l’enfance aux récits de guerriers féroces. Le parcours initiatique de l’enfant laisse place à la geste des héros, et j’ai adoré ça. J’avais été légèrement frustré dans Même pas mort parce que le roman nous annonçait une ambiance de ce genre dès le début mais le laissait de côté pendant tout le roman, mais là on rentre en plein dedans, tête la première, le choc est rude !

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Ce qui va être en jeu ici c’est allégeance de Bellovèse, il devra choisir son camp dans un conflit où il a des amis ou de la famille des deux côtés. Pendant ces quelques jours tragiques où tout va basculer, nous allons assister à des poursuites, des duels, des combats armés, des charges héroïques et des hauts faits qui couvriront les hommes de gloire, et potentiellement les mèneront à leur mort. Évidemment on a pas des champs de batailles avec 40000 soldats, les bastons se règlent avec quelques dizaines de gars qui se foutent sur la gueule, mais les personnalités n’en ressortent que mieux. Chacun des personnages est décrit avec soin et a son rôle à jouer, certaines scènes impressionnantes restent forcément en mémoire. On va éviter de spoiler mais cette longue descente vers la rivière avec Sumarios et surtout Bouos qui s’illustrent au combat, bon dieu que c’est épique ! On alterne les moments de gloire, de désespoir, les retournements de situation, les drames, tout ça en quelques minutes !

Même s’il évoque un contexte très guerrier ici, Jean-Philippe Jaworski garde une écriture irréprochable, à la fois percutante, subtile et évocatrice. Il nous conte cette saga par les yeux de ces héros et nous offre donc leur vision du monde, chaque évènement est l’œuvre des dieux, les rêves et les signes influencent les hommes. On balance toujours entre vraie magie, superstition, rêves, l’auteur nous laisse presque interpréter ça un peu comme on veut. Tout a l’air extrêmement documenté (mais j’y connais que dalle en histoire alors on va dire que oui) et nous propose une œuvre sur une période historique de notre pays qui reste très floue, mais ça permet justement aux écrivains talentueux de combler les trous avec leur imaginaire donc on va pas se plaindre !

J’ai plongé dans cette aventure à travers la version audio du roman, lue par Jean-Christophe Lebert. J’avais déjà écouté Même pas mort juste avant histoire de me remettre dans le bain, et je pense sincèrement que le bonhomme est le meilleur lecteur de roman audio que j’ai eu le plaisir d’entendre jusqu’ici. On est littéralement transporté dans la fureur des combats ou l’exaltation des courses en forêt, on est plongé dans l’étrangeté et la brutalité de ce monde où tout est un peu magique. Il fait un boulot formidable sur cette série, donne une identité forte aux personnages et fait honneur à la plume si raffinée de Jean-Philippe Jaworski. J’ai ma petite préférence pour son interprétation de Bouos qui me faisait rire à chacune de ses réparties de gros bourrin, contrastant de manière cocasse avec la voix fluette du colosse.

Chasse Royale est un vrai régal, une épopée au cœur des tribus gauloises, avec ses guerriers, ses druides et ses mystères. Plus homogène et plus direct que le premier tome, il frappe juste et envoute le lecteur qui a bien hâte de découvrir la suite des aventures de Bellovèse.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Blackwolf (Blog O Livre), Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile), Nicolas Winter (Just a word),

2 réponses

  1. Il faudra absolument que je relise Même pas mort avant de m’attaquer à celui-ci, je crains d’être trop perdue dans le cas contraire… Mais il me tarde ! Je suis également assez curieuse de cette version audio dont tu fais mention, il va falloir que je teste :3

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