The blacktongue thief, Langue bien pendue

J’avance petit à petit dans ma pile de nouveautés fantasy 2021, et c’est le tour de The blacktongue thief de passer dans mes glorieuses pattes d’ours. Le bouquin de Christopher Buehlman est sorti en Mai en VO, j’suis presque à la page, non ? Mais c’est quoi donc, ce voleur à la langue noire ?

Kinch est un voleur, il s’est associé avec une bande pour détrousser des pauvres voyageurs sur les routes. Pas de bol, ils se font défoncer la gueule par une de leurs victimes, Galva, guerrière et servante de la déesse de la mort. Cette rencontre va sceller le destin de Kinch qui, poussé par une guilde à qui il doit une fortune, va devoir accompagner Galva dans sa mystérieuse quête vers le royaume d’Oustrim qui subit une invasion de géants, sans savoir vraiment ce qu’on attend de lui. Mais la guilde le tient par les joyeuses, et elle a le bras long, pas question de se défiler. Les humains se relèvent à peine des guerres contre les gobelins, et cette aventure à travers le continent cache des enjeux qui vont bien au-delà des petites filouteries de notre voleur.

Le récit nous est raconté du seul point de vue de Kinch, et le ton de la narration est génial. Le protagoniste a évidemment un langage très fleuri et une manière de raconter toute personnelle, et ça fait une partie de l’intérêt du bouquin. J’ai adoré cette voix que nous offre l’auteur, un langage de crapule de fond de taverne irlandaise qui sent le whisky et l’espièglerie. Les vannes, les insultes et les chansons parsèment tout le récit et lui donnent cette ambiance si particulière, mais s’arrêter aux jurons ne fait pas justice à la plume de Christopher Buehlman qui offre une atmosphère bluffante, sombre et drôle à la fois. On marche avec Kinch et Galva dans les bois humides, on croise des sorcières mystérieuses, des bandits, des assassins, de la bière et du vin, un chat aveugle, des super-corbeaux et plein d’autres trucs marrants.

L’auteur a bossé son world-building à fond, et au-delà de l’ambiance, on a une construction géographique carrée, avec plein de royaumes au passé tumultueux. Les terres humaines ressortent de plusieurs guerres contre un envahisseur gobelin, et on va apprendre au fur et à mesure comment ces guerres ont violemment frappé les peuples. On apprendra comment la première a décimé la plupart des hommes, comment les chevaux se sont fait bouffer jusqu’à l’extinction de l’espèce, comment les femmes ont du s’armer et prendre les choses en main pour les round suivants, marquant démographiquement des générations entières. Chaque royaume a participé aux combats, ou pas, avec toutes leurs forces ou quelques sections symboliques, voire rien du tout. Aujourd’hui certains font commerce avec les gobelins, il y a des traités de paix, mais chacun sait que ces sales nabots bouffeurs d’humains n’en resteront pas là.

L’histoire est un voyage, Kinch et Galva traverseront pratiquement toute la carte d’est en ouest pour rejoindre leur destination, croisant alliés, ennemis et d’autres « on sait pas trop », et notre duo ne restera pas duo bien longtemps, rejoint bien vite pas une jeune sorcière, un chat aveugle, et autres futurs compagnons de galère. On va se faufiler dans les bois, naviguer sur les mers, affronter des ennemis et déjouer des complots. Pourtant, c’est pas parce qu’on fait une grande ballade que l’intrigue est simple. J’ai été assez bluffé par ce que nous réserve l’histoire. Au début on ne sait pas vraiment où on va, Kinch doit suivre Galva, poussé par la guilde des voleurs, mais on sait juste que la destination est en train de se faire marcher dessus par des géants. Pourtant le récit va jouer avec le lecteur, dévoilant au fil des pages ses complots, ses allégeances et trahisons, ses douloureux secrets et ses grands plans politiques.

J’ai adoré la galerie de personnages et leurs relations complexes, évidemment Kinch qui squatte le devant de la scène avec sa gouaille, mais le reste du casting est top, et joue avec les archétypes. Galva est la guerrière taciturne qui vénère la mort, elle a son code d’honneur, sa bouteille de pinard et ses corbeaux magiques, et quelque chose se passe entre ces deux-là. Puis on a Norrigal qui s’incruste, qui va nous offrir une complicité touchante avec le héros, et de grosses surprises également. Et ce chat qui débarque et vole la vedette, et je déteste ces bestioles, donc c’est un exploit. D’autres encore viendront, mais l’ensemble nous offre de beaux moments forts, une fantasy dans un cadre résolument grimdark, mais qui propose du cœur et des sentiments positifs, de la loyauté, de l’amitié, de l’amour, ne se limitant pas à balancer des vannes fleuries et des gros rots chargés de bière.

The blacktongue Thief est une de mes meilleures lectures de l’année, une découverte rafraichissante, drôle et sombre, cruelle et touchante, dans un univers de fantasy solide à l’atmosphère atypique. Christopher Buehlman nous offre un voyage dont on revient avec le sourire, et qui reste en mémoire longtemps après la fermeture du bouquin.

I’ll watch while you sleep. Sleep while you watch. I’ll lie to you when it doesn’t matter, but I’ll also lie for you when it does. If you let me do the talking, I’ll make sure you miss the penny-cock with the pizzle-itch and get the best wine in the merchant’s barrel. You’ll never again meet a door you can’t get through nor a wall you can’t get eyes over. I need your arms, yes, but you need my nose. If you do the worst of the fighting, I’ll make sure you know where your foes are coming from and cull the weak ones. I won’t be your dog, but if you are half the wolf I think you are, you’ve found a fox to run with.

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