Que passe l’hiver, Le Noël pourri de Stig Feyren

Il y a quelques mois, j’ai reçu de Pocket un exemplaire de Que passe l’hiver de David Bry. J’avais pas suivi ce titre, je savais pas ce que c’était et j’ai même failli pas le lire (c’est le risque quand on envoie un SP à un ours sans lui demander son avis). Mais il trainait là, dans un coin, et en fouillant le net je lisais quand même de belles choses dessus. Allez, je tente quand même.

Stig est le fils cadet du chef du clan Feyren, et pour la première fois cette année il va accompagner les siens sur le Wegg, la demeure du roi de la Clairière, le fils du Dieu Sombre. Tous les ans, au solstice d’hiver, les quatre clans (Feyren, Oren, Lugen et Dewe) montent renouveler leur allégeance au souverain et passer quelques jours de joyeuses vacances dans la neige. Mais cette année les augures annoncent le malheur, la première fiesta de Stig va petit à petit tourner à la catastrophe, la mort va venir côtoyer les amitiés naissantes et les complots. Tout commence par le décès du seigneur Conrad Dewe pendant un banquet, on conclut vite « j’ai bouffé n’importe comment et j’me suis étouffé » mais Stig a vu les derniers instants du monsieur, et il a un gros doute.

Les quatre clans de Que passe l’hiver ont chacun des pouvoirs hérités du Dieu en personne, les Feyren peuvent se transformer en animaux, les Oren peuvent parcourir les fils du destin, les Dewe disparaissent dans les ombres et les Lugen peuvent utiliser la magie pour atteindre l’autre côté du voile. Le concept de destinée a une importance majeure dans cette histoire, on retrouve ces fils tissés qui tracent tous les destins possibles et les personnages vont passer leur temps à essayer de favoriser l’un ou l’autre de ces chemins. Avec toutes ces petites pièces, David Bry nous propose une tragédie où les drames se succèdent et la vérité se dessine lentement, les révélations arrivent et forment un puzzle très satisfaisant pour le lecteur. On a parfois l’impression de lire un Agatha Christie qui aurait viré full-fantasy en fait. Il y a bien sûr le « qui qui a fait le meurtre » mais tout plein de mystères secondaires sur des histoires de clans, de familles, de petits secrets dans tous les coins. C’est peut-être parfois un peu le bordel mais on s’y retrouve bien.

L’atmosphère est très importante dans ce bouquin, l’auteur prend le temps à chaque chapitre d’installer son ambiance, de décrire le lieu, le moment, de vraiment nous plonger dans son monde. Associé à la plume poétique, à la mélancolie que dégage cette tragédie, on a une lecture qui prend son temps, qui transporte son lecteur sur ses petites ailes sombres et lui déroule sa trame sans se presser dans un cadre enneigé enchanteur. C’est à lire au coin du feu avec un chocolat chaud (ou un grog ?) à portée de patte, une boite de mouchoirs et une petite tempête de neige à l’extérieur. Si vous n’avez pas de tempête de neige à disposition ou que vous lisez ça en plein été comme moi, au moins ça a le mérite de rafraichir.

Le nombre de personnages, qui vous tombe dessus directement grâce à l’annexe présente en début de roman, peut être intimidant mais beaucoup ne font que de la figuration. Le casting principal est assez gérable et très convaincant. Il reste quelques scènes un peu maladroites où l’auteur décrit absolument tout le monde en expliquant que Gérard se cure le nez à côté de Gertrude qui joue aux fléchettes (j’invente, mais en gros, on s’en fout). On s’attache quand même à Stig puis on découvre progressivement tout son entourage, sa famille un peu compliquée, ses nouveaux compagnons, les grandes figures des autres clans. Et on finit par voir clairement toutes les relations de ce beau monde, les motivations de chacun. la construction est magistrale et les grandes révélations visent juste.

Que passe l’hiver est un roman surprenant dans lequel David Bry joue avec les codes de différents genres pour nous proposer une tragédie en presque-huis-clos, un thriller fantasy qui prend son temps, où les mystères côtoient la magie. Une belle réussite.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog O Livre), Dup (Book en stock), OmbreBones, FungiLumini (Livraisons Littéraires), Xapur, Elhyandra (Le monde d’Elhyandra), Célindanaé (Au pays des cave trolls),

7 réponses

  1. Comment ça tu inventes ? Il n’y a pas de Gertrude qui joue aux échecs ? Quelle déception…
    Le côté tragédie ne me botte pas vraiment, mais vu que tu n’es pas le premier bon retour que je lis, je lui donnerai sa chance à l’occasion. ^^

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