Les secrets du premier coffre, Recueil de bâtard

Après avoir terminé son premier cycle du Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti a eu pitié des hordes de fans en manque qui erraient en cherchant des petites fées dans les boites aux lettres et des dragons dans les parcs. L’éditeur Mnémos a donc concocté un recueil de nouvelles dans son univers, avec quelques textes déjà parus ici ou là et quelques inédits.

En tout, Les secrets du premier coffre regroupe six textes très variés, et l’existence même de ce recueil est justifié dans l’univers de manière assez rigolote. Si vous ajoutez à ça le travail sublime sur la couverture et la gueule de l’objet dans son ensemble, c’est à coup sûr un livre à posséder pour compléter sa collection. Mais on aura beau s’extasier devant l’emballage, à un moment faut aussi s’intéresser au contenu ! Les deux premiers textes sont très axés sur le background de la série, et donnent pas mal d’informations qui enrichissent le « Lore » du bâtard. Légende du premier monde nous raconte ainsi un épisode très ancien, un peu la genèse antique de ces civilisation avec une version customisée de l’Atlantide. Ineffabilis Amor avance dans le temps jusqu’au moyen-âge italien, et nous conte la vie d’un certain Lotario Dei Conti Di Segni, qui deviendra le pape Innocent III et créateur de l’inquisition (qui aura pas mal de conséquences sur les peuples magiques).

Ces deux premiers récits ont eu pour moi à peu près le même effet : Ce sont de formidables moyens d’en connaitre plus sur l’univers historico-fantasy de l’auteur, mais dont la narration penche beaucoup sur l’exposition de l’univers, et les personnages et péripéties sont très en retrait, donc ça ne correspond pas forcément à ce que j’aime lire. Très intéressant dans l’absolu, mais un poil lourd à digérer pour moi donc. Fort heureusement, les deux textes suivants rééquilibrent cette recette en livrant des aventures plus fun. Le crépuscule et l’aube tape dans quelque chose de plus immédiat et fluide, à travers l’histoire d’une des dernières fays qui a pour mission d’aider l’ingénieur Falco Matteoti à créer un être artificiel qui pourrait aider son peuple. A la fois beau et rythmé, avec plusieurs personnages hauts en couleurs qui se croisent, on comprend bien ce que la nouvelle fabriquait dans l’anthologie Fée et automates, du coup.

Le quatrième texte, Fille-de-joute, correspond à priori tout à fait à ce que j’aime. On y retrouve le Bâtard de Kosigan alors qu’il survit à une défaite cuisante avec deux compagnons, et ils vont avoir l’idée saugrenue de se faire passer pour des chevaliers et participer à des tournois. La narration est du point de vue d’un des deux compagnons au langage fleuri de mercenaire bourrin, ce qui ajoute au cachet de l’histoire. Je vous épargne les détails de cette histoire pour ne pas gâcher la surprise mais elle a été un peu gâchée pour ma part parce que Fille-de-joute a beaucoup, beaucoup, beaucoup de similitudes avec l’excellent film Chevalier. C’est grosso modo la même histoire avec un petit twist, mais tous les éléments marquants du film s’y retrouvent, l’usurpation, l’écrivain à poil, la forgeronne, les joutes, il ne manque que  Queen. Alors beaucoup prennent ça comme un hommage, et c’est certainement l’intention, mais j’ai trouvé que c’était tellement appuyé que ça gâche pas mal de surprises. Presque toutes, en fait.

Le cinquième texte, Le livre des merveilles du monde, nous fait suivre Jehan de Mandeville dans son voyage fantastique vers la Chine, où il a pour mission de retrouver les elfes de cet autre bout du monde et leur faire parvenir un message. Divertissant et réservant une fin surprenante qui soulève des tas que questions et de perspectives intéressantes, c’est encore un récit très éclairant sur le worldbuilding de sieur Cerutti. Et on termine quand même en beauté avec Les jeux de la cour et du hasard, une réjouissante pièce de théâtre mettant en scène une filouterie de Kosigan à la cour d’Angleterre. Montée avec soin et talent, la pièce s’amuse et nous amuse en mettant en scène une manipulation de haute volée dont le bâtard a le secret, jouant sur plusieurs tableaux avec espièglerie. Ça se prête extrêmement bien à la forme théâtrale et conclut le recueil sur une touche vraiment positive. J’ai adoré.

Au final, le recueil dans son ensemble s’équilibre de lui-même avec plusieurs tons, plusieurs types de récits et plusieurs intentions. Parfois très intéressant pour l’univers, parfois très divertissant, parfois poétique, tout n’était pas forcément ma tasse de bière (notamment les nouvelles les plus focalisées sur le lore) mais on en ressort très satisfait quand même. Ces petites briques qui forment le grand univers du Bâtard constituent un univers fun et inventif qui s’amuse avec l’histoire, les références et les clichés.

Roman reçu en service presse de la part de l’éditeur Mnémos, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Dionysos (Le bibliocosme), Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel), Célindanaé (Au pays des cave trolls), Elhyandra (Le monde d’Elhyandra), OmbreBones, Le chroniqueur (Les chroniques du chroniqueur),

11 réponses

  1. Je partage ton ressenti en ce qui concerne « Fille de joute », même si j’ai comme été pas mal surprise dans la deuxième partie de la nouvelle qui s’écarte quand même assez du film 🙂

  2. Je suis dans la lecture. Pour l’instant j’ai bien aimé le premier, parce que ça faisait vraiment découvrir un pan qu’on ne soupçonnait pas du tout de l’histoire.
    Par contre j’ai eu bien plus de mal avec le second mais plus parce qu’il m’a dégoutté du coté religieux et « bien/mal » qui est vraiment un point que je déteste dans les religions. Disons qu’il m’a rappelé pourquoi je n’aimais pas ça et du coup la nouvelle m’a plus énervé qu’autre chose x)

    Heureusement je viens de lire que les deux suivants étaient plus fun et plus aventure, ça va peut etre me débloquer (ça fait 4 jours que j’ai lu le second texte et toujours pas avancé depuis xD)

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