American Gods Saison 1, Road-trip divin

J’ai lu American Gods de Neil Gaiman y’a bien longtemps mais pour parler de la série télévisée qui en a été adaptée, je vais procéder à un comparatif rigoureux. Mais non, je plaisante, j’ai ni la patience ni la mémoire pour faire ça et de toutes façons on s’en fout.

La série télé est développée par la chaine ricaine Starz et visible chez nous sur Amazon Prime (ou en septembre en DVD/blu-ray). On y suis un bonhomme baraqué et taciturne répondant au doux nom d’Ombre Moon (il faut oser appeler son gamin Ombre quand même). Notre héros sort de prison tranquillement le jour où il rencontre Voyageur, un vieux sournois qui le persuade de bosser pour lui sans trop vraiment savoir dans quoi il s’embarque. Comme il a rien de mieux à faire parce que sa femme vient de mourir, il y va et se retrouve au milieu d’une guerre entre divinités plus ou moins connues (souvent plus moins que plus, d’ailleurs). C’est parti pour un road-trip halluciné à la rencontre de personnages tous plus allumés les uns que les autres.

American Gods est vraiment ça : une promenade où on va croiser plein de personnages hauts en couleurs. Et visuellement ça part souvent dans des délires très perchés, plein de teintes  flashy sur un rythme très très très lent. Si je touchais à la drogue j’aurais sûrement envie de prendre quelques cachets avant de lancer un épisode tellement ça a l’air de s’y prêter, mais j’aime bien mener une vie saine donc je me contente d’une bière. C’est peut-être à cause de ça que je m’endormais devant le show, l’épisode en fin de soirée voyait votre serviteur galérer à garder les yeux ouverts. Mais ça veut pas dire que c’est nul hein, American Gods a tout plein de qualités. Et de défauts.

On retrouve sur la série un des défauts que j’attribue souvent à Gaiman : Le syndrome du train-fantôme. Ses histoires donnent souvent l’impression que le héros est spectateur de l’aventure, et sert juste de véhicule au lecteur pour faire une visite guidée de l’esprit tordu de l’auteur. Là, Ombre donne cette impression, il ne sert à rien, ne prend aucune décision et regarde tout avec des yeux ébahis ou un air blasé, selon les moments. Remarquez, c’est cohérent, il est à peu près dans le même état que le spectateur. Tout est tellement flou et expliqué au compte-goutte qu’on est dans la même mouise, on plane. Arrivé à la fin de la saison, il y a une frustration qui découle de ça : Il s’est pas passé grand chose. On comprends pas le quart des enjeux, mais c’est quand même très joli à regarder.

Fort heureusement, la galerie de personnages secondaires est suffisamment intéressante et timbrée pour compenser, à commencer par Ian McShane qui est toujours aussi magistral ! L’interprète de l’inénarrable Al Swearengen porte la série sur ses épaules dans son rôle de cabotin mystérieux. A ses côté se tient Pablo Schreiber dans le rôle de Mad Sweeney le leprechaun malchanceux, et c’est marrant parce que j’ai vu cet excellent acteur dans trois séries d’affilés ces derniers mois et ses transformations n’en sont que plus bluffantes. Le gars assure. Et tous les autres personnages jouent sur ce décalage entre le drame et l’absurde pour être chacun un atout dans ce grand trombinoscope cosmique qu’est American Gods. C’est du côté des histoires secondaires de tous ces personnages que se trouvera l’intérêt principal de la série. Chacun court dans tous les sens au milieu de ce foutoir pour arriver à ses fins, ça donne un numéro de chassé-croisé tragicomique savoureux qui fait oublier le monolithique Ombre dans son coin. Si vous regardez American Gods, ça sera surtout pour ces gueules, ces humains et ces dieux qui font leur show, c’est tout le talent de ces différents acteurs qui maintient le spectateur accroché.

Cette première saison d’American Gods est un voyage timbré, plein de couleurs, d’ambiances et de personnages dingues. Il vous fera rencontrer des acteurs qui s’éclatent vraiment dans un univers foisonnant. Dommage qu’on voit pas encore bien où ça va quand même.

Lire aussi l’avis de : Nicolas Winter (Just a word), Vert (Nevertwhere),

 

13 réponses

  1. J’ai lu le livre il y a pas mal d’années et je n’en ai pas grand souvenir (comme souvent).
    J’ai bien aimé cette première saison même si le rythme est un peu lent dans certains épisodes. Pour faire durer la série ?
    En tout cas, il y a quelques beaux portraits de personnages (dont Odin bien sûr) et cette guerre anciens dieux/nouveaux dieux est originale et prometteuse.

    • On doit avoir la même mémoire complètement nulle, c’est pratique, on redécouvre les même trucs tous les 4-5 ans 😀

      On se rejoint sur la série, apparemment on est pas les seuls : C’est beau, c’est mou…

  2. Je n’ai pour l’instant regardé que le premier épisode, et si je suis d’accord pour dire que Ian McShane est formidable et que le sujet de fond (guerre des dieux dans l’Amérique d’aujourd’hui) est très intéressant, la réalisation et les effets spéciaux très maniérés font que j’ai du mal à me motiver pour voir la suite.

    • Ouais, t’as parfois l’impression de regarder un clip electro.

      Mais l’aspect « guerre des dieux » est presque à peine effleuré sur la saison, on est encore dans les startings blocks là

  3. Je suis tout à fait d’accord sur ce que tu appelles le « syndrome du train fantôme » : c’est exactement l’effet que m’a fait le personnage principal. Mis à part ce bémol j’ai vraiment bien aimé la série (et surtout Ian Mc Shane). La femme du héros est aussi intéressante, bien plus complexe que son mari !

  4. BOn, je n’ai pas tenté car je reste dubitative sur l’adpatation et j’attends d’avoir des retours. Si tu t’endors en fin d’épisode ce n’est pas encourageant pour moi. Bref, je vais attendre encore un peu, sans doute c’est automne.

  5. L’intro de ta chronique m’a bien fait marrer, un beau pied de nez au : « Non mais le livre est carrément mieux ».

    Concernant la série, pour moi il y a une erreur de casting avec Ombre. Le black baraqué tout droit sorti des experts, avec un regard bovin, m’a grandement agacé. De plus, couplé avec le syndrome « train fantôme » (bien souligné et nommé de ta part), ça donne un personnage principal apathique.

    Autre point qui m’a un peu gonflé, l’esthétique en dents de scie, les très bonnes idées côtoient les très mauvaises, voire les médiocres (comme « l’aura » d’Ombre).

    Sinon, ça se laisse regarder et la série m’a presque réconcilié avec le bouquin que je n’avais pas trop apprécié, à part l’idée de départ qui est juste géniale.

    • Je crois que je pourrai réutiliser la même intro dans quelques jours pour la tour sombre 😀

      Pour Ombre, dans l’esthétique, je trouve que ça marche bien parce qu’il me donne la même impression que dans le bouquin : une larve monolithique.

      Pour l’esthétique je suis un peu moins réservé, y’a rien qui m’a choqué plus que ça, j’ai trouvé ça globalement soigné et de plutôt bon gout.

  6. J’aime beaucoup cette série, je trouve qu’elle arrive très bien à adapter un livre qui est très particulier (pour le coup je connais le livre par coeur donc je peux dire que la série est vraiment à l’image du livre, on ne comprend pas dans quoi on met les pieds xD).
    Après c’est sûr que ça change des séries habituelles ! Je suis curieuse de voir quelle direction la saison 2 va prendre (et surtout est-ce qu’ils vont réussir à mener leur histoire jusqu’au bout…)

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