The Vagrant, la chèvre de monsieur Seraph

Ça faisait un petit moment que j’avais The Vagrant en VO sur ma liseuse, mais je l’avais presque oublié (comme tant d’autres). Puis, tout récemment, le livre de Peter Newman est revenu dans l’actualité  en raflant le prix Morningstar (prix du meilleur premier roman) aux Gemmell Awards. Ah, là, d’un coup, ça réveille l’intérêt.

Le roman se passe dans un monde ravagé par une invasion de démons flippants. Les créatures ont débarqué d’une faille et se matérialisent d’une manière tout à fait dégueu que je vous laisserai découvrir (on va pas tout révéler non plus). Mais au final, le pays est envahi par des streumons glauques à souhait et beaucoup trop balèzes pour être exterminés. Dans ce joyeux bordel, on suivra le personnage du « Vagrant » (le vagabond) qui se trimballe vers le nord accompagné d’un bébé et d’une chèvre. Oui, c’est un groupe d’aventuriers pas commun ça, qui va s’enrichir au fur et à mesure. La situation est amusante mais tout de même dangereuse parce que le bonhomme a l’air traqué par tous les gros dégueux du coin.

thevagrantCe qui fait toute la particularité du bouquin de Peter Newman est que le lecteur reste dans le flou complet : Le vagabond ne parle pas, il est manifestement muet et on ne voit donc notre héros que par ses actes, sans qu’il ne les justifie jamais. On suit ce lonesome bad-ass qui défend son bébé et sa chèvre au péril de sa vie sans qu’on sache pourquoi, et les fils de l’intrigue ne nous seront dévoilés que par petites touches tout au long du roman, c’est donc difficile de vous en dire plus sur l’histoire elle-même. Pour cette même raison, on met un peu de temps à vraiment rentrer dans l’histoire et à s’attacher au héros, on comprend pas grand chose au début mais petit à petit ça fonctionne vraiment bien. Newman réussit le tour de force de donner du corps à ce clan de muets à travers leurs interactions, leurs mimiques et leur interdépendance qui ne manquent pas d’humour. On suit cette énigme sur pattes avec plaisir, et avec l’envie de comprendre ce qui se passe vraiment.

Y’a quelques ressemblances entre le worldbuilding de The Vagrant et La compagnie noire de Glen Cook. En dehors du ton grimdark non dénué d’humour, comme avec les Asservis de Cook les démons majeurs ont chacun leur personnalité et leurs intérêts propres, pas toujours dans le même sens. Et comme le héros, on nous en parle dès le début du livre mais ce n’est qu’au fur et à mesure que nous saurons vraiment qui sont vraiment The Uncivil, The Usurper et tous leurs gentils copains. C’est un petit puzzle qu’on a entre les mains, et pour lequel on ne nous donne les pièces maitresses qu’au compte-gouttes, frustrant au début, intriguant au milieu, excellent sur la fin. Le background qui entoure l’aventure se révèle dense et plaisant à découvrir. La quête en elle-même n’a rien de vraiment complexe, c’est le voyage, les rencontres et les dilemmes qui feront tout le sel de la lecture.

L’ambiance est à placer dans le post-apocalyptique pouilleux, on pense à Mad Max, à La compagnie noire et à la Tour Sombre côté influences. On a un mélange d’éléments fantasy, post-apo, même SF dans un gloubiboulga qui garde toute sa cohérence et son originalité. Et le lecteur aura bien évidemment sa grosse dose d’action, parce que le Vagrant est muet mais pas du tout manchot, quand il faut castagner il y va. Mais il passe le plus clair de son temps à fuir, parce qu’il connait quand même ses limites. Le style de l’auteur est percutant, il balance des phrases courtes pour rythmer mais aussi accentuer le mystère, il ne perd pas de temps à tout raconter de A à Z. C’est le lecteur qui va recoller les morceaux. Ça correspond également au fond du récit qui est une fuite constante, on ne perd jamais de temps à expliquer, on échappe au danger en permanence. Le bouquin se lit très vite pour cette raison.

Le seul reproche que j’aurais à en faire serait une confusion sur le fonctionnement des pouvoirs plus ou moins de nécromanciens qu’utilisent les démons. Comme Peter Newman est friand de tournures un peu mystérieuses et imagées, j’avais parfois du mal à suivre réellement ce que fabriquaient les méchants, j’ai pas tout à fait compris comment tout fonctionnait. On arrive quand même à suivre l’action mais il faut faire un petit effort d’attention, surtout en VO.

Déroutant au début, The Vagrant de Peter Newman ne révèle son plein potentiel qu’avec un peu de patience. Au fil des pages, on est captivé par cette ambiance particulière, par ce héros muet mais terriblement attachant, par ses compagnons et tous les mystères qui les entourent. Et la chèvre, parce qu’elle a la classe.

La suite de l’aventure, The Malice, est déjà disponible en anglais.

Lire aussi l’avis de : Alister Davison (Fantasy-Faction), Apophis (Le culte d’Apophis),

4 réponses

  1. Une chèvre avec de la classe, cela mérite à elle toute seule le détour!! As-tu une idée si notre ami muet et sa chèvre (et le bébé) seront dispo avec une version française ?
    Merci de cette critique super sympa.

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