L’anti-magicien 6 : Hors-la-loi, Trouver son chemin

Hors-la-loi est le sixième est dernier tome de L’anti-magicien, la seconde saga de Sebastien de Castell qui s’attaquait au créneau « Young Adult » après avoir terminé sa série des Greatcoats. Donc déjà on commence en remerciant Gallimard jeunesse d’avoir mené la série jusqu’au bout (contrairement à certains, hein, heum, heum…). Maintenant, voyons donc comment se terminent les aventures de Kelen.

Le roman commence par une petite routine habituelle pour notre pas-magicien : Quelqu’un essaye de le tuer, et il doit ruser avec les moyens du bord pour s’en sortir. Cette formalité va pourtant tourner un peu mal, Kelen sera envoyé plus ou moins de force pour assassiner un dieu qui menace d’unifier les tribus Berabesq et les lancer dans une guerre pour dominer le continent. C’est le seul moyen d’empêcher une guerre, Kelen n’a pas vraiment le choix… Si ? Cette mission est bien trop importante, les enjeux vont attirer les puissants de tous les pays, y compris les plus puissantes familles Jan’Tep.

On retrouve notre protagoniste auquel on va confier une responsabilité énorme, mais il est toujours épaulé par Rakis son associé chacureuil psychopathe et quelques alliés vont aussi resurgir en chemin (Ah ben enfin !!!!). Encore une fois, les aventures de Kelen sont réjouissantes parce qu’il s’amuse à contourner tous les clichés de la fantasy avec malice et un peu d’impertinence, et le ton des dialogues fait mouche. La camaraderie entre Kelen et Rakis, la relation ambigüe d’amour-haine avec sa famille, les non-dits et les énigmes Argosi qui te remuent le cerveau, tout ça donne du sens mais c’est traité avec une nonchalance feinte pour nous amener du fond emballé dans une grosse dose de fun.

Ce dernier roman va synthétiser pas mal d’éléments qui ont été disséminés dans les autres livres jusqu’ici, à l’image de la conclusion des Greatcoats, l’auteur rassemble factions et personnages pour offrir au lecteur une conclusion à la fois satisfaisante, mais surtout qui respecte et donne du sens à toute la série. Depuis le début, L’anti-magicien nous parle de tracer son propre chemin, aussi chaotique et imprévisible que possible, Kelen est l’incarnation de l’adolescent unique et sans repère qui ne rentre pas dans le moule de sa société et va avoir un parcours bien à lui. Fidèle à lui-même, quand tout le monde lui dit qu’il n’a qu’une seule option, il suit son instinct et s’en fabrique une seconde, voire une troisième. Ce chaos est aussi représenté dans cet univers par les Argosi que nous aurons l’immense plaisir de retrouver.

C’est marrant parce qu’en ce moment, quand un auteur sort un roman catégorisé Young Adult, on sait jamais trop quoi en penser parce que les éditeurs tordent un peu les étiquettes dans tous les sens. Mais là il n’y a aucun doute, L’anti-Magicien est une série YA, il en utilise tous les codes et joue avec pour notre plus grand plaisir. C’est un récit initiatique, c’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte, c’est les premiers amours, la figure de mentor, les parents « absents ». Mais Kelen n’est pas un jeune élu désigné par la prophétie, Kelen est un mage raté qui n’a que sa ruse et quelques tours de passe-passe pour tirer son épingle du jeu. Il tourne l’esbrouffe au rang d’art de vivre, Sebastien de Castell nous éclaire un peu en postface en disant qu’il voulait faire un magicien typique, mais pas un magicien de fantasy, un magicien comme dans notre monde, les pros de la diversion qui planquent une carte dans ta poche et un lapin dans ton slip.

Mais cette histoire de dieu incarné qui menace ses voisins, vous pensez bien que chez De Castell ça va pas aller là où on s’attend, car lui aussi est un prestidigitateur de la narration, qui a semé ses cartes dans toute la saga pour nous les dévoiler dans un « Tadaaaaaaaaaaa » magistral. Le roman se recentre vers des enjeux plus intimes auquel on s’attend quand même, et ça pourra en décevoir certains mais c’est le sens de L’anti-magicien depuis le début. Kelen affronte ceux qui veulent le manipuler et décider de sa vie à sa place. Quand je disais que c’est une recette Young Adult assumée, c’est parce que c’est typiquement une problématique adolescente de premier plan, trouver son chemin vers l’âge adulte avec le poids des ainés, de la société, de son propre caractère. La conclusion de la saga nous réserve aussi un dernier tour avec un petit twist malicieux de l’auteur, qui m’a beaucoup plu mais je n’en dirai pas plus.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré cette conclusion qui joue avec le lecteur et ses attentes, qui mène son propos vers un tout pertinent mais n’oublie pas d’être une aventure très amusante. C’est un peu triste de terminer une série, mais je suis très heureux de voir que l’auteur sort une série Spin-off sur Furia et les Argosi (Way of the argosi est sorti en VO et Fall of the argosi est en chemin) et j’espère que Gallimard est déjà au boulot sur la traduction.

3 réponses

  1. Très belle critique de ce tome de fin d’une saga que j’aime profondément et qui a une place de choix dans mon panthéon personnel des œuvres inoubliables.

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