Les chevaliers du tintamarre, La noblesse du bistrot

Le mois de février, tous les ans c’est (presque) pareil. Il fait trop chaud pour la saison, les skieurs envahissent ma montagne, j’ai envie de manger de la raclette à tous les repas, et les indés de l’imaginaire nous proposent leurs « Pépites », une nouveauté pour chacun des trois éditeurs. La sortie qui m’a le plus intrigué dans le tas est Les chevaliers du Tintamarre de Raphaël Bardas chez Mnémos, présenté comme l’épopée de trois piliers de bistrot/losers magnifiques. Ça fait rêver, ça !

Rossignol, La morue et Silas refont le monde comme tous les soirs au bar qui leur sert de repaire, le Grand Tintamarre, quand le troisième lascar raconte à ses deux compères sa dernière mésaventure. Il a assisté à l’enlèvement d’une jeune femme, mais trop cul-nu pour intervenir sur le moment, il est aujourd’hui bien décidé à mener l’enquête ! Qui sont le nain et le géant qu’il a aperçus embarquer la demoiselle en détresse ? Ses amis l’aideront-ils à accomplir cette quête chevaleresque ? Tout ça a-t-il un rapport avec les Marie-morganes retrouvées mortes sur la plage ? Qui paye les verres ? Autant de questions, de défis, d’énigmes, un chemin tout tracé vers la gloire et la baston pour notre glorieux trio.

Les chevaliers du Tintamarre est relativement court (260 pages) et ne perd pas de temps, le trio de protagonistes fonce dans le tas de manière grandiloquente pour offrir au lecteur une aventure très rythmée. L’enquête saute d’une piste à l’autre, et démarre en alternant le point de vue des héros avec ceux de militaires qui vont descendre dans les bas-quartiers en suivant l’affaire. Tout ce petit monde constitue un casting haut en couleur auquel nous ajouterons par la suite un personnage féminin bienvenu et pas du tout accessoire. Vu le pitch, on pourrait craindre une histoire de « bros » alcooliques bourrins à la masculinité exacerbée mais c’est sans compter sur le ton du récit qui installe une amitié touchante et des protagonistes à la fois maladroits, humbles, très attachants, et à leur manière héroïques. Alessa vient ajouter une touche féminine qui équilibre le tout en esquivant de fort belle manière certains pièges dans lesquels un scénario pareil pourrait tomber.

J’ai souvent un petit souci avec les histoires loufoques en fantasy, j’arrive pas à rentrer dedans. Je trouve que la dégringolade d’humour m’empêche de m’attacher aux personnages, que ce soit chez Pratchett ou récemment dans le Délius de Sabrina Calvo, les loufoqueries posent en général une distance entre moi et ce que je lis. Et bien contre toute attente, l’auteur trouve ici un très bon équilibre entre l’humour, l’univers décalé, les personnages funs et l’émotion. On a des moments où ça part dans tous les sens, le lecteur est emporté dans un tourbillon de n’importe quoi, les révélations tombent de n’importe où mais tout se tient très bien. Seul bémol inhérent à l’exercice, c’est parfois un tout petit peu confus pour suivre le cheminement logique de l’enquête dans tout ce bordel, mais ça va, on s’en sort finalement bien. Puis on a des moments de calme, d’amitié touchante, de vannes et de vaillance absurde qui donnent un ton très particulier à cette affaire.

L’auteur joue avec un style très vivant et déconneur, des dialogues qui percutent, du langage de flamboyant ménestrel aviné qui t’emporte et t’attache. Et c’est ça qui reste à la fin de la lecture, cette envolée, ce fun, cette tendresse qu’on garde pour le magnifique Rossignol, pour l’humble bourrinisme de La Morue, le chevaleresque absurde de Silas, et les surprises d’un certain Spadassinge qui se pose là (mais nous n’en dirons pas plus). On a aussi une ville à l’ambiance particulière, où les bas-quartiers sentent le poisson et les nobles habitent sur des récifs volants, inaccessibles aux pauvres qui ne peuvent pas voler. La mythologie du lieu est à la fois originale et marrante, ce qui ajoute au grandiose de cette Morguepierre volée à la mer.

Les chevaliers du Tintamarre est une belle aventure de frappadingue, qui donne le sourire mais qui touche aussi, et qui reste là, dans la tête. Et on est heureux de l’avoir lu parce que maintenant on a la pêche, en y repensant. J’irai bien refaire un tour au Tintamarre pour revoir ces énergumènes. Peut-être qu’ils y servent de la raclette, en hiver, on sait jamais.

Roman reçu en service presse de la part de l’éditeur Mnémos, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Dionysos (Le bibliocosme), Célindanaé (Au pays des cave trolls),

23 réponses

  1. On est synchrones ! Super ambiance à la « qu’est-ce qu’il dit ? qu’est-ce qu’il boit ? ». J’avoue que certains passages absurdes, comme tu dis, peuvent être déconcertants. Content de voir qu’on est totalement en accord !

  2. Le loufoque et ma pomme sommes très peu compatibles, tout comme toi. J’ai toujours eu du mal avec Pratchett, ou H2G2,… car, l’humour « efface » le récit.
    Alors, si ces chevaliers parviennent à trouver l’équilibre, je suis intriguée. Ton avis a d’autant plus de poids que notre frein au loufoque est similaire.

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